Bijlage 00 | Décaratin gouvememental ataccor du gouvermemen
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📁 Dossier 55-0020 (4 documents)
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12 octobre 2022 DE BELGIQUE Voir: Doc 55 0020/ (2019/2020): 001: Déclaration gouvernementale et accord du gouvernement. 002: Déclaration gouvernementale 2021
DÉCLARATION GOUVERNEMENTALE
N-VA : Nieuw-Vlaamse Alliantie Ecolo-Groen Ecologistes Confédérés pour l’organisation de luttes origi PS Parti Socialiste VB Vlaams Belang MR Mouvement Réformateur cd&v Christen-Democratisch en Vlaams PVDA-PTB Partij van de Arbeid van België – Parti du Travail de Belgi Open Vld Open Vlaamse liberalen en democraten Vooruit Les Engagés DéFI Démocrate Fédéraliste Indépendant INDEP-ONAFH : Indépendant - Onafhankelijk L’Europe est en guerre.
J’ignorais que je prononcerais un jour ces paroles à cette tribune. Les violences liées à cette guerre qui a commencé par le lancement de missiles de croisière sur la ville de Kiev font aujourd’hui vaciller les fondements de l’Europe tout entière. Précisément à un moment où nous laissions derrière nous la pandémie de coronavirus, où nous retrouvions notre liberté et où nous espérions connaître une décennie de croissance, notre liberté est mise à mal, cette fois non plus par un virus, mais par un homme belliqueux et dangereux, par un ultra-nationaliste qui, depuis Moscou, ne cherche qu’à anéantir notre mode de vie occidental, par un fasciste pur et dur qui mesure la grandeur de son État à la destruction d’un autre pays et qui préfère les effusions de sang et la violence brutale aux accords internationaux.
Les Ukrainiens en paient le prix fort aujourd’hui: des écoles et des villes détruites, des millions de personnes en exil, et plus de 15.000 victimes civiles. Tous des Européens, tués, blessés et fuyant une guerre dont personne n’a voulu en Europe. Les attaques d’hier sur Kiev et sur plusieurs autres villes, les bombardements de plaines de jeux, de parcs, d’universités et de maisons de civils innocents ne laissent aucun doute sur la barbarie du régime.
En ces heures sombres, la Belgique continue à se tenir debout aux côtés de la population ukrainienne. Notre message aux Ukrainiens est clair: la Belgique n’abandonnera pas l’Ukraine. Nous continuerons à vous soutenir. Nous ne vous laisserons pas tomber. L’Ukraine gagnera cette guerre. Les Ukrainiens ne sont pas les seuls à souffrir. Nos propres concitoyens ploient sous le poids des conséquences de cette guerre.
De nombreuses personnes voient les économies qu’elles ont péniblement amassées fondre comme neige au soleil. Elles sont en proie à l’incertitude et à de grandes inquiétudes. La mission de l’État, à un tel moment, consiste à protéger les citoyens. Le président américain Ronald Reagan a déclaré un jour: “Government’s first duty is to protect the people, not run their lives”. La première mission du gouvernement consiste à protéger les citoyens et non à vivre à leur place.
Tel est le gant que ce gouvernement relève: aider et protéger nos citoyens, nos indépendants et nos entreprises car ce sont eux qui créent de la prospérité. Ils méritent des pouvoirs publics performants qui ne deviennent pas un obstacle mais sont capables de les protéger et de préserver notre liberté, non seulement physique, mais également économique et financière.
Nous devons également tenir un discours de vérité. Les années de guerre sont des années difficiles, hier comme aujourd’hui. Les temps sont durs. Nous devons faire preuve de solidarité. Comme lors de la crise sanitaire, nous n’abandonnerons personne. En tant qu’hommes et femmes politiques, nous avons cependant aussi un devoir d’humilité. Durant cette période agitée, il n’y aura pas de solution miracle. Un État peut atténuer le choc, mais je suis tout à fait conscient que nous ne sommes pas en mesure d’aplanir toutes les préoccupations.
Nous devons traverser ces épreuves ensemble, vaille que vaille, sans laisser personne au bord du chemin. Tous ces efforts entraînent une lourde facture pour l’État. Mais ne rien faire aujourd’hui et laisser nos citoyens, nos indépendants et nos entreprises à leur triste sort reviendrait à s’abandonner à une négligence coupable. Protéger aujourd’hui, c’est avant tout armer nos familles et nos entreprises face à cette guerre énergétique.
Pour cela, le gouvernement se fixe trois priorités. La première est d’amortir le choc des prix de l’énergie sur les factures des Belges. Début février, avant même l’invasion russe, le gouvernement a approuvé un premier paquet de mesures d’aide, aides que nous avons ajustées et étendues de manière continue, tout au long des derniers mois. Il y a quelques semaines, le gouvernement a décidé de mettre en place un forfait “énergie” de base à prix plafonné et moins cher pour les mois de novembre et décembre, soutien que nous prolongeons en janvier, février et mars.
Au total, on parle d’une aide atteignant 1.000 euros, cet hiver, pour la classe moyenne dont les factures dépendent d’un contrat d’énergie variable ou d’un nouveau contrat fixe. Nous continuons aussi à protéger les citoyens les plus fragiles grâce au tarif social élargi. Pour un million de familles vulnérables, cela se traduit par plusieurs milliers d’euros de différence par an. La baisse de la TVA devient permanente, la réforme des accises rend le forfait de base abordable pour toutes les familles et encourage à réaliser des économies d’énergie.
Pour nos indépendants, nos PME et nos entreprises, nous prolongeons les mesures de soutien “énergie” jusqu’à la fin de l’hiver. Cela comprend une baisse des accises sur le gaz naturel et l’électricité, la possibilité
de recourir au chômage temporaire énergie et au droit passerelle pour les indépendants. Ce bazooka “énergie”, nous le finançons en partie en captant les surprofits des producteurs d’énergie. Plus de trois milliards seront ainsi redistribués aux familles et aux entreprises. N’oublions pas l’index, qui protège le pouvoir d’achat des travailleurs et des pensionnés. Cette indexation représente un effort considérable pour nos PME et nos entreprises dont la contribution est souvent trop peu reconnue.
Outre les mesures d’aide, l’action européenne constitue notre deuxième priorité. Nous devons nous attaquer aux causes des prix élevés de l’énergie et agir sur le marché du gaz à l’échelon européen. En mars, notre pays était quasiment le seul à réclamer une telle action et un plafonnement du prix du gaz. Avec la ministre de l’Énergie, j’ai continué à tenir ce discours. Conseil après Conseil, nous avons affiné nos propositions afin de combattre l’irrationalité du marché du gaz, mais également pour répondre à des préoccupations légitimes, par exemple de nos voisins néerlandais et allemands.
Certains se sont étonnés de la détermination dont nous avons fait preuve à ce sujet. Ils s’étaient attendus à un plaidoyer en faveur du marché libre et contre toute intervention publique. Soyons clairs: le marché du gaz n’est plus un marché libre depuis longtemps. C’est aujourd’hui une arme de guerre. Nous devons précisément agir pour pouvoir protéger les autres marchés libres et éviter que ces marchés libres ne soient détruits par ce que nous observons aujourd’hui sur le marché du gaz.
La semaine prochaine, la Commission européenne formulera de nouvelles propositions. Ce n’est pas trop tôt: il y a urgence. L’heure est grave, non seulement pour nos ménages, mais également pour nos petites et moyennes entreprises, qui constituent l’épine dorsale de notre pays. Ils méritent une Europe qui refuse l’égoïsme, une Europe qui propose des solutions et qui protège. L’Union européenne laisse passer de trop nombreuses opportunités dans cette guerre énergétique.
Autant que les États-Unis, nous avons le potentiel de peser mais nous n’utilisons pas cette puissance, ni sur le marché de l’énergie, ni sur le plan géopolitique. L’Europe est aujourd’hui un géant gentil, mais cela ne suffit pas en temps de guerre. La troisième priorité, dans le contexte de cette guerre énergétique, est de rendre notre pays indépendant en matière d’énergie. Cet objectif devra également être réalisé en collaboration avec l’Europe.
Nous devons passer plus rapidement que prévu à une énergie à la
fois plus abondante et moins coûteuse, mais aussi à une énergie non fossile produite dans notre pays: dans notre mer du Nord, dans nos centrales nucléaires et sur nos toits. C’est pourquoi nous prolongeons la durée de vie des centrales nucléaires les plus récentes et investissons dans la recherche sur des réacteurs nucléaires plus petits et propres, qui constituent l’avenir de notre énergie. Le gouvernement a également décidé d’examiner les possibilités d’accroître notre propre capacité énergétique, tant nucléaire que renouvelable.
En ces temps incertains, il n’y a pas de place pour les tabous. Nous ne prenons aucun risque lorsqu’il en va de notre sécurité d’approvisionnement. Nous continuerons de développer notre pays pour en faire un carrefour international en matière d’électricité et d’hydrogène et misons pleinement sur l’énergie éolienne en mer, avec la toute première île énergétique d’Europe. Nous prenons ce leadership, conjointement avec des pays comme l’Allemagne, le Danemark, la Norvège et le Royaume- Uni, des alliés énergétiques fiables qui partagent nos valeurs.
Ainsi, non seulement nous protégeons nos intérêts et notre compétitivité, mais nous accélérons également la transition énergétique. La guerre en Europe relègue peut-être au second plan la lutte contre les changements climatiques mais elle n’en atténue pas pour autant l’urgence. J’en veux pour preuve l’extrême sécheresse et la canicule de cet été. Au travers du plan de relance européen, nous engageons la lutte contre les changements climatiques en réalisant près d’un milliard et demi d’investissements dans notre pays l’an prochain, des investissements largement au service des objectifs climatiques.
Dans le port d’Anvers, nous créons une dorsale de l’hydrogène pour verdir notre secteur de la chimie et notre industrie. Nous réduisons notre consommation d’énergie en investissant dans des bâtiments publics à basse énergie. Cet effort, nous le faisons main dans la main avec les entités fédérées qui, chacune dans leur domaine, font leur part, des écoles aux logements sociaux. Nous investissons aussi dans le rail, avec des gares remises au goût du jour et des trains plus confortables, pour que les voyages en train soient une réelle alternative.
La crise climatique nous rappelle également qu’il est dans notre intérêt de dépasser nos frontières. C’est pourquoi nous soutenons les pays les plus vulnérables. Ils sont les premières victimes du réchauffement climatique. Au Sahel, par exemple, nous contribuons à la construction de la grande muraille verte, qui relie les côtes ouest et est de l’Afrique pour lutter contre la désertification et pour améliorer la sécurité alimentaire.
Nous sommes la première génération à ressentir les effets de la crise climatique, mais aussi la dernière génération capable de la contenir. La hausse continue des prix de l’énergie exerce une forte pression sur notre économie. Le Fonds monétaire international (FMI) a une nouvelle fois revu aujourd’hui ses perspectives de l’économie mondiale, prévoyant une croissance plus faible et une inflation plus élevée.
Des nuages sombres s’amoncellent et planent au-dessus de l’Europe et de notre pays. Les impondérables et les incertitudes fondamentales prédominent de plus en plus. Selon le FMI, la croissance dans notre pays atteindra encore 2,4 % cette année, mais ne sera que de 0,4 % l’année prochaine. L’Allemagne se prépare même à une récession. Il est clair que nous sommes face à un hiver économique difficile. Lorsqu’une tempête éclate en Allemagne, il pleut souvent en Belgique.
Plus que jamais, l’indexation automatique doit protéger le pouvoir d’achat de nos ménages. Mais l’indexation représente un effort considérable pour nos entreprises. Le gouvernement les soutiendra dans cet effort, en accordant un milliard d’euros à nos PME et entreprises qui travaillent dur en ces temps difficiles. Cette bouffée d’oxygène financière prendra la forme d’une exonération des cotisations patronales sur les indexations aux deux premiers trimestres de 2023 et d’un report de ces cotisations aux deux derniers trimestres.
C’est ainsi que nous aiderons nos entreprises à supporter les indexations en cette période difficile. Le gouvernement soumettra au Parlement pour les deux prochaines années un budget qui prévoit un effort net de 0,6 % du PIB, soit 3,6 milliards d’euros. Cela signifie pour les autorités fédérales un déficit structurel de 3,2 % du PIB en 2024. Cet exercice budgétaire n’est pas le point final, pas le dernier mot de l’histoire.
En ces temps incertains, nous devrons sans cesse procéder à des contrôles et des ajustements. Les contrôles budgétaires constitueront toujours un moment-clé. La gestion des incertitudes fondamentales exige de l’agilité et de la résilience, deux qualités sur lesquelles notre pays doit travailler, surtout maintenant qu’il traverse l’une des crises les plus graves de son histoire depuis l’après-guerre. Il y a d’abord eu le coronavirus, et à présent, la guerre en Ukraine, dont les conséquences économiques sont particulièrement dramatiques.
Le prix à payer pour ces deux crises est très lourd. J’entends déjà d’ici les critiques sur l’incidence budgétaire. Je partage la préoccupation de beaucoup de personnes mais ma question est: qu’aurions-nous dû faire? Laisser nos entreprises péricliter? Refuser une allocation à nos indépendants? Abandonner notre classe moyenne à son sort? Aurions-nous dû leur dire de se
débrouiller et de revenir nous voir plus tard? Il est toujours possible de fermer les yeux mais les coûts pour notre économie et notre société n’en auraient été que plus importants. Il importe néanmoins d’accorder de l’aide de la manière la plus ciblée possible. C’est d’ailleurs également la recommandation de la Banque centrale européenne et du FMI. Toutefois, lorsque nous constatons que chez nos voisins, des moyens budgétaires importants sont consacrés à aider les ménages et les entreprises à garder la tête hors de l’eau, notre pays ne peut pas rester à la traîne.
C’est une question d’équité. Je reste néanmoins convaincu que cette approche ne peut pas être éternelle, ni dans notre pays, ni dans les autres pays européens. C’est une approche nécessaire mais qui doit être temporaire. Lorsque l’horizon s’éclaircira et que la tempête sera passée, il faudra remettre les choses en ordre. Un État, qui se veut protecteur des générations futures et défenseur de ses libertés, doit reposer sur des fondements solides.
Pour notre pays, cela veut dire des pouvoirs publics performants, plus de gens au travail et des carrières plus longues. Nous devons aussi miser bien plus sur nos atouts: nos talents, notre position géographique centrale, notre créativité, notre diversité et notre multilinguisme, cette ouverture au monde que nous avons en nous. Même si c’est un peu contre notre nature, ne soyons pas trop modestes. J’en arrive à la deuxième qualité à améliorer pour notre pays: notre résilience.
Notre résilience économique exige un marché du travail plus fort. Trop de postes demeurent vacants trop longtemps dans notre pays. L’inadéquation entre l’offre et la demande est trop importante. Certains profils ne sont tout simplement pas disponibles. Le deal pour l’emploi a été récemment adopté par le Parlement et nous le complétons par un nouveau train de mesures visant à faciliter le pourvoi des postes vacants.
Les étudiants pourront travailler davantage. Ils sont déjà autorisés à travailler 475 heures aujourd’hui, mais beaucoup d’entre eux veulent travailler davantage. Désormais, ils pourront travailler 600 heures. Des flexijobs vont aussi voir le jour dans l’agriculture, le secteur de l’événementiel et culturel, les soins de santé et le sport. Les bénéficiaires d’allocations recevront une incitation financière à aller travailler et nous prolongeons les mesures de flexibilité dans le secteur des soins.
Le gouvernement fédéral continue également de soutenir la politique du marché de l’emploi menée par les régions. La baisse des charges pesant sur le travail encourage l’entrepreneuriat, stimule l’investissement et renforce également notre résilience. Comme le prévoit l’accord de gouvernement, nous préparons une vaste réforme fiscale. Le gouvernement demande au ministre des Finances de présenter au gouvernement, d’ici décembre, une première phase détaillée et ambitieuse de cette réforme fiscale.
L’objectif est d’entamer sa mise en œuvre au cours de cette législature. Notre leitmotiv pour cette réforme, c’est mieux valoriser le travail. Pour cette raison, à côté de cette réforme fiscale, nous allons également réformer le tarif social pour qu’il soit plus juste et plus équitable, davantage lié aux revenus, pour que l’aide profite aux personnes qui en ont vraiment besoin et, surtout, pour qu’elle ne pousse pas les gens à quitter le marché du travail.
Valoriser le travail, tel était également le fil rouge du paquet “pensions” de cet été, selon une logique: les femmes et les hommes qui travaillent plus longtemps méritent une pension plus élevée. Celles et ceux qui ne travaillent pas assez en ressentiront l’effet, avec pour la première fois une condition de travail liée à la pension minimale. Qui dit résilience dit aussi santé. C’est l’une des leçons que nous avons tirées de la crise du coronavirus.
En ces temps difficiles, nous devons éviter que certaines personnes reportent les soins qui leur sont nécessaires en raison du montant élevé de leurs factures d’énergie. Dans ces moments-là, notre assurance maladie doit leur apporter un soutien solide. Cependant, notre santé ne dépend pas seulement d’un système de soins de santé abordable et accessible. Un mode de vie sain est au moins aussi important.
Dans notre pays, quatre décès sur dix sont dus à une mauvaise hygiène de vie. C’est pourquoi nous préparons un “virage santé”: nous diminuerons le prix des aliments bons pour la santé et augmenterons celui des aliments mauvais pour la santé. Le gouvernement réalisera également des investissements sans précédent dans les soins de santé mentale. Nous le ferons par le biais de réformes destinées à abaisser le seuil d’accès à l’aide psychologique et à permettre une détection plus précoce des troubles
mentaux. Cela impliquera un véritable changement de culture et un nouveau mode de coopération, non seulement entre professionnels des soins, mais également en dehors, avec les écoles, les CPAS et les médecins généralistes. Même après la crise du coronavirus, nous continuerons à investir dans nos prestataires et institutions de soins. Nous investirons dans une meilleure rémunération, dans de meilleures conditions de travail, dans la formation et dans l’engagement de nouveaux collaborateurs.
À l’heure actuelle, les soins constituent en effet un métier en pénurie. Le gouvernement met tout en œuvre pour prévoir des renforts en nombre suffisant, y compris dans le secteur des soins. Un pays qui protège investit également dans la sécurité. Soyons réalistes, le temps de la naïveté est révolu. Le 25 février, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le gouvernement a présenté une trajectoire de croissance conduisant à un budget de la Défense de 1,54 % de notre PIB d’ici 2030, soit une augmentation de 75 % par rapport à il y a cinq ans.
Nous avons en outre défini une trajectoire pour atteindre 2 % en 2035. Le gouvernement augmente également la capacité de déploiement de la Défense, avec un milliard d’euros supplémentaires sur la période 2022-2024. Notre objectif est de disposer d’une armée professionnelle performante, dotée de militaires motivés et des dernières technologies. Cependant, la réintroduction du service militaire obligatoire ne s’inscrit pas dans cette stratégie.
Toutefois, une armée professionnelle constitue l’occasion pour des jeunes motivés de développer pleinement leurs talents, sur le plan académique, militaire, sportif et caractériel. Nous y travaillons. Ces efforts renforcent non seulement la contribution de la Belgique aux capacités de l’OTAN et de l’Europe, mais ils doivent également assurer le développement d’une industrie de défense propre dans notre pays.
Je l’ai déjà dit: lorsque nous déciderons dans 20 ans du remplacement des F-35 livrés aujourd’hui à notre pays, il faudra qu’il y ait sur le marché un avion de chasse européen capable de rivaliser avec les avions américains. Nous mettons donc en place un Conseil industriel de défense pour renforcer notre base technologique et militaro-industrielle. En resserrant la coopération entre la Défense, les entreprises et les centres de recherche belges, nous ancrons le savoir-faire militaire dans notre pays et nous faisons profiter nos entreprises des investissements militaires.
Ce faisant, nous renforçons notre autonomie stratégique, y compris dans le spatial. Nous versons d’importantes contributions à l’Agence spatiale européenne, des investissements qui nous permettent
d’accroître encore l’excellence de l’industrie spatiale dans notre pays. La Défense développera également ses cybercapacités, offensives et défensives, et accélérera le développement de sa cinquième composante. Parce qu’aujourd’hui, les guerres se déroulent non seulement sur le terrain, mais aussi dans le cyberespace. Par conséquent, le gouvernement alloue également des fonds supplémentaires au Centre pour la Cybersécurité Belgique pour mieux gérer les crises futures dans le monde cyber.
Les pouvoirs publics, les hôpitaux, les citoyens et les entreprises doivent avoir davantage conscience du risque de cyberattaques et des dommages réels qu’elles peuvent causer. Un pays qui protège, c’est aussi un pays qui investit dans la sécurité de ses rues et de ses villes. Le piratage du réseau téléphonique secret Sky ECC a révélé toute la menace que représentent aujourd’hui les milieux criminels pour le monde légal, cette menace prenant diffférentes formes: intimidation, corruption et violences provoquant la mort.
Le narcoterrorisme essaie également de s’implanter dans notre pays. Cette tendance s’observe depuis longtemps à Anvers et la violence liée aux drogues s’étend à présent à d’autres villes du pays. L’enlèvement avorté de notre ministre de la Justice il y a deux semaines a constitué un avertissement indiquant que les narcoterroristes ne reculent plus devant rien. Notre réponse est très claire: nous ne nous laisserons pas intimider.
Au contraire, la lutte contre le crime organisé sera plus qu’une priorité pour notre société, qui prévoira plus d’hommes et plus de moyens. Nous n’abandonnerons jamais nos rues aux narcoterroristes. Sous la conduite des ministres de l’Intérieur et de la Justice, le gouvernement investit plus de 1 milliard d’euros supplémentaire dans la police et la Justice. La Justice investit dans les prisons, les parquets, les cours et tribunaux et dans la Sûreté de l’État.
Au sein de la police fédérale, chaque agent sur le départ est remplacé. La police fédérale recrutera 1.000 policières et policiers, dont 400 dans la police judiciaire fédérale. Il s’agit d’un renforcement sans précédent des effectifs en faveur de la lutte contre le crime organisé. Il y a quatre semaines, le gouvernement a réuni quinze bourgmestres dans le cadre d’une concertation de sécurité. Ils ont apprécié une série de réalisations du gouvernement, dont l’approche follow the money, menée par la police judiciaire, la nomination d’un procureur compétent pour le port d’Anvers et l’extension du système de transaction immédiate aux consommateurs de drogues.
Mais les bourgmestres ont également insisté pour bénéficier d’une meilleure coopération entre les
polices fédérale et locales. Nous nous y attelons, tout comme au raccourcissement du délai de traitement dans le cadre du recrutement de nouveaux éléments. En outre, ils ont demandé d’élargir le Stroomplan à l’ensemble du territoire. Nous nous y attelons également en proposant le Stroomplan XXL. Les bourgmestres ont réitéré leur demande de pouvoir agir eux-mêmes plus rapidement contre les commerçants véreux et la criminalité déstabilisante dans leur ville.
Le gouvernement s’y attelle aussi en adoptant l’approche administrative. En parallèle, nous menons une politique proactive envers les toxicomanes dans la rue et les hôpitaux. Nous étendons l’aide aux toxicomanes dans nos prisons, car nous ne pouvons remporter la lutte contre le narcoterrorisme si la demande de drogues ne diminue pas au sein de notre société. Si la menace évolue, la police et la justice doivent s’adapter.
Dans cette optique, le gouvernement lance une nouvelle trajectoire de réforme pour que les moyens supplémentaires injectés soient encore plus rentables, qu’ils améliorent la protection du citoyen et le service. Je ne prendrai qu’un exemple: notre pays compte 225 bâtiments judiciaires, les Pays-Bas en comptent 25, soit 200 de moins! Si nous voulons que les nouveaux investissements soient rentables, nous devons oser rationaliser.
Au cours des vingt dernières années, le nombre de zones de police est passé de 196 à 185, ce processus s’est déroulé sur une base volontaire. Ce gouvernement va continuer à miser sur ce volontarisme mais les fusions doivent être plus nombreuses, selon des normes et des critères objectifs, avec les incitants nécessaires. C’est un processus qui doit se poursuivre dans les années à venir, au-delà même de cette législature.
Nous ne voulons pas imposer d’en haut des économies d’échelle et une spécialisation. La police intégrée formulera des propositions et des solutions, dans le cadre de l’exercice des États généraux. Ces recommandations politiques devraient nous parvenir avant la fin de l’année. La magistrature réalise un exercice similaire concernant l’architecture de sécurité de notre pays. Ainsi, le gouvernement, en collaboration avec la justice, entend rationaliser pas à pas les 27 sous-départements, afin de concentrer les effectifs et les moyens dans 14 départements.
Pour ce faire, le gouvernement procédera à une réforme de l’article 186 du Code judiciaire. La
police judiciaire fédérale sera également centralisée au sein de ces 14 départements. Comme je l’ai indiqué, nous n’appliquerons pas aveuglément ces économies d’échelle. La police et la justice doivent toujours rester proches du citoyen et disponibles. En ce qui concerne l’asile et la migration, le gouvernement continuera d’adopter une approche globale afin de limiter les entrées et d’augmenter les sorties.
La secrétaire d’État à l’Asile et la Migration s’attellera aux besoins en matière d’accueil au travers d’un plan hiver. Dans le même temps, nous travaillerons à une réforme structurelle à long terme, accompagnée d’un nouveau code de la migration. Dans les moments difficiles, c’est le caractère qui fait la différence. Quel est le caractère de notre pays, qui fêtera son bicentenaire dans quelques années? Quelle est sa force? Nous sommes une des économies les plus ouvertes au monde.
Cette ouverture nous apporte croissance et prospérité. Elle permet à la Belgique de produire des vaccins pour le reste du monde. Elle fait en sorte que le monde entier admire la Belgique pour ses semi-conducteurs. Il y a à peine deux semaines, la Commission européenne a dit que la Belgique était l’un des pays les plus innovants d’Europe. L’ouverture implique également la coopération. Ce n’est pas pour rien que la Belgique fait partie des pays fondateurs de l’OTAN, de l’Union européenne et de l’Organisation des Nations Unies.
Nous savons d’ailleurs qu’il est toujours dans l’intérêt de la Belgique de s’inscrire dans un partenariat avec les pays étrangers qui partagent ses valeurs. C’est également une des leçons de la guerre. Nous avons trop longtemps cru que l’ouverture allait de soi, qu’elle ne nécessitait pas de choix et que la Russie pourrait être un partenaire de ce type. Mais “être ouvert” n’est jamais neutre. Être ouvert, c’est aussi faire le choix d’une communauté de valeurs; le choix de la liberté et de la démocratie; le choix du respect des droits humains fondamentaux.
Et c’est un travail ardu qui doit sans cesse être renouvelé. Ce combat, la Belgique entend le mener au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies dans les deux prochaines années. Nous saurons aujourd’hui si notre candidature est retenue à Genève. Le siège au Conseil des droits de l’homme nous permettra, à nous démocrates libres, de porter plus haut encore nos valeurs qui sont universelles. Il nous permettra de lutter encore plus résolument contre l’impunité, de défendre encore plus
fortement l’État de droit et de nous battre encore plus âprement pour les droits fondamentaux des femmes et des filles partout dans le monde. À cet égard, la résistance courageuse des filles et des femmes en Iran aujourd’hui nous inspire autant qu’elle nous guide. Certains auront beau tenter de réprimer les protestations, leur lutte pour une vie libre et pour l’égalité des droits ne s’arrêtera jamais.
S’il y a bien une leçon à tirer de la guerre en Ukraine, c’est qu’à vouloir à tout prix avoir raison, on finit par la perdre. La guerre en Ukraine montre la faillite du repli sur soi, du nationalisme fermé construit sur la pureté et l’exclusion. Le nationalisme fermé divise au lieu de rapprocher, il écarte et tue des personnes uniquement en raison de ce qu’elles sont et de la langue qu’elles parlent.
Elle montre la faillite de l’État-nation absolu, qui, en tant qu’alpha et oméga, est censé apporter le salut. Un peuple, un empire, un dirigeant. Où d’autre avons-nous déjà entendu cela? La folie de Poutine oblige tous les démocrates libres à faire un choix clair, le choix entre la barbarie ou la civilisation, le choix entre le nombrilisme ou la coopération, le choix entre le “chacun pour soi” et la protection mutuelle, le choix entre le repli ou l’ouverture.
Ce gouvernement fait le choix de l’ouverture. Cette ouverture est une ouverture résiliente, fondée sur notre propre force et qui ne vise pas à affaiblir les autres, mais à nous renforcer nous-mêmes. C’est ainsi que nous protégeons véritablement nos concitoyens, afin qu’ils soient forts dans la vie, même lorsqu’elle est difficile. Car c’est la base de la vraie liberté: des citoyens forts, résilients et indépendants.
Telle est la véritable force de notre pays, également en ces temps difficiles. Le premier ministre, Alexander De CROO