Bijlage MME Gitta VANPEBORGH
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AUDITIONS
SUR LA SANTÉ MENTALE DES JEUNES FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DE LA SANTÉ ET DE L'ÉGALITÉ DES CHANCES PAR MME Gitta VANPEBORGH SOMMAIRE Pages 1. Matin 3 À. Exposés introduclis, 3 B. Questions et observations des membres 24 G. Réponses des arateurs. 30 1. Après-midi 34 À. Exposés introduclits 34 B. Questions et observations des membres 43 G. Réponses des invités. 49 ‘Composition de la commi Samenstelling van de commissie PrésideniVon A. - Titulaires / Vaste leden: nva Mike Gians Kathien Depoaier Frisda Gjbels Ecole-Groen | Séverine de Laveleye, Laurence Hennuy, Kathleen Piaman Ps Patik Prévt Hané Riga, Laurence Zanchalla ve Steven Creyeiman, Domiiek Sneppe ni Dani Bacqueläins, Carole Tai cd Nathalie Muyl PUDRPTS - Themy Wamoes Open vid Robby De Cauné voor Karin rotée CG: - Membres sans voix élibérative / Nietstemgerechtigce leden: Les Engagés … Caiherine Fonck DéFi Sophie Rohomyi mva Nieuw-Vsamse Alanis Écol-Groen …_: Ecolagstes Conlédérés pour l'organisation de lutte onig Fs Part Socialiste ve Visas Belang Ma Mouvement Rélormateur cëv Chisten-Demaratach en Vlaams PUDa-pT8 -: Parti van de Arbïd van Belié- Part du Travail de Belg Open Va Open Vraamse lberalen en democraten Voorui Vooruit Los Engagés …: Les Engagés Déri Démocrate Fédérale Indépendant INDEP-ONAFH_: Indépendant - Onalhankeik FAbréviions dans 1e numérotation des publications DOG 5 onpge Desoman 55 léghiaure su du amer de base onva {Questions a Réponses éctes CRn Version provisoire du Compte Rendu Imégral CRABV Compte Rendu Amahique Campte Rendu Intégral. avec, à gauche, le compte rend cr intégral ei, à droït, le compte rendu anajique traduit des interventions (avec les annexes) PLEN Séance plénière COM Réunion de cammision Mor Maïions déposées en conclusion diterpelaions(papia beige) Mesoaues, MESSIEURS, Votre commission a décidé d'organiser des auditions sur la santé mentale des jeunes le 18 mai 2022. Les personnes et instances suivantes ont été entendues. Matin - Mme Nady Van Broeck, Conseil fédéral des professions des soins de santé mentale; - Mme Murielle Makuch, SPF Santé publique; - Mme Léa Tilkens et M. Pascal Minotte, CRéSaM: - M. François Monvill, Intercommunale de soins spécialisés de Liège (ISoSL): - Mme Reitske Meganck, Université de Gand. Après-midi - Mme Marina Danckaerts, Zorgzaam Leuven: - Mme Inge Van Timpont, centres d'encadrement des élèves: - M. Koen Browaeys, TEJO Vlaanderen: - Mme Kim Steeman, Staten-Generaal van de Geesteljke Gezondheid. L- MATIN A. Exposés introductifs 1. Exposé de Mme Nady Van Broeck (Conseil fédéral des professions des soins de santé mentale) Mme Nady Van Broeck est professeur émérite en psychologie clinique infantile et en psychothérapie juvénile à la KU Leuven et à l'UCL. Elle est également présidente du Conseil fédéral des professions des soins de santé mentale. Au cours de sa carrière, elle a toujours gardé une pratique clinique. Les soins en santé mentale ne visent pas seulement à prévenir, à compenser et à traiter les faiblesses, les troubles, les déficiences, mais également à promouvoir et à développer la résilience et la santé. Les soins de santé mentale s'inscrivent dans le cadre plus large des soins de santé. Ainsi, si la société n'est pas à même de combler les besoins de base des enfants, leur santé mentale sera mise à mal. La santé mentale des enfants et des jeunes est déterminée par différents facteurs tels que les prédispositions génétiques, la période périnatale, les adultes responsables, etc. tous ces facteurs sont importants pour organiser les soins de manière optimale. La pyramide des soins réalisée par l'OMS montre, en effet, que ce sont d'abord les soins de première ligne qui entrent en ligne de compte et ensuite les soins de deuxième et de troisième ligne. La Belgique mise traditionnellement sur la deuxième et la troisième ligne. Toutefois, la première ligne est en cours de renforcement. Les efforts fourmis sur le terrain doivent toutefois être bien perçus par les professionnels et les non professionnels, par les proches afin qu'ils soient bien conscients que les soins de santé commencent avant que les problèmes apparaissent Siles soins de première ligne ne sont pas renforcés, il y aura toujours un engorgement dans les deuxième et troisième ligne qui ont déjà des problèmes de capacité Il n'est pas justifiable, d'un point de vue éthique, de ne pas intervenir à temps. La santé mentale des enfants commence pendant la période prénatale. En effet il est important de s'intéresser à la manière dont les parents envisagent leur vie avec leur enfant. Les prédispositions génétiques des parents ont leur importance ainsi que leur santé physique et mentale et leurs projets familiaux. De nombreuses études ont démontré que certains enfants naissent avec une dérégulation de leur système émotionnel en raison des circonstances de la grossesse et qu'ils présentent un risque accru de problèmes de sommeil ou de nutrition. La santé mentale commence donc très tôt pour les enfants à naître. Il convient que tous les acteurs en soient conscients, non seulement les parents mais également le médecin de famille, le kinésithérapeute, la famille proche, … Force est de constater que les futures mamans vont chez le kiné pendant leur grossesse mais on leur parle peu de ce qu'implique la maternité et la parentalité ainsi que la stabilité émotionnelle pour l'enfant à venir. Les connaissances acquises dans ce domaine périnatal doivent être partagées avec toutes les personnes concernées (Kind & Gezin, pédiatres, accoucheuses, personnel infirmier, physiothérapeutes, aides familiales, pharmaciens, accueillants, …) Elles doivent apprendre à détecter les signaux, à soutenir et à fournir de l'aide. Les services de néonatologie ont également un rôle à jouer dans le cadre de la santé mentale du bébé et de ses parents. Dans les années qui suivent la naissance, les parents doivent disposer des aptitudes éducatives nécessaires. La société actuelle dispense un grand nombre de formations dans différents domaines mais pour éduquer un enfant, aucune formation n'est prévue et les parents sont supposés savoir comment faire. Tous les jeunes parents n'ont pas eu la chance d'avoir été élevés dans une famille sécurisante et prônant le développement personnel. En outre, certains enfants (HP, autistes) exigent des aptitudes parentales plus élevées. Certains parents éprouvent déjà eux-mêmes des difficultés à ressentir les émotions des autres. La commissaire flamande aux droits de l'enfant est consciente de la problématique et y travaille. Il existe heureusement des programmes qui déterminent ce que devraient être les bases de l'éducation (climat positif, structure de base solide, …). De nombreuses personnes ignorent qu'elles ne peuvent pas bien éduquer leurs enfants si elles sont émues, dégues, fâchées, très tristes ou très angoissées. Il est, en effet, difficile d'être un bon éducateur si on est soimême en proie à ses propres émotions. Ce constat est certes difficile à accepter mais il faut oser le dire. Le projet Triple P vise à promouvoir une parentalité plus qualifiée, pas directement à travers les soins mais via du marketing public ou via les médias. Pourquoi ne pas imaginer une émission quotidienne prodiguant des conseils de base aux parents en difficultés par exemple face à un enfant qui ne veut pas dormir? L'éducation d'un enfant passe également par l'élargissement du cercle d'adultes autour de lui (famille, enseignants, …). Les parents doivent faire des choix, déléguer, se délester des tâches ménagères quotidiennes, impliquer d'autres générations pour pouvoir s'occuper de leur enfant. Il est prouvé que les pairs ont plus d'influence que les parents. Il convient de garantir un accueil de qualité qui soit accessible financièrement et réfléchir à des formes d'accueil plus créatives. Sur la base de ce constat, il importe que les enfants disposent d'un lieu pour jouer ensemble, d'un endroit sécurisé où jouer seuls (pour développer leur sens des responsabilités), qu'ils fassent partie d’un mouvement de jeunesse ou d'un club de sport dans lesquels ils puissent échanger des expériences, qu'ils aient des loisirs accompagnés. IIs doivent pouvoir se rencontrer entre enfants du même âge pour apprendre les uns des autres L'école a pour mission première d'enseigner mais c'est aussi un lieu d'apprentissage d'aptitudes sociales. L'école peut détecter les signaux de problèmes de santé mentale. À cet égard, on peut se réjouir que les psychologues scolaires soient englobés dans le groupe des psychologues cliniques et qu'ils fassent partie de la première ligne Le niveau 0 de la pyramide de l'OMS vise à informer et à sensibiliser aux bonnes pratiques en matière d'éducation par le biais des médias mais aussi par le biais d'aides en ligne ou via la société civile (organisations s'occupant d'éducation). On peut se demander si la première ligne n'est pas trop basée sur les modèles de la deuxième et de la troisième ligne (soins psychothérapeutiques spécialisés). En effet, beaucoup de thérapeutes qui prennent un enfant en charge ne s'intéressent pas à son environnement, à ses parents et aux éléments extérieurs. L'approche devrait être plus contextuelle. Il importe de prévoir des formations pour les professionnels des soins de santé mentale. Actuellement, la formation est trop académique et pas assez pratique. Or, dès lors qu'il s'agit de soins de santé, il importe de renforcer la formation pratique. Des stages doivent être organisés dès le début du parcours académique et pas uniquement pendant la dernière année. La deuxième ligne prend en charge des problèmes modérés à graves. Les listes d'attente sont longues. Les traitements en deuxième ligne durent parfois des années et les nouveaux patients doivent attendre. En outre, les séances de soins sont trop peu nombreuses (en moyenne une par semaine) et ne tiennent pas compte du contexte. 1 conviendrait de prévoir des soins différenciés sur mesure ainsi que des soins à domicile. La troisième ligne, à savoir les soins résidentiels, est confrontée à un problème de capacité qui pourra, éventuellement, être partiellement résolu si la première ligne est efficace. La confiance en soi et le sens des responsabilités peuvent être encouragés lorsqu'on reçoit de la reconnaissance et lorsqu'on aide les autres. Donnons-nous assez l'occasion aux jeunes d'aider les autres? À cet égard, un service civil obligatoire pourrait être une piste de réflexion intéressante. La France envisage par exemple de réintroduire un service civique en 2025. 2. Exposé de Mme Murielle Makuch (adjointe à la coordination fédérale des réformes en santé mentale au SPF Santé publique) Mme Makuch dispose d'une expérience de trente ans dans le domaine de la santé mentale. Elle a travaillé une dizaine d'années dans les soins pour les tout petits enfants, dans un centre de jour pour enfants autistes et psychotiques. Elle a ensuite intégré un service de psychiatrie (hospitalisation sous contrainte). Elle s'est également occupée de la réforme des soins en santé mentale en tant que coordinatrice d'un réseau et elle a enfin rejoint l'équipe de coordination fédérale au niveau du SPF. L'oratrice aborde différents thèmes: - Organisation des soins de santé mentale en Belgique Depuis 2016, les soins en santé mentale pour les jeunes sont organisés de la même manière que pour les adultes, c'est-à-dire en réseaux d'aide et de soins (cure & care) regroupant tous les professionnels qui ont un rôle à jouer pour le développement des enfants. Onze réseaux couvrent le territoire de la Belgique. L'âge du public cible se situe entre O et 23 ans. Les réseaux adultes organisés depuis 2010 couvrent les patients à partir de seize ans. - Qu'entend-on par réseau? Il s'agit d'un ensemble de partenaires utiles au développement de l'enfant, de préférence dans son milieu de vie, qui s'organisent entre eux pour construire des programmes d'aide et de soins intégrés. Ces partenaires viennent donc du secteur de la santé mais également du secteur social et de la société civile et vont progressivement remplir plusieurs fonctions de manière la plus intégrée possible: Les réseaux ont différentes fonctions, à savoir une fonction de détection et d'intervention précoce, de diagnostic et de traitement, une fonction d'inclusion et de participation des enfants et des adolescents et de leurs proches et enfin, une fonction d'échanges et de valorisation de l'expertise intersectorielle. - Les programmes Tous les partenaires des réseaux ont élaboré des programmes qui sont financés soit par le fédéral, soit par les entités fédérées. Il s'agit des programmes suivants: - un programme de crise (mobile, ambulatoire, résidentiel ou semi-résidentiel); - un programme de longue durée; - un programme de liaison intersectorielle: - un programme de détection et d'intervention précoce (financé par les entités fédérées); - un programme de double diagnostic pour les jeunes en situation de handicap présentant des troubles du comportement (financé par le fédéral); - un programme outreach d'aide à la jeunesse (financé par la Région flamande). - Comment fonctionnent les réseaux? Un comité de réseau rassemble des représentants de partenaires issus des différentes sphères du secteur (santé mentale, secteur social, société civile, …) ainsi que différents sous-groupes opérationnels. Il existe un coordinateur de réseau et un pédopsychiatre de réseau. Les travaux sont suivis par la conférence interministérielle Santé publique. - Contexte de la crise sanitaire La crise sanitaire a entraîné une augmentation importante des besoins au sens large et une diminution du bien-être de la population: Chez les jeunes aussi, la crise a eu différents effets: - l'isolement dû aux mesures de confinement a produit chez certains jeunes des troubles anxieux, des phobies, de la dépression, … (plus possible de venir en aide à autrui); - la stigmatisation engendrée par le risque de transmission plus important du virus par les jeunes a engendré un sentiment de culpabilité par rapport aux aînés; - la déscolarisation partielle ou temporaire a augmenté les risques de décrochage (pertes de relations sociales avec les amis); - la fermeture des lieux de sociabilisation extra scolaires coupe les jeunes des services à bas seuil d'accès; - globalement, le contexte participe à l'augmentation du risque de vulnérabilité. - Mesures de renforcement progressives et ajustées Des crédits ont été dégagés à différents niveaux: - un milion d'euros pour soutenir les étudiants des hautes écoles et des universités; - 4 730 000 euros pour les équipes mobiles de crise (à savoir 50 % d'augmentation des ETP), 75 % en plus pour les moyens de fonctionnement et 25 % en plus pour le financement des pédopsychiatres); - les équipes de pédopsychiatrie ont été renforcées par 207 EPT pour un montant de 11 500 000 euros, pour tenter de réduire les listes d'attente; - le financement des équipes de liaison a été augmenté de 3 900 000 euros (=61 ETP). - Développement des soins psychologiques intégrés dans la première ligne Un protocole d'accord a été conclu le 2 décembre 2020 qui vise une approche coordonnée pour renforcer l'offre de santé mentale, en particulier pour les groupes cibles vulnérables les plus touchés par la pandémie de COVID-19. Ce protocole constitue une nouvelle étape dans la réforme des soins de santé mentale, à savoir la poursuite du développement de l'offre de soins de santé mentale à proximité du milieu de vie du citoyen et en coopération avec les acteurs de la première ligne. Le financement des soins a lieu sur la base d'une convention INAMI, via les réseaux. 90 % du budget est consacré au remboursement des soins et 10 % aux missions du réseau. Environ 45 millions d'euros sont prévus pour les réseaux enfants pour le remboursement des soins sur base annuelle. - Les lieux de pratique Les soins devraient idéalement être prodigués à proximité des lieux de vie d'un public cible identifié. Le seuil d'accès aux soins devrait être le plus bas possible. 1 faut créer des organisations avec des psychologues qui viennent organiser des soins en sessions de groupes (santé mentale, bien-être, …) pour sensibiliser à l'importance de garder un équilibre dans sa santé mentale. Un plan dans ce sens est en cours d'élaboration; le financement à cet effet est déjà prévu. Il s’agit d'un investissement énorme pour les prochaines années. L'objectif n'est pas de renforcer les services existants mais d'abaisser le seuil d'accès aux soins pour un public identifié. Une réflexion doit être menée sur la manière d'accompagner les bébés, les enfants, les jeunes, les adultes, … pour garder un équilibre dans leur santé mentale et dans leur santé en général. Cet objectif nécessite toutefois un changement d'approche: Alors que jusqu'à présent les psychologues recevaient leurs patients dans leur cabinet, il convient qu'ils aillent vers leurs patients pour certaines interventions. Il faut également trouver de nouvelles formes d'intervention. En ce qui concerne les interventions spécialisées, il convient également d'abaisser le seuil d'accès le plus bas possible, par ex. dans des endroits déjà reliés à la santé mentale et avec des pratiques en cabinet privé. 3. Exposé de Mme Léa Tilkens et M. Pascal Minotte (CRéSaM) Le CRéSaM est agréé et financé par la Région wallonne et a pour finalité d'améliorer les réponses apportées aux problèmes de santé mentale de la population, à travers le soutien aux professionnels de la santé mentale et à leur intégration dans le réseau de soins en santé mentale. En sa qualité de centre de référence, l'ASBL poursuit 5 missions: - une mission de concertation transsectorielle et transrégionale; - une mission d'observatoire des pratiques en santé mentale; - une mission d'appui auprès des acteurs en santé - une mission de recherche scientifique; - une mission de récolte, de production et de diffusion de l'information et de toute documentation utile aux acteurs de santé mentale. Mme Tilkens précise ensuite que les enjeux relevés dans les projets du CRéSaM concement plus spécifiquement la santé mentale des jeunes. La santé mentale des jeunes fait depuis un moment l'objet d'un discours (professionnel et médiatique) important. La crise liée au COVID-19 n'y est bien sûr pas pour rien. Et pour cause, depuis le début de la pandémie, on n'a jamais autant parlé de santé mentale de manière générale: on s’est rendu compte que la santé mentale, sujet encore largement tabou par ailleurs, concerne bel et bien tout le monde: la crise sanitaire a rappelé avec force que personne n'est à l'abri d’une souffrance psychique. Mais plus encore, même si les chiffres varient inévitablement d'une étude à l'autre, les recherches sur le sujet sont unanimes pour affirmer que les jeunes constituent la tranche de la population pour laquelle l'impact psychologique de la pandémie a été le plus conséquent, et ce à l'échelle internationale. Des études épidémiologiques menées dans le monde entier montrent que les jeunes ont été plus touchés, et le sont encore, que les autres groupes d'âge pendant la crise et ce bien que les jeunes aient moins de risque de complications dues au COVID-19. En Belgique, la première enquête COVID-19 de Sciensano indiquait que les troubles anxieux (20 %) et dépressifs (16 %) ont fort augmenté pendant la crise par rapport à la dernière enquête de 2018 (respectivement 11 % et 10 %). La prévalence de ces troubles est la plus élevée dans le groupe de jeunes de 16 à 24 ans (29 %), contre 20 % parmi le groupe des 25-34 ans et 10 % après 64 ans. L'étude de Sciensano précise que la fréquence des troubles anxieux a doublé chez les garçons et a triplé chez les filles, en comparaison avec les résultats de l'enquête de 2018 Les jeunes de 16 à 24 ans sont particulièrement touchés par la dépression. En effet, la prévalence a triplé parmi les jeunes filles, atteignant près de 30 % d'entre elles et a quadruplé chez les jeunes garçons (24 %). Le groupe de travail pluridisciplinaire du Conseil supérieur de la Santé salue le fait que la population se montre plutôt résiliente par rapport à la pandémie. L'enquête de Sciensano montre des indicateurs également à la hausse depuis la fin des confinements successifs et un retour progressif à une vie normale. Toutefois, il ne faudrait pas réduire les questions de santé mentale au sein de la jeunesse à la seule incidence des confinements et autres circonstances propres à la crise sanitaire. D'une part, les problématiques de santé mentale chez les jeunes existaient avant l'arrivée du coronavirus. Ce que ces chiffres invitent à prendre en considération, comme l'écrit le Conseil supérieur de la santé, c'est que ce qui n'allait pas avant la COVID-19 ne va pas mieux maintenant et que les disparités en matière de santé mentale se sont encore creusées avec la crise pour certains groupes plus vulnérables. D'autre par, la question de la santé mentale des jeunes se pose indépendamment du COVID-19, de manière transversale et avec d'autant plus de force sans doute à l'heure actuelle. De fait, si le COVID-19 a imposé une distanciation sociale et participé d'un climat anxiogène délétère pour le moral des jeunes, on ne peut pas dire que ce climat ne trouve pas quotidiennement d'autres actualités desquelles se nourrir: le changement climatique et l'éco-anxiété engendrée par des discours pour le moins catastrophistes relatifs à la survie de la planète, la guerre en Ukraine et la peur qui plane au sujet d'une possible guerre mondiale, la crise économique (prix de l'énergie, etc.) et les inégalités croissantes, etc, composent ensemble le tableau d'une époque où prendre soin de sa santé mentale, préserver son moral, trouver du sens et maintenir un certain équilibre psychique en faisant preuve de résilience sont des enjeux quotidiens. Cela est vrai pour tout le monde, mais sans doute plus encore pour des jeunes qui doivent se construire, se projeter dans l'avenir et se démener pour y arriver. Les circonstances actuelles viennent éroder le sens que les jeunes doivent donner à leur existence dans une période où ils sont en pleine construction identitaire et en recherche de perspectives. Les jeunes sont confrontés à un questionnement existentiel face à une société en crises multiples où les discours alarmistes constituent le fond sonore de leur jeune existence. Le CRéSaM organise à cet égard la semaine de la santé mentale du 10 au 16 octobre 2022, sur le thème: “Jeunes et Santé mentale. Comment se construire dans la société d'aujourd'hui?” Le CRéSaM espère se faire l'écho des problèmes qui secouent la jeunesse contemporaine et qui préoccupent également d'autres associations telles que le Forum des jeunes ou encore l'Unicef. Au vu des circonstances, c'est une bonne chose que la crise sanitaire ait conduit à s'intéresser davantage à la santé mentale de manière générale et à celle des jeunes en particulier. Le CRéSaM souhaite attirer l'attention sur le fait que, au-delà d'une actualité brûlante, elle doit rester une priorité dans la durée et conduire à des mesures pérennes et transversales. En effet, ce que la crise sanitaire (et les crises d'autres natures qui lui succèdent) appelle(nt) à mettre en évidence, c'est à quel point chaque décision prise, à tous les niveaux de pouvoir et dans tous les domaines de la vie, ont un impact sur la santé mentale de la population. Émerge de ce constat la nécessité que toute décision, quel que soit le domaine de la société concerné, devrait être prise en anticipant ses effets sur la santé mentale de la population. Il faut par conséquent agir en faveur de conditions de vie qui favorisent, à tous ces niveaux, la santé mentale. Cet enjeu est collectif. | concerne aussi bien les élues et les élus, les responsables des ressources humaines, les professionnel(le)s du soin ou du social, les personnes vivant avec un trouble psychique, les aidant(e)s, les journalistes, les voisines et les voisins, les collègues de travail. Et parce que la vie des enfants et des jeunes se passe en grande partie à l'école. le personnel scolaire et les acteurs qui les entourent. 1! convient de s'interroger sur le “pourquoi” de cet impact massif de la crise afin de comprendre comment mieux répondre aux problématiques de santé mentale des jeunes. out un chacun privilégie des ressources différentes à chaque âge de la vie pour gérer les situations stressantes de la vie. En règle générale, les enfants peuvent se tourner vers leurs parents pour trouver réconfort, soutien et information. Les adultes se tourneront plus volontiers vers leur conjoint et leur famille, tandis que les adolescents sont principalement tournés vers leur groupe de pairs, en relation avec lesquels ils se construisent et partagent les épreuves de vie: c'est dans son rapport aux autres de son âge que l'adolescent cherche en priorité les réponses à ses questions, ses doutes, ses souffrances. À cet égard, un rapport du CRéSaM sur les ressources mobilisées par les jeunes qui traversent un épisode douloureux avait démontré que les jeunes en difficulté se dirigent naturellement vers une personne de confiance (bien loin de se préoccuper que la personne à qu'ils s'adressent soit un(e) professionnel(le) ou un(e) expert(e) de la question qu'ils se posent) et que cette personne de confiance est, par excellence, à l'adolescence, le meilleur ami ou la meilleure amie, le copain où la copine. Or, on le sait, c'est précisément de ces relations ressources que les différentes mesures de distanciation sociale et autres gestes barrière les ont privés. Cela prouve bien que les aides à mettre en place pour soutenir la santé mentale des jeunes doivent pouvoir se trouver au plus proche d'eux, dans leur entourage, leurs clubs de sport, leurs familles, leur école. L'idée n'est pas de mettre un psychologue derrière chaque jeune, mais bien de créer tout autour d'eux un cadre sécurisant et contenant, socialement riche et bienveillant. Siles réponses curatives ont leurs limites, i faut insister sur une approche préventive et sur une culture de l'accessibilité de l'aide et du soin, notamment à travers des premières lignes non spécialisées, mieux informées. Le CRéSaM est de plus en plus sollicité en ce sens par des professionnels de l'école, de l'emploi, des acteurs de l'aide à la jeunesse, qui expriment le besoin d'être mieux formés pour composer avec la dimension santé mentale qui fait partie intégrante de leur travail quotidien. La santé mentale à l'école: un enjeu central L'école est le lieu privilégié pour promouvoir, prévenir et agir en santé mentale auprès des plus jeunes. Les professionnels de l'enseignement ne sont pas des professionnels de la santé mentale: Lorsque les troubles mentaux ne sont pas pris en charge à l'adolescence, les conséquences se font sentir jusqu'à l'âge adulte, ce qui nuit à la santé physique et mentale du jeune et limite ses possibilités de mener une vie épanouissante. L'OMS défend l'idée que la protection, la promotion etle rétablissement de la santé mentale sont des préoccupations centrales pour les personnes, les collectivités etles sociétés partout dans le monde. Or, la société commence à l'école étant donné qu'elle en est un des piliers. L'école est le lieux idéal pour mener des actions car c'est le lieux où des professionnels ont la parole devant des jeunes toute la journée et ont pour mission de développer leur esprit critique, leur citoyenneté. L'école dispose du potentiel pour réduire la stigmatisation dans le discours sur la santé mentale. En tant que lieu de vie en groupe pour les jeunes, l'école peut faire de la promotion en santé mentale avec et par le groupe de pairs. En tant que lieu d'apprentissage et de développement des compétences, elle est aussi le lieu privilégié pour l'acquisition des compétences socio-émotionnelles. Etant donné que les professionnels y sont en première ligne auprès des jeunes, cinq jours sur sept, plusieurs heures par jour, is peuvent mieux repérer les jeunes en difficultés où dans le besoin, les jeunes en souffrance ou les plus vulnérables. Enfin, en tant qu'institution au cœur d'un réseau qui place le jeune en son centre, l'école peut établir des voies d'accès vers les services d'aide et de soins. Il est clair que les professionnels de l'enseignement ne sont pas des professionnels de la santé mentale. Ils peuvent malgré tout jouer un rôle dans ce domaine. On sait que l'école peut être une source de souffrance pour les élèves. L'échec scolaire, les difficultés d'apprentissage, les difficultés relationnelles, les problèmes d'intégration voire les mécanismes d'exclusion peuvent être à l'origine de la détresse de nombreux jeunes. Inversement, des éducateurs, des professeurs, des directions influent déjà positivement sur la santé mentale des jeunes en étant Simplement des adultes encourageants et bienveillants: Il faut faire en sorte que l'école puisse influencer la santé mentale avec les moyens dont elle dispose. Le personnel scolaire a dans ses mains bien assez de cartes pour remplir ce rôle positif et l'école offre des structures, des espaces et des temps qui constituent en soi des outils mobilisables pour prendre soin de la santé mentale des élèves. Il ne s'agit pas de demander aux membres du personnel scolaire de faire un autre métier que le leur, mais de leur apprendre à réaliser l'un des potentiels les plus cruciaux du métier qui est précisément celui qu'ils exercent. C'est dans cette optique que le CRéSaM travaille à la création d'une offre de formation à destination des membres des équipes éducatives et des agents des CPMS, conçue sur la base d'une série d'entretiens avec de nombreux acteurs du secteur de l'enseignement, mais aussi de divers secteurs connexes (santé mentale, aide à la jeunesse, accrochage scolaire, formation, droits des jeunes, etc). Cette formation doit permettre au personnel des écoles, inévitablement aux prises avec des problématiques de santé mentale dans leur travail quotidien avec les jeunes, de se sentir moins démuni. Moins seul aussi. L'école n'est pas l'unique responsable. La santé mentale est un enjeu collectif. Cette formation doit être un moment de dialogue et doit permettre de construire des ponts entre le milieu scolaire et le secteur de la santé mentale: Le bien-être des jeunes est, en effet, une responsabilité partagée entre une mulitude d'institutions, de services, de prestataires d'aide et de soins qui sont mobilisables quand le besoin s’en fait sentir. S'ilne faut, certes, pas transformer les enseignants en psychologues, l'école peut, en tant qu'intermédiaire, aider à trouver les soutiens appropriés pour les élèves et leur faciliter l'accès, aider les élèves et les familles à accéder aux services dont ils ont besoin. On ne peut au'appeler de ses voeux que des collaborations plus structurelles voient le jour et soient soutenues entre le secteur de l'enseignement et le vaste réseau de services et institutions diverses qui gravitent autour du même centre d'intérêt: le jeune et son épanouissement. Pour conclure avec le souhait de voir des choses plus structurelles s'installer, il faut dire aussi que, ce qui ressort de façon saillante de l'ensemble des entretiens réalisés auprès des acteurs concemés par la problématique, c'est la conviction que ces compétences devraient intégrer à part entière le programme de formation de base des futurs professionnels de l'enseignement. La santé mentale des jeunes adultes: soigner la transition L'accessibilté aux soins est primordiale. Toutefois, un élément complique l'accès aux soins pour les jeunes après un certain âge, et ce plus encore pour les jeunes en situation dite “complexe” en ce sens qu'ils présentent des besoins spécifiques qui nécessitent l'intervention de plusieurs secteurs d'aide ou de soins différents (santé mentale, handicap, aide à la jeunesse). C'est la rigidité administrative liée à la majorité légale qui constitue dans le parcours de bien des jeunes ayant besoin d'un accompagnement ou d'une prise en charge un moment brutal de rupture et représente un risque réel de décrochage du réseau d'aide et de soins voire, plus fondamentalement, de la société. L'analyse de la littérature et les rencontres avec les acteurs de terrain soulignent la nécessité de soigner tout particulièrement la période du passage à l'âge adulte en raison de la discontinuïté existant entre les services pour mineurs et les services pour adultes, de telle manière que l'arrivée des 18 ans vient souvent renforcer les difficultés présentes à l'adolescence et peut dès lors, pour les jeunes les plus vuinérables, aux prises avec les problématiques les plus complexes, aboutir à l'errance Cette discontinuité résulte de différents facteurs: d'une part, l'offre plus diffuse de services pour adultes et la difficulté dès lors de trouver un relais dans une structure adaptée aux besoins spécifiques du jeune et d'autre part, l'encadrement plus limité dans les services pour aduites. Of, la prise en compte exclusive et automatique liée à l'âge biologique, au-delà de la maturité de chaque jeune, constitue un biais certain. La situation de chaque jeune est différente. Alors que la barrière des 18 ans rend administrativement incompétents certains services pour tous les jeunes fraîchement majeurs, ces jeunes n'ont pourtant pas tous 18 ans de la même façon. Il conviendrait de prévoir une certaine souplesse, une certaine flexibilité, pour permettre aux institutions et services de s'adapter aux réalités, forcément multiples et différentes pour chaque jeune À cet égard, la nouvelle politique de santé mentale introduit cette souplesse en vertu d'une logique du cas par cas. Par exemple, les équipes mobiles peuvent prendre en charge des jeunes jusqu'à 23 ans. On gagnerait à ce que le travail avec les jeunes puisse parfois tenir du bricolage, au sens noble du terme, si seulement on lui en donnait les moyens. La santé mentale des jeunes, c'est encore eux qui en parlent le mieux Le CRéSaM attire l'attention sur l'importance que revêtent la consultation et la participation des jeunes aux prises de décision qui les concernent. Durant toute la pandémie, les jeunes ont fait l'objet d'un discours omniprésent et souvent culpabilisateur quant à la façon dont ils se comportaient vis-à-vis des règles sanitaires (or, contrairement aux idées reçues, la majorité des jeunes a largement intégré le discours selon lequel ils représentaient un danger pour les autres et s'est conformée aux règles établies), et ce alors même qu'il ne leur a pas été donné l'occasion d'être sujets où porteurs d'un discours sur la façon dont il vivaient les mesures adoptées ou même de participer à la réflexion autour des aménagements à mettre en place pour lutter contre la propagation du virus dans les lieux dans lesquels ils passent le plus clair de leur temps. La participation, l'écoute des jeunes concernés par les décisions, parti cipent au développement d'une capacité à échanger et à débattre et constitue l'un des socles d'une bonne santé mentale. Ainsi, le problème du harcèlement témoigne dans certains cas d'une difficulté à être sainement en désaccord avec autrui. Quelles que soient les mesures adoptées, il faut tenter d'entendre les jeunes et de les faire participer à tous les niveaux. Aménager les conditions adéquates pour cette participation prend du temps et demande des moyens, mais cela représente un droit fondamental qui doit être respecté. I s'agit en cela de restaurer l'image positive que les adultes peuvent se faire des jeunes et, par là même, l'image que les jeunes se font d'eux-mêmes et celle qu'ils se font réciproquement des adultes et de la société dans laquelle ils grandissent et dans laquelle ils doivent devenir des citoyens responsables à leur tour. 4. Exposé de M. François Monville (ISOSL) M. François Monville est psychiatre. Il a travaillé pendant 15 ans dans une unité de psychose aigue où il a développé un programme d'accueil des jeunes adultes dans leur première décompensation de psychose détection et intervention précoce) ISoSL est une intercommunale de soins spécialisés de Liège. Ce réseau prodigue des soins en pédopsychiatrie aux jeunes adultes en milieu hospitalier, en ambulatoire et en équipes mobiles.
M. Monville souhaite relayer le message des acteurs de terrain dans trois domaines: 1. Le secteur hospitalier souhaite attirer l'attention sur l'avenir des lits UTI ISoSL ne dispose pas de lits K mais uniquement de lits UTI (unités de traitement intensif) qui peuvent uniquement accueilir des jeunes en situation judiciarisée. Le manque de lits K a encore été accentué par la crise sanitaire. L'hôpital de la Citadelle à Liège dispose de 20 lits K et les délais d'hospitalisation des enfants sont de plus de 6 mois. Les hospitalisations dans le cadre des conventions INAMI connaissent des délais de plus de 2 ans. Il y a donc eu une plus forte pression sur les lits de pédopsychiatrie. Il y a certes eu un apport de lits pédiatriques dans les soins somatiques, avec des équipes psycho-sociales qui ont pu y aller travailler. ISoSL a été confrontée à une augmentation des demandes de mise en observation de mineurs. En juillet 2021, ISOSL a fait une demande d'ouverture de lits K de jour pour adolescents. À ce jour, cette demande n'a pas encore reçu de réponse. Les acteurs de terrain attirent également l'attention sur le cadre médico-légal pour ces jeunes et notamment sur la loi du 26 juin 1990 concernant tant les patients pédopsychiatriques que les patients adultes. Il est à déplorer que les enfants de moins de 12 ans doivent être hospitalisés pour être mis en observation À l'inverse, certains patients ne peuvent pas être mis en observation étant donné qu'il n'y a pas de pathologies psychiatriques dans les critères requis par la loi, mais plutôt des troubles graves de la personnalité ou du développement avec des limitations intellectuelles qui nécessitent des soins qui ne peuvent pas être donnés sous contrainte. En vertu du décret sur l'aide à la jeunesse du 18 janvier 2018, dit Code Madrane, les jeunes présentant une pathologie mentale ne peuvent pas être admis en IPPJ, ce qui déresponsabilie les jeunes car le délit n'est pas toujours en lien avec la pathologie mentale. Le fait que le jeune soit directement envoyé dans une structure de soins comme les UIT et ne puisse pas être sanctionné par un passage en IPPJ, pose problème dans l'accompagnement de l'évolution du jeune. Quel avenir pour les lits UTI? Un rapport récent du KCE montre toute l'utilité des lits UIT et préconise le financement de ceux-ci non plus comme projets pilotes mais par le biais du BMF. Les enfants occupant des lits UIT sont souvent issus de milieux défavorisés avec des parents démissionnaires qui ne sont pas toujours à même de financer les soins hospitaliers ni d'ailleurs les soins plus globaux pour couvrir les besoins primaires de leurs enfants. 1! manque également de places d'accueil dans le réseau résidentiel non hospitalier. Les critères d'admission des jeunes ne tiennent pas compte de leur problématique globale (Q1), il n'existe pas de places en habitations protégées comme pour les adultes et il n'existe pas de Structures pour la prise en charge d'adolescents ayant des assuétudes, comme celles qui existent pour les patients au-delà de 18 ans. Les pédopsychiatres de terrain connaissent également des dificultés avec les MENA (mineurs migrants non accompagnés) en raison de la suspension des auditions au CGRA pendant la crise et de l'allongement du délai des reconnaissances. On a constaté une aggravation de la souffrance psychique. La prise en charge individuelle des problèmes engendrés par la crise COVID-19 n'a fait qu'augmenter la responsabilisation des jeunes face à la crise et leur état de souffrance alors que le contexte global de la crise était déjà très stigmatisant pour eux. 2. Les soins mère/bébé et les mères avec des pathologies mentales graves Il est clair qu'on ne peut pas soigner un bébé sans sa mère et inversement. Of, il n'existe pas vraiment de structures de soins qui peuvent intégrer la dyade mèrebébé, surtout quand la maman souffre d'une pathologie mentale grave. Il n'y a donc pas vraiment de place pour les bébés dans les soins de santé mentale et les soins sont souvent découpés par tranche d'âge. Il existe donc un déficit de soins tant dans les structures hospitalières, de jour, ambulatoires ou dans les soins à domicile: Depuis 2002, ISoSL a mis sur pied (sur fonds propres) le projet Fil-à-Fil qui travaille sur le lien précoce entre la mère et son bébé, principalement lorsque la mère souffre d'une pathologie psychiatrique invalidante et chronique. La disparition de tous les relais de soins pour l'enfant pendant la crise a causé une diminution des solutions de placement et un retard de dépistage. Il conviendrait de renforcer la formation des acteurs de première ligne au dépistage des situations à risque enseignants, médecins généralistes, …) et d'augmenter le nombre de lits K de jour. À cet égard, ISOSL a adressé en 2021 une demande pour l'ouverture de lits Kj pour les mères et leur bébé - sans réponse à ce jour. 8. L'âge de transition pour les soins en santé mentale La transition entre l'enfance et l'âge adulte est difficile. Il existe une frontière entre deux cultures de soins, la pédopsychiatrie et la psychiatrie. Les cadres légaux sont différents; en effet, la logique des soins pour adultes est moins “enveloppante” et moins “responsabilisante”. L'âge biologique ne correspond pas toujours à l'âge de développement psychique qui permet à la personne de répondre à la demande de responsabilité qu'engendre le passage à l'âge adulte. Cet âge de transition est également un âge critique au niveau psycho-pathologique car on sait que plusieurs pathologies psychiatriques sérieuses se développent à l'âge charnière de 16 à 25-30 ans. Ces pathologies peuvent avoir un impact sur les: choix de vie. Sur base de nombreuses études, des pays anglo-saxons ont développé des réseaux de détection précoce de ces troubles. Les études montrent qu'en termes de santé publique mais aussi de coût global pour la société, la prise en charge et la détection précoce est avantageuse. Dans cette optique, ISoSL a développé un programme à partir d'un service hospitalier (en détachant quelques personnes) pour essayer de mieux prendre en charge les premières crises de psychose du jeune adulte. Il s'avère que 2 à 3 % de la population pourrait présenter un épisode psychotique au cours de sa vie et que 70 à 80 % de ces premiers épisodes apparaissent entre 16 et 25 ans. Il a été maintes fois démontré dans des études que plus la prise en charge est tardive, plus les risques d'évolution négative de la pathologie sont importants. Cette crise apparaissant pendant une période de construction identitaire et existentielle constitue une cassure dans la trajectoire de développement. I faut éviter d'y rajouter la stigmatisation et l'isolement social. Ces programmes d'intervention précoce permettent de diminuer la durée de non traitement et la stigmatisation et augmentent ainsi les chances de rétablissement. Ils permettent, en outre, de diminuer les coûts globaux de la santé et de la sécurité sociale et font partie des politiques de santé publique dans les pays anglo-saxons. Le programme d'ISoSL est le seul en Belgique francophone et il est financé sur fonds propres. En Flandre, la KU Leuven a développé le projet Vriend en 2022. En conclusion, M. Monville rappelle que la crise COVID-19 a encore fraglisé le réseau des soins en santé mentale qui était déjà à flux tendu. La crise a occasionné un débordement des structures pédopsychiatriques et allongé les files d'attente. La santé mentale n'est pas qu'une affaire de “mental” c'est l'impact du confinement et du délitement du réseau jeunesse: Rendre la santé mentale aux jeunes, c'est retisser le réseau jeunesse. 5. Exposé de Mme Reitske Meganck (Université de Gand) Mme Reitske Meganck est professeure à la Faculté de psychologie et des sciences pédagogiques de l'UGent, où elle mène notamment des recherches et enseigne le travail thérapeutique avec les enfants et les adolescents. En parallèle à son travail universitaire, Mme Meganck reçoit également des enfants et des jeunes en consultation Le récent reportage de Pano sur les difficultés psychiques chez les jeunes a mis en évidence une triste réalité: à bien des égards, notre société abandonne les jeunes. Dès avant la crise du coronavirus, les chiffres scientifiques révélaient les difficultés rencontrées par les jeunes Flamands, mais durant la pandémie, c'est une catastrophe silencieuse qui est survenue, dont les effets ne se font que graduellement perceptibles. L'enfance et l'adolescence sont des périodes cruciales pour notre développement psychique. Les mille premiers jours de la vie sont d'une importance essentielle pour le développement de l'enfant: outre de nourriture et d'une couche propre, il a aussi besoin d'être tenu dans les bras, qu'on lui parle, etc. Un enfant qui ne joue pas est le “canari dans la mine” d'une famille soumise à une pression excessive; Il est dès lors essentiel d'épauler les familles dans cette première phase décisive. L'adolescence est un stade tout aussi crucial. Pourquoi donc? Et pourquoi est-il déplacé de dire aux jeunes de “prendre sur eux”, comme cela s’est produit pendant la pandémie? L'adolescence est une période de transition durant laquelle le corps comme l'esprit sont en pleine mutation. Les liens avec la famille se distendent: l'adolescent doit se trouver de nouveaux points d'ancrage dans le monde extérieur et construire sa propre identité. La perte de la familiarté de l'enfance érode également le sentiment de sécurité: l'adolescent cherche à le compenser dans la proximité physique avec les autres - à ce stade, il s'agit principalement d'autres adolescents et compagnons d'infortune. Dès lors, aller danser, faire du sport, sortir dans des bars ou encore participer à des festivals ne peuvent pas être supprimés sans autre forme de procès de la vie de l'adolescent: tout cela fait partie de son développement psychologique: Pratiquement toutes les études scientifiques qui se penchent sur ces thématiques démontrent le lien indissoluble entre bien-être social et bien-être mental. Nous l'avons toutefois perdu de vue au cours des dernières années et les adolescents ont été culpabilisés pour leur besoin de contacts sociaux. Pour l'oratrice, la mécompréhension de ces adolescents est le symptôme d'une perte d'humanité et de la connexion avec nous-mêmes. Les adolescents en difficulté sont donc à leur tour les “canaris dans la mine” d'une société sous pression excessive. Le premier confinement a apporté aux adolescents un certain soulagement, l'impression de pouvoir échapper à la course effrénée du quotidien. mais chacun s'y est bien vite retrouvé happé de nouveau, la société ne s'étant pas fondamentalement transformée. Notre société crée toujours plus d'exclus, mais dans le même temps, leur prise en charge se heurte à des problèmes structurels. Les soins sont trop fragmentés. Les soignants sont submergés de listes de contrôle et de protocoles de qualité, aux dépens des soins proprement dits: i reste trop peu de temps pour que le lien humain entre soignant et patient puisse s'établir. Nos soins de santé mentale axés sur l'individu doivent changer: les jeunes devraient être réunis, à l'intérieur comme à l'extérieur de la salle de consultation. L'oratrice mentionne également deux autres goulets d'étranglement dans les soins de santé mentale. Premièrement, l'offre est insuffisante. Il est inhumain que des jeunes en crise soient refoulés faute de lits disponibles. Les listes d'attente pour des soins abordables sont très longues. Il est donc essentiel d'investir dans les soins de santé mentale et de ne pas les subordonner aux soins somatiques. Le retour sur investissement peut être très important pour la société. Deuxièmement, les prestataires de soins de santé mentale doivent disposer de davantage d'espace pour pouvoir pleinement faire leur travail - aujourd'hui, ils sont noyés de procédures et de protocoles. En outre, ils doivent pouvoir exercer dans un cadre de travail sûr. L'obligation vaccinale dans le secteur des soins de santé y contribue-t-elle? La question se pose. Pour mieux harmoniser les soins de santé mentale, nous devons pouvoir atteindre les jeunes; les soins doivent pouvoir être un lieu de rencontre. Malheureusement, il s'avère qu'ils sont loin d'atteindre les jeunes aussi aisément que nous le pensions. De nombreuses campagnes ont été mises en place, mais les chercheurs entendent de la bouche des jeunes eux-mêmes que les écoles ne s'intéressent guère à leur état psychique et qu'ils ignorent vers qui se tourner en cas de mal-être. y a donc encore du travail à faire. L'enseignement peut jouer un plus grand rôle pour tendre la main aux jeunes. Espace et lien sont nécessaires pour pouvoir se rencontrer. L'assistance numérique peut ponctuellement apporter une valeur ajoutée, mais elle ne peut se substituer à la proximité physique. Une application ne remplace pas un contact humain en chair et en os, et une surabondance d'assistance numérique ne peut en réalité qu'aggraver l'aliénation. C'est une aide diversifiée qui s'impose, indépendante d'un modèle unique et qui mise avant tout sur le lien. Les plus grandes victimes de l'organisation actuelle des soins sont les jeunes les plus vulnérables. De nombreuses initiatives très louables s'adressent à ces jeunes, mais il est révélateur que beaucoup d'entre elles sortent du circuit classique des soins. Mme Meganck relate, pour conclure, l'histoire d'une jeune patiente qui, abandonnée par les soins clasSiques, a abouti dans une ferme thérapeutique. Elle avait l'intention d'y attendre l'âge auquel l'euthanasie pour souffrance psychique est autorisée. La patiente à pourtant trouvé dans cette ferme thérapeutique un endroit où elle avait sa place, et où elle a pu prendre la décision de rester en vie.
B. Questions et observations des membres Mme Catherine Fonck (Les Engagés) dégage un fil conducteur dans ces exposés: le monde politique se base trop sur des modèles théoriques et fait trop abstraction du contexte de vie des enfants ou des jeunes. L'enfant est trop souvent considéré isolément de son environnement, de sa situation familiale et de celle de ses parents, etc. Les orateurs ont-ils des recommandations pour une politique qui en tienne mieux compte? L'accessibilté restreinte des soins de santé mentale reste problématique. Les psychologues conventionnés sont encore très peu nombreux. Que faire pour étoffer leurs rangs? Mme Barbara Creemers (Ecolo-Groen) demande à Mme Van Broeck pourquoi il est impossible d'appliquer en première ligne les pratiques de la deuxième ligne ou de “faire un peu de deuxième ligne dans la première ligne”. Mme Van Broeck a également déclaré que l'éducation d'un enfant nécessitait un solide encadrement. Comment l'échelon fédéral peut-il soutenir des organisations comme le Gezinsbond dans cette tâche?
M. Hervé Rigot (PS) retient des différents exposés qu'il convient de renforcer la première ligne pour permettre un fonctionnement adéquat des deuxième et troisième lignes. En outre, l'importance de la collaboration entre les différents niveaux de pouvoir, mais aussi entre les experts, a été soulignée. Troisième thème évoqué: l'impact de la crise du COVID-19 sur la santé mentale Mme Van Broeck a souligné l'importance de la première ligne. Comment l'offre peut-elle être renforcée? Quel est le rôle des professions de soutien? La même oratrice a évoqué la prévention pendant la période prénatale. Les prestataires de soins sont-ils suffisamment conscients de l'importance de la prévention durant cette période et du rôle qu'ils peuvent eux-mêmes y jouer? Une approche plus contextuelle de la santé mentale des jeunes est requise. Quels y sont les obstacles à l'heure actuelle? Les adultes responsables (Mme Van Broeck) devraient-ils recevoir une formation spécifique afin de mieux accompagner les jeunes? Mme Makuch a évoqué le renforcement des services de pédopsychiatrie. En quoi consiste-t-, concrètement? Porte-t-l déjà ses fruits, quel en est déjà l'impact? Le protocole d'accord du 2 décembre 2020 est ambitieux: il est dès lors compréhensible que sa mise en œuvre prenne du temps. Est-il possible d'esquisser un premier calendrier pour les résultats souhaités? Comment ces résultats seront-ils évalués? Selon les représentants du CRéSaM, l'école est l'endroit idéal pour améliorer la santé mentale des jeunes. Quelle est l'offre de formation pour le secteur de l'enseignement? Qui peut y prendre part? Quel est le taux de participation à l'heure actuelle? Les mêmes orateurs ont évoqué la période de transition entre l'adolescence et l'âge adulte, et ont appelé de leurs vœux davantage de souplesse envers ces jeunes. Qu'entendent-ils par là exactement? Quelles sont leurs recommandations concrètes?
M. Morville a cité la prise en charge de la mère et de l'enfant dans les établissements de soins, qui n'est pas optimale aujourd'hui. Qu'est-il fait à l'heure actuelle pour épauler les mères? Mme Meganck a évoqué les investissements qui ont été et sont consentis dans la santé mentale. Quelles sont ses recommandations? Dans quels domaines est-il préférable d'investir, et quelles mesures prendre pour lever les obstacles financiers? Mme Dominiek Sneppe (VB) demande quels sont les changements les plus urgents à apporter dans les soins de santé mentale. Elle s'enquiert également des résultats des initiatives déjà prises par le gouvernement, telles que la reconnaissance des psychologues cliniciens et des orthopédagogues, et le tarif de 11 euros pour les consultations psychologiques. Le mot de “résilience” - la capacité de se relever après un revers - est revenu régulièrement dans les interventions. Mme Sneppe estime que la “résilience” implique également d'être capable de faire face à un revers, sans chuter. Comment éviter que les jeunes requièrent une aide psychologique? Ils en ont toujours lus besoin, alors que dans notre pays, ils vivent dans une relative aisance. Où se situe la pierre d'achoppement? L'un des orateurs a souligné que l'on dispense des formations pour tout, de nos jours, mais qu'il n'en existe aucune pour éduquer à la parentalité. Cependant, de nombreux futurs parents n'ont probablement aucun besoin d'une telle formation, puisqu'ils recherchent eux-mêmes des informations lorsqu'ils attendent un enfant. Comment pouvons-nous atteindre les groupes vulnérables ou les plus précarisés de notre société, qui ont moins aisément accès aux bonnes informations? Chaque enfant se sent de temps en temps mal dans sa peau. Quand faut-il donc tirer la sonnette d'alarme? Quels sont les signaux que les parents doivent reconnaître et prendre au sérieux? L'intervenante se demande pourquoi on investit si peu dans la thérapie à domicile, alors que cette forme de thérapie semble essentielle pour les enfants et les adolescents, la situation familiale étant un facteur crucial dans leur bien-être psychologique. Dans un cabinet, les enfants se comporteront différemment d'à la maison. Le cadre juridique n'est-il pas suffisamment adapté? Les problèmes psychologiques chez les jeunes ont augmenté avec le confinement. Le secteur des soins de santé mentale a-t-l suffisamment tiré la sonnette d'alarme durant cette période? À l'exception du Pr Lieven Annemans, peu de professionnels se sont exprimés sur les éventuelles conséquences psychologiques des mesures sanitaires.
M. Daniel Bacquelaine (MB) exprime sa gratitude aux orateurs invités pour leurs exposés si complémentaires. Ilse demande par ailleurs si le nombre d'épisodes de décompensation psychotique a sensiblement augmenté pendant les confinements. Pour déterminer le budget à y allouer, il est important de le savoir. Comment accompagner au mieux les adolescents dans leur transition vers l'âge adulte? Comment organiser de manière optimale les réseaux de soutien, en collaboration avec la première ligne? Quelle formation les participants à ces réseaux, comme les enseignants et les responsables de mouvements de jeunesse, devralent-ils suivre? Dans quels domaines la première ligne peut-elle agir? Où s'arrêtent ses compétences? Mme Gitta Vanpeborgh {Vooruit) déclare que le groupe Vooruït a déposé une proposition de loi sur la “claque pédagogique”. En tant que mandataire locale, lintervenante constate qu'il est parfois dificile de transmettre les valeurs éducatives dans toutes les couches de la population. Les orateurs invités ont-ils des recommandations à ce sujet? Mme Van Broeck a évoqué un service civil obligatoire pour les jeunes adultes. À quoi devrait ressembler ce service civil? Dans son exposé, Mme Makuch a souligné l'importance des soins périnataux. Existe-t-il des programmes spécifiques dans ce domaine? Les représentants du CRéSaM ont expliqué les raisons de la grande vulnérabilité des jeunes durant la crise sanitaire, en soulignant que les filles étaient plus vulnérables encore que les garçons. Peuvent-ils apporter des éclaircissements sur ce dernier point? Ils ont également souligné un autre élément important: le rôle que l'école peut jouer dans la détection des problèmes de santé mentale et l'orientation vers l'aide. Le personnel scolaire doit effectivement être formé pour cela, mais les jeunes eux-mêmes demandent à être également impliqués et à pouvoir intervenir en tant que personnes de liaison. Que pensent les orateurs invités de cette proposition?
M. Monville a évoqué le nombre croissant de psychoses. Sont-elles causées par la consommation de stupéfiants? Comment s'attaquer à leurs causes? Plus de 100 millions d'euros sont consacrés au bienêtre mental des enfants et des jeunes. Le ministre de la Santé publique a en outre récemment promis d'allouer 85 millions d'euros supplémentaires pour ce public. Où convient-il de placer les priorités? Mme Sophie Rohonyi (DéFI) remarque que les orateurs ont, à juste titre, souligné l'importance de la prévention ainsi que le rôle des écoles. Qui doit assumer la fonction de personne de référence dans l'établissement scolaire? Convient-il de renforcer la collaboration avec les mouvements de jeunesse et les clubs sportifs, les centres PMS et les centres d'encadrement des élèves, ou faut-il désigner une personne de référence au sein même de l'établissement? Les enfants sont de véritables éponges et sont très sensibles à l'état émotionnel de leurs parents. Quelles mesures concrètes peuvent-elles être prises pour épauler les parents au lieu de les stigmatiser? Existe-t-il de bons exemples à l'étranger? L'importance des soins prénataux a été évoquée. Quel rôle les maternités jouent-elles dans ce domaine? Est-il udicieux de fermer les petites maternités, ainsi que le prévoit le ministre? Les listes d'attente pour les soins de santé mentale sont encore trop longues. Les orateurs disposent-ils de chiffres concrets? Certains ont plaidé pour que les jeunes adultes puissent eux aussi bénéficier de l'aide à la jeunesse. Les listes d'attente ne s'en trouveraientelles pas allongées? À la suite de la crise du coronavirus, certains services ont été renforcés, comme les équipes mobiles et les services de pédopsychiarie. Les budgets alloués étaient-ils suffisants? Quel bilan peut-il être tiré de ces mesures? Un orateur a déclaré qu'être utile à autrui donne un sens à la vie. En Communauté française, le service civil est nettement plus développé qu'en Flandre. Comment expliquer cette différence? L'importance d'une politique transversale de soins de santé mentale a été bien soulignée. En Belgique, cependant, les compétences en matière de soins de santé sont morcelées. Serait-i judicieux de refédéraliser les soins de santé? Les invités sauraient-ils alors plus facilement à quelle autorité s'adresser? Lors de l'élaboration des lois, leur impact potentiel sur l'égalité entre les hommes et les femmes est toujours pris en compte. Un filtre similaire devrait-i être prévu pour la santé mentale - systématiquement examiner, à l'élaboration d'une loi, son potentiel impact sur la santé mentale de la population en général, et des jeunes en particulier?
M. Steven Creyelman (VB) convient que les soins de santé mentale devraient être mieux connus des jeunes, mais se demande si l'entourage n'a pas également un rôle important à jouer. Les amis, les clubs sportifs et autres seraient-ils mieux à même de détecter les premiers signes de problèmes nécessitant une aide professionnelle? L'importance des soins prénataux a été soulignée à plusieurs reprises. Quel est le rôle du père? Comment peut-il y contribuer? Quel est l'impact sur la mère et l'enfant de problèmes de santé mentale chez le père?
M. Thierry Warmoes (PVDA-PTB) estime que l'état mental des jeunes a été mis à mal non seulement par la crise sanitaire, mais aussi par la crise climatique, la crise économique et la guerre en Ukraine. Face à tous ces facteurs conjugués, les jeunes ressentent beaucoup d'incertitude quant à leur avenir. Il convient donc de s'attaquer à ces problèmes et ne pas en faire porter la responsabilité aux jeunes eux-mêmes. Le ministre de la Santé publique a annoncé des budgets supplémentaires pour les soins de santé mentale. Ces budgets seront-ils suffisants? Leur effet est-il déjà perceptible sur le terrain? Le reportage Pano de février 2022 a très clairement établi que les prestataires de soins ne disposaient pas des chiffres. Par exemple, le nombre exact de jeunes actuellement en attente d'une aide est inconnu. Le SPF Santé publique y travaille-t-i1?
C. Réponses des orateurs
Mme Nady Van Broeck (Conseil fédéral des professions des soins de santé mentale) répond à la question du renforcement des soins psychologiques de première ligne, et déclare qu'il n'existe pas de formule miracle pour mieux diffuser les compétences parentales et l'attention pour la santé mentale. Une première piste serait de transmettre systématiquement à tous les professionnels de la santé, et a fortiori à ceux qui exercent dans les soins somatiques, le message suivant: les soins de santé physique et mentale ne font qu'un. Le système de soins de santé somatiques, qui inclut par exemple des généralistes et Kind en Gezin, fonctionne déjà bien. Ces professionnels peuvent être formés à la détection des signaux, mais aussi à la résolution des problèmes. Les structures existantes peuvent assurément être mieux utilisées. Les médecins généralistes reçoivent en consultation de nombreux patients souffrant de problèmes psychiques, mais ils ne sont pas toujours formés à leur prise en charge. Le projet de soins de première ligne offre la possibilité de renforcer la collaboration entre médecins généralistes et psychologues de première ligne. Les bonnes pratiques peuvent également être diffusées auprès de la population générale par une approche médiatique ciblée. Le Conseil fédéral a remis son avis sur les professions de support en soins de santé mentale, ce qui créera un nouveau contingent de personnes qui pourront adhérer à la Convention des soins psychologiques de première ligne. Il serait également judicieux de faire évoluer les mentaltés des prestataires de soins pour s'écarter davantage du modèle de soins individuels au profit d'une approche en groupe. Toutes les familles sont confrontées aux mêmes problèmes. Si elles sont réunies, elles peuvent apprendre non seulement du soignant, mais aussi les unes des autres. L'oratrice précise ensuite sa déclaration sur les soins de deuxième ligne. Les différentes lignes doivent pouvoir répondre à des besoins différents. En première ligne, il s'agit de problèmes plus légers qui peuvent être abordés avec des instruments de psychodiagnostic moins poussés et des interventions plus courtes et ciblées. En psychothérapie, les trajectoires sont plus longues. Si la psychothérapie était proposée en première ligne, de longues listes d'attente se créeraient et le passage d'une ligne à l'autre serait entravé. Par ailleurs, Mme Van Broeck se félicite de la proposition de loi annoncée sur la “claque pédagogique”. Elle juge très intéressante l'idée d'un service civil obligatoire: les enfants et les jeunes grandissent lorsqu'ils se voient confier des responsabilités et peuvent aider autrui; cela peut aussi les sortir de la victimisation. Des tâches extrémement nombreuses pourraient être assumées par des jeunes: actions de nettoyage, travail avec les personnes âgées, défis technologiques, etc. Mme Murielle Makuch (SPF Santé publique) précise que tous les types de services pédopsychiatriques ont été renforcés depuis le mois d'avril 2021. À ce moment, l'épuisement dû à la crise du coronavirus a commencé à peser très lourdement sur les hôpitaux, qui ont eu peine à embaucher du personnel. Comme cela a été dit, 207 ETP ont été recrutés. Parvenir à un fonctionnement réellement fluide prend du temps et il serait prématuré de mesurer aujourd'hui les effets de cet investissement. Des équipes de l'ULg et de la KU Leuven ont entamé un monitoring de l'impact du projet de soins psychologiques de première ligne: les résultats en seront communiqués ultérieurement. Le nombre de jeunes dans les services hospitaliers ou sur liste d'attente est bien relevé; ce monitoring se poursuit aujourd'hui et ses résultats seront disponibles dans quelques mois. Qui devrait jouer le rôle de personne de référence pour les jeunes? L'oratrice estime que chacun a un rôle à jouer pour contribuer à la santé mentale d'autrui. S'ouvrir à l'autre, l'écouter et échanger des expériences avec lui est un premier pas accessible à tous.
M. Pascal Minotte (CRéSaM) explique qu'une forma‘ion à la santé mentale à destination des écoles est en cours de préparation: elle pourra être proposée à partir de novembre 2022. S'y ajoute la possibilité d'accompagner les écoles. Bien entendu, les établissements scolaires réfléchissent depuis longtemps au bien-être mental des jeunes, sous différents angles. Par exemple, parler du harcèlement et du cyberharcèlement est souvent l'occasion d'aborder la question du bien-être mental des jeunes. C'est fréquemment aussi la culture des écoles qui doit évoluer. De la sensibilisation est encore nécessaire pour que le personnel y œuvre davantage en équipe: il est préférable de traiter les problèmes des enfants et des jeunes au sein d'une équipe plutôt qu'individuellement Comment faciliter la transition des adolescents qui se trouvent dans des situations complexes? Des groupes de travail se penchent sur cette question depuis longtemps déjà. Le cabinet de la ministre Glatigny organise actuellement une série de consultations des professionnels du secteur. Les résultats en seront annoncés au mois de juin 2022. Plusieurs avancées ont déjà été engrangées à la suite des réformes des soins de santé mentale et de la dynamique de réseau. Il convient à présent de poursuivre dans cette voie et de miser davantage encore sur la collaboration entre le secteur des jeunes et le secteur des adultes. Pourquoi les filles éprouvent-elles plus de difficultés que les garçons? L'orateur répond qu'il s'agit là d'une constante récurrente dans toutes les études mesurant le bien-être et la santé mentale des adolescents: les indicateurs pour les jeunes files sont systématiquement moins bons. La réalité sociale et biologique des filles est probablement plus difficile à supporter. L'impact des médias sociaux et des images qui y sont publiées est probablement plus lourd pour les filles également: l'apparence et la réputation sont des marqueurs d'identité importants pour elles. Elles seraient aussi plus durement frappées par l'impact des mesures COVID-19.
M. François Monville (ISOSL) aborde l'accueil des jeunes adultes lors d'une première décompensation psychotique. I n'existe pas de statistiques sur le nombre de cas ou sur l'incidence. L'équipe de M. Monville peut prendre en charge un nombre limité de patients, mais doit aussi régulièrement refuser des demandes émanant des réseaux. L'équipe peut accueillir environ 24 nouveaux patients par an, ce qui est effectivement insuffisant par rapport à la population de la région dans laquelle elle exerce. Il existe assurément un lien entre la consommation de stupéfiants et la psychose, de même qu'entre la consommation régulière de substances et le développement de pathologies chroniques. Une consommation régulière aggrave également l'isolement social. Quelles sont les améliorations possibles? L'orateur soutient les propositions de Mme Van Broeck sur la communication et le recours aux médias. Ces derniers, ainsi que des campagnes (notamment dans les écoles), peuvent contribuer à dissiper la stigmatisation de la psychose ou de la schizophrénie, par exemple. Des conversations peuvent être organisées dans les établissements scolaires sur l'impact de là consommation de stupéfiants. Il est exact que les hôpitaux doivent gérer eux-mêmes la prise en charge simultanée des mères ayant des problèmes de santé mentale et de leurs enfants. Il n'existe pas de fonds alloués spécifiquement pour la mère et l'enfant, et les hôpitaux doivent donc se servir des moyens du bord: la seule option est d'hospitaliser les mères en décompensation psychotique et de placer leurs enfants dans un centre de jour. Ensuite, après son hospitalisation, la mère peut rejoindre son enfant en centre de jour.
M. Morville estime qu'une réforme s'impose: revoir le nombre de lits en pédopsychiatrie. Le processus est en cours. Vu les besoins criants en troisième ligne, cette révision sera précieuse. Mme Reitske Meganck (Université de Gand) confirme que ces dernières années, davantage de problèmes psychiques sont signalés chez les filles - ce qui ne veut pas dire que les garçons n'y sont pas confrontés. Les problèmes comportementaux et l'assuétude sont plus fréquents chez les garçons, et ils éprouvent davantage de difficultés à demander de l'aide. Les tentatives de suicide réussies sont plus nombreuses chez les garçons et les hommes que chez les femmes. Il faut donc se garder de tirer des conclusions erronées des chiffres relatifs aux filles. De nombreuses questions ont porté sur le rôle que l'enseignement pouvait jouer dans la santé mentale des jeunes. Mme Meganck considère assurément l'enseignement comme un espace où il est possible de changer les mentalités sur le bien-être psychique. L'école peut devenir le lieu où parier de son mal-être sans pathologiser ces sujets, qui font partie intégrante de la vie. Pouvoir parler de ses problèmes peut parfois éviter de devoir recourir à une aide plus poussée. Il serait également positif pour la société dans son ensemble que les familles soient davantage soutenues. Ce soutien peut commencer dès la maternité, ou même lorsque les ménages attendent un enfant. convient de prêter attention non seulement aux aspects médicaux de la grossesse et de l'accouchement, mais également à leurs aspects psychologiques. Il est par exemple précieux que les collaborateurs de Kind en Gezin demandent aux mères comment elles se sentent.
I. - APRÈS-MIDI
1. Exposé introductif de Mme Marina Danckaerts Mme Marina Danckaerts est chef de service et professeur au centre universitaire de psychiatrie de la KU Leuven ainsi que coordinatrice au sein du réseau de santé mentale YUNECO. L'intervenante rappelle que, ces derniers mois, les médias ont montré un vif intérêt pour les problématiques liées à la santé mentale et l'augmentation des demandes d'aide. Les longues listes d'attente suscitent une attention toute particulière. Cependant la crise n'est pas nouvelle. Ces 20 dernières années, de nombreux jeunes ne trouvent pas d'aide correcte suite à l'absence Structurelle de moyens et le manque de places. Si la crise COVID-19 n'a fait qu'exacerber cet état de fait, les soucis structurels sont antérieurs et perdureront au-delà de la crise sanitaire. Une analyse des chiffres de l'OMS montre un paradoxe étonnant. Le nombre de cas de santé mentale semble croitre parallèlement avec le niveau de vie. Le pic se situe dans la tranche d'âge des 15 à 19 ans. Un jeune sur 5 éprouverait des difficultés. Environs 13,4 % est réellement diagnostiqué et approximativement 6,5 % des jeunes de cette tranche d'âge se trouve en incapacité de fonctionner normalement. Près de 48,4 % des troubles mentaux apparaissent durant l'enfance, avec une pointe aux alentours de 14 ans. Il existe bien évidemment des différences biologiques entre les individus qui peuvent expliquer pourquoi certaines personnes développent plus facilement des soucis de santé mentale. I faut prendre en compte le facteur génétique qui détermine partiellement la sensibilité, mais également les Adverse Childhood Experiences (ou ACE, les évènements parfois traumatisants survenus dans la prime jeunesse), le déroulement du processus d'attachement en tant que bébé et, enfin, le soutien social et l'amour inconditionnel de proches. Les problèmes qui résultent du déséquilibre entre la résilience et les contraintes - dont les facteurs de stress, les échecs, un décès, etc. - peuvent s'exprimer au travers de réactions très générales telles que l'anxiété, l'agressivité et la dépression. Il est à noter que les symptômes tendent à adopter une forme qui met en évidence l'impuissance des adultes à gérer la problématique. C'est pourquoi i n'est pas étonnant de voir le nombre de cas de troubles alimentaires et de pulsions suicidaires en augmentation alors que les cas d'automutilation, qui est de mieux en mieux gérée, tendent à diminuer. Il est donc important de se focaliser plus sur les causes que sur l'expression concrète du mal-être. L'intervenante tient à rappeler que le bien-être mental des jeunes est fortement dépendant du contexte. La Situation de l'enfant est tributaire de la situation familiale: Une étude au sein du comité en charge de la coordination des réseaux montre qu'un jeune sur deux en situation de disfonctionnement grave ne trouve pas de place dans l'offre de soins de santé mentale. L'intervenante insiste également sur le fait que certains jeunes devraient bénéficier de plus d'un type de soin. De plus, les soins existants sont trop peu intensifs ou trop peu performants pour être pleinement efficaces. L'effort d'investissement des dernières années a, essentiellement, été dirigé vers l'amélioration de la détection précoce et de l'intervention rapide, suivis de traitements standardisés. En dépit de l'effet bénéfique pour la santé mentale générale des jeunes, force est de constater que cela reste insuffisant, voire inadapté, pour aider les cas graves. Il est donc nécessaire de poursuivre les efforts et d'investir également dans les soins ambulatoires pour les jeunes. Mme Danckaerts liste ensuite un nombre de priorités indépendamment des niveaux de pouvoir concernés. Pour commencer, une attention particulière est requise pour les centres de santé mentale. L'action multdisciplinaire des intervenants permet de travailler sur différents aspects de la problématique simultanément. La demande auprès de l'INAMI pour les remboursements de mini-conventions est également en haut de la liste, tout comme l'élargissement des conventions aux cas plus graves ou la démuliplication des équipes mobiles de soins. De nombreux jeunes pourraient également bénéficier de l'augmentation des fonctions psy dans les services à la jeunesse, ainsi que d’une augmentation de personnel dans les soins de transition. Ilreste aussi une nette marge d'amélioration au niveau de la prévention, notamment en travaillant sur la mentalité de toute la société. Parmi les acteurs principaux, les médias doivent réévaluer la façon dont ls transmettent les informations au grand public et remettre en cause la focalisation sur le négati. Le système scolaire peut, quant à lui, remettre en question les objectifs à atteindre par le curriculum pour y inclure des compétences humaines dépassant les seuls requis en mathématique et en langue, jugés capitaux au 18° siècle. Les adultes doivent également prendre à cœur leur rôle d'exemple. Au niveau des prises de décision politiques, cela pourrait se traduire par l'absence de règles visant spécifiquement les jeunes au profit de règles applicables à toute la population. Enfin il faut avoir une attention particulière pour le soutien des jeunes et des familles à un stade précoce pour déceler le plus tôt possible les situations qui pourraient devenir problématiques et ainsi prévenir au maximum les ACE. 2. Exposé de Mme Inge Van Trimpont (CLB) Mme Inge Van Trimpont est pédiatre de formation et occupe la position de directeur de la cellule permanente de soutien aux centres d'accompagnement des élèves (centrum voor leerlingenbegeleiding (CLB)) de l'enseignement de la Communauté flamande. Afin de présenter le point de vue des CLB, Mme Van Trimpont fait référence à leur rapport annuel. Ce rapport fait état de l'évolution du fonctionnement psychosocial de la jeunesse soumise à l'obligation Scolaire. Les missions des CLB sont au nombre de quatre: l'accompagnement dans l'apprentissage et les études, le suivi du parcours d'études, les soins de santé préventifs et le bien-être psychosocial. Le grand public connait évidemment les contacts systématiques, autrefois appelés visites médicales, dont le spectre a été élargi. Le but de cet évolution est de déceler précocement les Situations problématiques et de pouvoir offrir un soutien adéquat le plus rapidement possible. À côté de cela les CLB fonctionnent également sur la base d'une offre spécifique sur demande. Les centres sont mulidisciplinaires et comportent au sein de leurs équipes des infirmiers, des psychologues, des médecins, des orthopédagogues, des assistants sociaux et d'autres spécialistes. L'offre est gratuite pour les élèves et l'équipe est tenue par le secret médical. Dans le rapport annuel de l’année scolaire 2020202, on note que plus de 780 000 élèves - l'équivalent de 64 % de la population scolaire - ont consulté les CLB, en dehors des activités liées au COVID-19. Dans 21 % des cas, il s'agissait de questions posées essentiellement dans le cadre de rendez-vous médicaux. Depuis l'année scolaire 2014-2015 le nombre de demandes était en baisse, le nombre d'interventions par élève augmentait cependant. Une des explications pour ce phénomène est certainement la pénurie sentie dans l'offre d'aide aux jeunes, notamment dans le cadre des trajets de suivi dans la santé mentale. ll semble dès-lors logique, vue les liste d'attentes et dans le souci d'aider les jeunes, que les centres d'accompagnement continuent le suivi Mme Trimpont déclare qu'en dépit d'une croissance de la population scolarisée, les LB fonctionnent avec une enveloppe de financement fermée. C'est un obstacle au suivi correct et au dépistage précoce. Les CLB notent que le nombre d'interventions augmentent d'une part, mais que les demandes se complexifient également. Il devient de plus en plus compliqué pour les écoles d'offrir un cadre rencontrant les besoins des élèves et cela met en péril le bon déroulement du processus d'apprentissage. Les cas de problèmes de fonctionnement psychosociaux sont restés stables, même pendant la période Corona. Plus d'un tiers des demandes concernent des problèmes comportementaux. On note cependant aussi une grande part de problèmes liés au bien-être émotionnel, à la situation familiale et de problèmes au domicile. Les CLB notent un impact de la pandémie sur le sentiment de peur chez les jeunes, sur leur humeur et les problèmes comportementaux. La dégradation de l'humeur se traduit par une augmentation des dépressions, une augmentation des intentions d'automutilation et des pensées suicidaires. Le nombre de problèmes comportementaux croissant, quant à lui, pose des soucis immédiats pour ce qui est du bon fonctionnement des établissements scolaires. L'accompagnement intense nécessaire n'est pas toujours au rendez-vous. Mme Timpont conclut que le nombre d'interventions qui concernent la santé mentale croit d'année en année: La complexité des cas augmente également. En raison des pénuries et des listes d'attentes les CLB, vu leur accessibilité, doivent régulièrement outrepasser leur cadre d'action prévu. L'intervenante estime que la mission des CLB se déplace de plus en plus vers une organisation de suivi de longue durée alors que la force des centres se situe plutôt dans le dépistage, la prévention et le soutien des écoles Un inventaire des acteurs impliqués dans la santé mentale et leurs missions respectives s'impose afin de rendre à chacun sa juste place au sein d'un modèle de défense à plusieurs lignes. 3. Exposé introductif de Koen Browaeys (TEJO Viaanderen) M. Koen Browaeys est président de TEJO Vlaanderen, psychologue clinique et thérapeute
TEJO
est une organisation citoyenne ayant pris l'initiative de s'attaquer, à son niveau, aux listes d'attente dans les soins de santé. L'organisation se concentre sur l'offre de trajets courts pour les jeunes de 10 à 20 ans en les accueillant à titre gratuit et de manière anonyme dans les maisons TEJO et sans rendez-vous. Tout est mis en place pour éliminer les obstacles et être facilement accessible. Les thérapeutes volontaires s'efforcent d'offrir une aide rapide et ciblée aux jeunes montrant des signes avant-coureurs d'une problématique, avant que la situation ne se dégrade
TEJO
s’estime aussi acteur du changement dans les soins de santé en signalant et attirant l'attention sur les manquements dans le système des soins de santé mentale pour les jeunes. L'intervenant illustre ensuite les actions de l'organisation au moyen des chiffres du rapport annuel de TEJO. L'organisation comporte plus de 600 volontaires, actifs dans 19 établissements en Flandre et à Bruxelles. Plus de 3 800 jeunes, dont une grande majorité sont des filles, ont reçu de l'aide en 2021. La plupart des demandeurs d'aide ont entre 13 et 17 ans et viennent, même si cela n'est pas nécessaire, sur rendez-vous. L'initiative vient souvent des jeunes eux-mêmes, et parfois sur conseil des établissements scolaires ou des parents Les problématiques abordées le plus souvent sont les relations, les question d'identité mais également les sentiments de peur et d'angoisse. L'organisation note également de nombreuses mentions de dépression, de pensées suicidaires. L'évolution, au fil des 12 dernières années, montre une augmentation de la complexité des demandes. Ceci met à mal l'objectif principal qui reste de fournir une aide rapide
TEJO
est contrainte de fonctionner avec des listes d'attentes, ce qui va à l'encontre du soutien immédiat visé. La complexité des problématiques a également pour conséquence que les trajets de suivi ne peuvent plus être aussi courts qu'initialement prévu. En outre, le nombre de thérapeutes volontaires auquel l'organisation peut faire appel est insuffisant.
M. Browaeys note qu'au début, les nouveau établissements TEJO étaient créés suite à l'initiative de citoyens où de professionnels des soins de santé. De plus en plus ce sont les autorités locales qui font la requête et/ou soutiennent ces nouvelles implantations.
M. Browaeys craint que l'organisation soit utilisée comme alternative moins couteuse à d'autres formes structurelles de soins de santé, alors que le but de TEJO a toujours été, in fine, de se rendre superflue. Chaque nouvel établissement est donc le signal que les autorités ne font pas correctement leur travail. L'intervenant aborde ensuite le paradoxe de la thérapie individuelle. Les jeunes sont soumis à de grandes pressions et des attentes plus importantes que dans le passé, tant de la part des écoles, que des parents ou des cercles de loisirs, des amis ou des réseau sociaux. Les opportunités et facilités inexistantes dans le passé accroissent cette pression Ne pas prester à niveau requis st donc souvent considéré comme un échec personnel. Nombreux sont les parents qui s'efforcent de ne pas commettre d'erreurs. Dans la foulée, il y a une attitude d'évitement de risques, ce qui nuit à l'expérimentation et la résilience des enfants. L'avenir ne semble pas toujours rose. Force est de constater que les scénarios catastrophe en ce qui concerne le climat ou la situation économique sont légions. Ceci favorise l'amplification du sentiment de peur et d'angoisse chez les jeunes. Le paradoxe de la thérapie est d'impliquer que le soin passe par une amélioration de soi, ce qui constitue une pression individuelle supplémentaire. ll est dès lors capital de ne pas s'attaquer aux conséquences mais de mettre au jour les causes véritables du mal-être. De nombreux aspects de notre société hyper-compétitive etindividualiste doivent être réévalués. Un changement de paradigme s'impose. La solution ne viendra pas de thérapies individuelles, ou uniquement des professionnels de la santé mentale:
M. Browaeys invite à retrouver une certaine mentalité de village où chacun se connaît et tout le monde veille au bien-être des autres. Il faut stimuler la création d'une société chaleureuse et solidaire dans laquelle les jeunes peuvent grandir sainement et s'épanouir. Les jeunes ne sont pas uniquement bénéficiaires de ce système mais devraient également en être des acteurs fondamentaux, au travers de l'influence positive qu'ils peuvent avoir sur leurs congénères. Il faut aussi véritablement être à l'écoute des jeunes, les soutenir et les rendre résilients et critiques. Les jeunes doivent avoir la liberté et la place pour se réunir. La société ne peut pas les voir comme une nuisance. Tous les citoyens devraient en outre réfléchir à ce qu'il pourraient apporter au développement et au bien-être 4. Exposé introductif de Mme Kim Steeman (StatenGeneraal van de Geesteljke Gezondheidszorg (SGGG)) Mme Kim Steeman (Staten-Generaal van de Geesteljke Gezondheidszorg (SGGG)) est la directrice de la Familieplatform et s'exprime à la fois au nom de cette plateforme et au nom des SGGG. Les SGGG sont une organisation de parties prenantes intéressées par les soins de santé mentale (SSM). Il s'agit d'un vaste groupe de patients, d'aidants proches, (d'associations) de professionnels, d'universitaires, d'associations faîtières de patients et de plateformes de familles. L'objectif des SGGG est de parvenir à une vision partagée tant de la situation actuelle que de plusieurs thèmes délicats par-delà les disciplines et organisations. Il existe actuellement quatre groupes de travail issus d'un programme d'urgence, qui se penchent respectivement sur les mécanismes de financement, les soins de transition, les délais d'attente et “la pauvreté rend malade et la maladie rend pauvre”. Dans tous ces groupes de travail l'accent est mis sur les enfants et les jeunes, d'une part, et sur la famille et le contexte, d'autre part. La Familieplatform est un centre de connaissances et d'expertise qui représente la famille et les organisations familiales dans la politique, dans les concertations avec le gouvernement et dans les organisations de soins. La Famileplatform coache diverses organisations de soins dans le cadre de la mise en œuvre d'une bonne politique familiale afin de veiller à ce que les familles soient associées aux soins en tant que partenaire essentiel. Le bien-être des enfants et des jeunes est l'un des piliers des activités de la Familieplatform, plus précisément, les enfants et les jeunes dont un ou plusieurs membres de la famille présentent une vulnérabilité psychique ou sont confrontés à des problèmes psychiques. L'oratrice estime que lorsqu'il est question du bien-être des enfants et des jeunes, il est important de prêter attention à ce groupe particulier. La prévalence des problèmes psychosociaux dans la famille est élevée, c'est un fait établi. Une personne sur quatre, un chiffre peut-être sous-estimé, est confrontée à des problèmes psychiques. Cela signifie qu'un ménage sur trois est affecté, avec un impact sur la vie de famille, sur les parents, mais aussi sur les enfants et les jeunes. Une tendance à la sociétalisation des soins est en outre observable: le nombre de lits se réduit, la durée d'hospitalisation ou de traitement se raccourcit de plus en plus. En conséquence, les soins sont toujours davantage dispensés à domicile, ce qui fait des membres du ménage les principaux soignants, sur qui pèse la charge la plus lourde. Une récente étude a révélé l'impact des SSM sur la famille et sur les proches; l'invitée en cite quelques-unes des conclusions. Pour illustrer l'impact des problèmes de SSM sur les jeunes, elle lit des exemples de signaux reçus par “Awel”, la ligne d'aide en ligne et téléphonique pour les jeunes. Ces signaux révèlent que les problèmes psychiques à court ou à long terme au sein du foyer ont un impact émotionnel majeur sur les jeunes, qui font état de multiples sentiments de honte, de solitude et d'impuissance, et n'osent pas en parler. Oubliant leurs propres besoins, ils assument des tâches (de soins) qui ne devraient pas leur incomber. Ils ont par ailleurs grand besoin d'aice, pour eux-mêmes comme pour leur parent. Pourtant, leurs appels à l'aide restent en grande partie lettre morte. Mme Steeman poursuit son intervention par une série de recommandations pour la société, d'une part, et pour les soins de santé, d'autre part. La société devrait miser sur la déstigmatisation, sur le renforcement du réseau entourant les jeunes et sur la résilience des jeunes eux-mêmes. Une plus grande attention devrait être accordée aux EPPP (Enfants de Parents confrontés à des Problèmes psychiques) et aux EPPD (Enfants de Parents confrontés à des Problèmes de Dépendance), ainsi qu'à l'accessibilité des soins. Au sujet de la déstigmatisation, l'oratrice déclare que les établissements scolaires abordent certains sujets par le biais de discussions thématiques. Elle prône le développement d'une culture où il est possible de parler plus vite, ouvertement, du bien-être au sens le plus large du terme. Souligner davantage la prévalence est important, en y ajoutant les points de contact vers qui les jeunes peuvent se tourner. Les problématiques psychiques sont bien plus fréquentes qu'on ne le pense et les jeunes ignorent que beaucoup de leurs pairs vivent la même situation qu'eux. La thématique des EPPP/EPPD devrait également faire l'objet d'une meilleure sensibilisation, étant là encore bien plus répandue qu'il n'y paraïtrait. Il convient par ailleurs, dans la société dans son ensemble, d'encourager le dialogue sur les problèmes psychiques et la recherche de pistes d'entraide mutuelle pour les problèmes mineurs: Si une évolution est déjà perceptible au niveau de la déstigmatisation, les enfants et les jeunes ont souvent honte de dire qu'un de leurs parents consulte un psychologue; demander une discussion avec le centre d'encadrement des élèves est également très intimidant pour eux. L'aide doit dès lors être normalisée. L'oratrice plaide ensuite pour le renforcement du réseau autour des EPPP. Il faut réfléchir aux outils à donner aux parents pour les aider à bien remplir leur rôle malgré leurs difficultés. Les autres membres de la famille doivent également être encouragés à jouer un rôle proactit. Il importe par ailleurs de faire comprendre à la famille que si l'un des enfants est confronté à des difficultés, cela aura des répercussions sur les frères et sœurs. Là encore, des outils pour y faire face doivent être proposés: Les généralistes ont une fonction de signal ils doivent repérer les indices de problèmes psychiques ou autres problématiques au sein des familles, et il convient de leur donner les outils pour agir. Il en va de même pour les mouvements de jeunesse, les écoles, les clubs sportifs, etc.: pour les aider à détecter plus rapidement les problèmes psychiques sans les problématiser, des points de repère sur la résilience peuvent leur être proposés. La Familieplatform a développé des outils très accessibles, axés sur quatre thèmes, qui misent sur la résilience des jeunes. La première aide à la résilience est l'information. Le jeune est-il suffisamment informé? En deuxième lieu, il est important d'encourager le jeune à faire place à ses émotions. Troisièmement, il est essentiel qu'il puisse avoir la liberté d'être un enfant. Enfin, motiver le jeune à chercher un soutien, une personne de confiance, est également crucial. Ces outils peuvent permettre à tous d'aller de l'avant. Mme Steeman estime qu'il convient aussi d'accorder aux jeunes une plus grande place dans les soins de santé: dans les SSM, 48 % des patients ont des enfants. Les aidants peuvent jouer un rôle préventif auprès de ce groupe, afin d'encourager la résilience de leurs enfants: Des études ont établi que deux tiers des enfants dont les parents sont confrontés à une problématique psychique développent eux-mêmes des problèmes de santé mentale, temporairement ou à long terme. Il s'agit donc d'un groupe conséquent, auprès duquel il est possible d'intervenir en amont. Il a également été démontré que recourir aux aides à la résilience contribue au bien-être psychique des enfants et des jeunes. L'oratrice énumère ensuite des exemples de formations et d'outils qui ont été développés dans ce cadre. Outre la prévention, il convient également d'investir dans l'accessibilité des soins. Les listes d'attente restent un goulet d'étranglement majeur elles mettent une lourde pression sur les membres de la famille et les jeunes, qui doivent se débrouiller seuls. Des soins accessibles doivent être offerts au moment où ils sont nécessaires et répondre à une demande. Lorsqu'ils ne peuvent accéder aux soins ambulatoires, les demandeurs se tournent parfois vers les soins résidentiels, puisqu'ils peuvent concrètement y recevoir plus rapidement de l'aide. Pour garantir leur accessibilité, les soins ne peuvent pas non plus être entravés par un obstacle financier ou géographique trop important. Une offre devrait être développée pour raccourcir les délais d'attente. Des rapports détaillés sont disponibles sur le site Internet des SGGG' Il est également nécessaire de soutenir davantage les soins et services de première et deuxième ligne remboursés pour les enfants et les jeunes: c'est pour ce public cible que les listes d'attente sont les plus longues. Offrir un soutien pendant le délai d'attente s'impose également. Il convient par ailleurs de vérifier silles bonnes personnes sont inscrites sur les bonnes listes d'attente et si un enregistrement structurel de ces listes est possible. Loratrice résume, pour conclure, les points essentiels de son intervention Mme Frieda Gijbels (N-VA) se dit très choquée par ces chiffres. L'expression des problèmes psychiques évolue au fidu temps, notamment vers des troubles du comportement alimentaire. Disposons-nous de chiffres sur l'âge auquel ces troubles apparaissent? Est-il exact qu'ils surviennent à un âge toujours plus précoce? Pour les centres d'encadrement des élèves, la charge de soins par cas s’accro. Ils ont peine à faire face. Dans quelle mesure l'arrivée d'enfants ukrainiens d'âge httos:liwww.statengeneraalggz.beloutput-sggg21/. scolaire complique-t-elle encore davantage la situation? Pour quelles problématiques ces enfants arrivent-ils dans les centres d'encadrement des élèves? L'intervenante s'interroge ensuite sur la potentielle évolution au fides ans du type de demandes auxquelles TEJO Viaanderen est confrontée. La crise sanitaire les a-telle également impactées? Les troubles de l'anxiété et les crises de panique se sont-ils accentués durant la pandémie? Mme Gijbels est favorable à l'idée d'un changement de paradigme vers une communauté plus attentionnée: Plus que d'un défipolitique, il s'agit selon elle d'un défique nous devons tous relever, en tant que communauté. Mme Laurence Hennuy (Ecolo-Groen) regrette ne pas avoir entendu de représentants du Forum des Jeunes. L'intervenante résume les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes pour trouver l'aide appropriée. Elle comprend la nécessité de prendre en charge les jeunes de manière précoce et de pouvoir inclure les jeunes dans des programmes, encore faut-il qu'ils arrivent dans ces programmes. Les Maisons TEJO sont, pour elle, le maillon manquant. Elle est admirative de ce programme et regrette qu'il n'existe pas en Wallonie. Ce modèle qui offre l'anonymat, le contact direct et la gratuité est nécessaire pour que ces jeunes puissent en toute liberté avoir une oreille attentive, neutre et professionnelle.
M. Hervé Rigot (PS) estime que les orateurs ont complété les auditions du 18 mai 2022 matin. Celles-ci mettaient en exergue l'importance de travailler en première ligne, d'identifier le plus tôt possible les difficultés rencontrées par nos jeunes (via les parents, l'enseignement, des “sentinelles” comme en Wallonie) et de tirer la sonnette d'alarme pour les aider. L'intervenant applaudit le travail des invités. Selon lui, il y a une prise de conscience au niveau fédéral. Beaucoup de moyens ont été débloqués depuis quelques mois pour venir en aide à toutes les questions de santé mentale et particulièrement aux jeunes. Cela prendra du temps pour lancer tous ces programmes. Malgré les moyens débloqués, quelles sont les attentes qui ne sont pas rencontrées et pour lesquelles il faudrait urgemment des moyens financiers? Même si des efforts sont faits pour de meilleures interventions, cela reste difficile d'accéder aux soins. Comment pourrait-on diminuer ce seuil d'accessibilité? Mme Dominiek Sneppe (VB) souligne que les listes d'attente existent depuis vingt ans, voire davantage. Une amélioration a-t-elle déjà été constatée? Si, malgré les efforts consentis, le besoin d'aide psychique s'accroît, ces listes d'attente ne se réduiront pas. L'intervenante s'interroge ensuite sur le point de bascule où une situation devient réellement problématique. Quand se doit-on, en tant que parent, enseignant où ami(e), de tirer la sonnette d'alarme? Comment éviter d'intervenir trop tard? Elle s'étonne que la thérapie à domicile soit si rare, alors qu'il est important de voir es enfants dans leur cadre familial, qui constitue souvent une partie du problème. Pourquoi accorde-t-on si peu d'attention à la thérapie à domicile? Est-ce faute de moyens? Est-elle interdite? La crise sanitaire a mis davantage en lumière le problème des listes d'attente et le nombre de plaintes a également augmenté. Les plaintes exprimées aujourd'hui diffèrent-elles de celles d'avant-COVID-197 Se sont-elles aussi multpliées en raison de l'attention accrue portée à la santé mentale? L'intervenante s’enquiert en outre des problèmes dans les soins traditionnels et de la manière dont les résoudre Mme Sneppe remarque ensuite que si les soins deviennent plus accessibles, les listes d'attente s’allongeront encore. Comment résoudre ce paradoxe? À l'exception du professeur Lieven Annemans, la voix du secteur des SSM a été peu entendue pendant la crise sanitaire; lintervenante se demande si cette impression est bien correcte. Au fides différentes interventions, Mme Els Van Hoof {cd&v) a entendu que les enfants, les jeunes, mais aussi les parents sont stressés par la société de la perlormance, et qu'ils ne sont pas armés de toutes les compétences requises pour y faire face avec résilience. Lors de sa visite à la TEJO Leuven, i lui a été dit que ce n'étaient pas les jeunes qui étaient malades, mais la société elle-même. Quels que soient les efforts déployés, ils restent un emplâtre sur une jambe de bois et la situation ne s'améliorera pas sans changements fondamentaux. L'intervenante préconise une approche de santé publique dès le plus jeune âge. La santé mentale doit occuper le devant de la scène, puisque les défis auxquels nous sommes confrontés dans notre société de la performance et du numérique pèsent trop lourd sur les plus vulnérables. Qu'en pensent les invités? Mme Van Hoof est convaincue que ni les adultes ni l'enfant ne doivent être abordés isolément, inclure le contexte du patient s'impose. Ce n'est pas le cas à l'heure actuelle vu la relation de confiance entre le patient et le prestataire de soins: si l'entourage est impliqué, cette confiance peut être rompue. Comment faire face à ce dilemme? Dans le contexte scolaire, la santé mentale et la résilience devraient être non seulement une compétence des centres d'encadrement des élèves, mais aussi faire partie du programme scolaire. L'intervenante estime que tout le monde, quelle que soit sa résilience, en aura besoin tôt où tard dans son existence. La pleine conscience n'est-elle pas une nécessité dans le programme scolaire? Ne conviendrait-il pas d'élaborer des mesures concrètes dans ce sens?
M. Robby
De Caluwé (Open Vid) souligne que la santé mentale, en particulier celle des enfants et des jeunes, mérite toute l'attention requise. Même en dehors de la crise sanitaire, la prévalence des problèmes psychiques augmente. Malgré l'offre diversifiée de soins et le sentiment que les efforts sont insuffisants persiste. Cette problématique est difficile à maîtriser. De nombreux jeunes se soucient activement de leur santé mentale, mais peinent à s'y retrouver dans l'abondance de l'offre. Une approche coordonnée et une collaboration plus étroite au sein de l'offre actuelle dans le domaine de la santé mentale font-elles partie des solutions envisageables? Les orateurs invités peuvent-ils donner plus de précisions sur les interactions déjà en place? Les exposés introductifs ont inspiré Mme Gitta Vanpeborgh (Vooruït et lui ont également donné matière à réflexion. Mme Danckaerts a déclaré dans son exposé que la moitié des troubles mentaux survenaient déjà avant l'âge de 18 ans, et elle a appelé à y réagir tôt. Elle a clairement mis en évidence les priorités et les besoins en termes d'investissement. Le nombre de troubles du comportement alimentaire, de dépressions et de pensées suicidaires ou tenta‘ives de suicide est en hausse, mais une augmentation inquiétante de la prise de médicaments est également observable. Où se situe donc le problème? Recourt-on trop vite à la médication, et cela pourrait-il être lié à des lacunes dans les soins ou l'assistance? Tant les réseaux de SSM pour les enfants et les adolescents que ceux destinés aux adultes préconisent à juste titre une approche basée sur le contexte. Est-il judicieux que les deux réseaux continuent de coexister séparément? Dans le contexte d'une offre axée sur la demande, Mme Van Trimpont a indiqué que les jeunes affectés ne recherchaient pas tous des soins. Quels sont les profils de ceux qui demandent de l'aide et de ceux qui ne le feront pas? Au niveau local, Mme Vanpeborgh est souvent confrontée à la problématique des soins de santé mentale pour les jeunes. De nombreuses organisations, dont les centres d'encadrement des élèves, se concentrent sur le bien-être des jeunes. Où commence et où finit le rôle de ces organisations? Elles soulignent que leur tâche consiste à détecter, et non à remédier. Est-ce à dire qu'elles adoptent une attitude attentiste? Ne serait-il pas judicieux, par exemple, de rendre visite aux élèves à leur domicile afin d'évaluer la situation sur place? Les centres d'encadrement des élèves ne semblent pas le faire. Le président de TEJO a également déclaré que les filles étaient davantage affectées que les garçons - ce qui ne signifie pas que les garçons n'ont pas de pro blèmes, mais que ceux-ci peuvent être d'une nature différente. L'organisation réfléchit-elle à des moyens de mieux atteindre les garçons?
M. Browaeys a déclaré que chaque nouvelle Maison TEJO était, au fond, une mise en accusation des politiques appliquées. N'est-ce pas également une mise en cause de la multiplicité des instances, telles que les centres d'encadrement des élèves, les CAW et les CSM, qui traitent de la même problématique? La rationalisation et la centralisation ne sont-elles pas nécessaires, tant au niveau fédéral que dans les entités fédérées? Les demandeurs peinent parfois à trouver l'organisation dont ils ont besoin, et les organisations elles-mêmes ont parfois des difficultés à se trouver l'une l'autre. Comment remodeler le paysage de l'assistance et des soins afin de mieux mobiliser les forces en place, en concertation avec toutes les instances publiques et les organisations elles-mêmes? Mme Barbara Creemers (Ecolo-Groen) espère que les nombreuses années d'expérience de TEJO pourront contribuer à de nouveaux efforts dans le domaine des soins de santé mentale pour les jeunes: Certaines présentations ont cité le dicton “I faut tout un village pour élever un enfant”. Au début de la crise sanitaire, l'espoir de voir un ralentissement de la course effrénée était présent. L'opportunité des maisons de repos et de soins commerciales a également été remise en question à l'époque. Le changement ne s'est pourtant pas opéré sur tous les fronts et la course s'est à nouveau accélérée. Si tous se rallient à l'engagement des Maisons TEJO en faveur du changement sociétal, de nombreux problèmes pourront être abordés simultanément. Une recréation du tissu social, avec des soins de proximité, offre de nombreuses opportunités pour les jeunes aussi. Il s'agit là, essentiellement, de la ligne zéro et de la première ligne, et non des listes d'attente - auxquelles il convient également de s'attaquer. Comment empêcher qu'elles continuent de s'allonger? L'intervenante appelle de ses vœux des connexions entre les nombreuses bonnes initiatives existantes telles que les Quartiers prévenants. Le retour à des communautés rurales chaleureuses et à des initiatives à petite échelle, ainsi que la sortie de la course effrénée, ont été un fil conducteur durant toute cette audition. L'exposé de M. Browaeys a ouvert les yeux sur ce point. L'approche de TEJO tend un miroir aux politiques actuelles, et s'avère de ce fait interpellante. Les Maisons TEJO sont parvenues à se baser sur la demande des jeunes, alors que le monde politique s’enlise toujours dans la question des compétences entre le niveau fédéral et le niveau régional. IL est regrettable d'apprendre que TEJO est victime de son propre succès et se trouve également confrontée à des listes d'attente. Son modèle, qui a fait ses preuves depuis 12 ans déjà, devrait être appliqué à plus grande échelle; les conseils concrets sur la manière d'y parvenir sont les bienvenus. Le budget est disponible, mais les soignants se font rares La prévention étendue ne doit pas être oubliée, afin de ne pas devoir ajouter d'autres demandeurs en bas des listes d'attente.
M. Thierry Warmoes (PVDA-PTB) retient de l'exposé de Mme Danckaerts qu'il n'y a de place que pour un enfant sur deux dans les soins, en tenant déjà compte des récents investissements du gouvemement. Peut-elle en préciser l'aspect budgétaire? Le doublement de différents cabinets a également été préconisé. L'investissement nécessaire pour ce faire a-til déjà été chiffré? Lintervenant réfère par ailleurs au reportage Pano du 16 février 2022, qui a révélé que pendant la crise du coronavirus, les centres d'encadrement des élèves ont dû s'occuper principalement du traçage des contacts, avec de ce fait une réduction de la capacité disponible pour prendre en charge les problèmes de santé mentale des jeunes. Mme Van Trimpont peut-elle confirmer si cette observation est correcte? Les centres d'encadrement des élèves disposent-ils de suffisamment de moyens et de personnel pour remplir leurs tâches dans les périodes de crise?
M. Warmoes a également été touché par l'exposé de M. Browaeys, qui a évoqué les préoccupations sociétales des jeunes sur le climat et l'économie. Pour eux, i devrait aller de soi de grandir dans une société chaleureuse et solidaire, mais ce n'est pas ce que la plupart vivent. Cette anxiété s’est-elle accrue ces dernières années? La guerre en Ukraine, par exemple, a-t-elle un impact perceptible sur le bien-être mental des jeunes? Enfin, Mme Steeman a souligné l'importance de l'accessibilité des soins. Les obstacles financiers et géographiques aux soins de santé mentale pour les enfants etles jeunes sont-ils considérables à l'heure actuelle?
C. Réponses des invités
Mme Marina Danckaerts (Universitair Psychiatrisch Centrum KU Leuven) commence par répondre à la question des troubles du comportement alimentaire qui se manifestent à un âge de plus en plus précoce. Cette tendance était déjà perceptible avant la pandémie. L'âge moyen des filles souffrant d'anorexie mentale est passé à 18 ans. Nous n'en comprenons pas bien les raisons. La puberté commence aussi de plus en plus tôt. Ce n'est pas tant le recul de l'âge que la gravité croissante des troubles alimentaires qui est inquiétante: outre les files qui refusent de s’alimenter, certains enfants refusent même de boire comme de manger. Il s'agit là d'un processus plus dangereux qui affecte la santé beaucoup plus rapidement. Il a ensuite été demandé comment les jeunes trouvaient leur chemin parmi l'offre de soins et d'assistance. Il est assurément envisageable de les aider à mieux S'y retrouver, mais l'oratrice avertit que souvent, i n'existe pas de solution unique qui convienne à tous. Des chemins différents doivent toujours rester possibles. Dans tous les cas, il est nécessaire que les jeunes puissent aisément trouver la bonne voie sur les médias sociaux. Pour les soins de crise, par exemple, de nombreux progrès ont été réalisés: dans la plupart des provinces, un unique numéro de téléphone est à disposition. Ce numéro pourrait être simplifié, par analogie avec celui de la Zeffmoordlin, par exemple. Avant tout, ce numéro doit pouvoir être trouvé à de multiples endroits, et les organisations concernées doivent bien communiquer entre elles. Il y aurait des avantages à tirer de points de triage communs, où les soignants qui reçoivent des demandeurs peuvent facilement se consulter et décider où les répartir au mieux, sans perdre de vue le premier contact chaleureux. Une autre question portait sur l'accessibilité. Le déploïement des soins psychologiques de première ligne (PPL) poursuit l'objectif de travailler au plus près et de proposer une offre de soins de proximité avec le moins d'obstacles financiers possible. Dans le même temps, le ticket modérateur reste un frein pour les enfants et les jeunes qui cherchent de l'aide par eux-mêmes. Mme Danckaerts insiste pour qu'il soit entièrement supprimé, même dans les PPL, lorsque les jeunes demandent de l'aide de leur propre initiative. Plusieurs membres de la commission se sont demandé sil situation s’améliorai réellement à mesure des efforts supplémentaires, et s'il ne s’agissait pas d'un emplâtre sur une jambe de bois. Le calcul établi par le comité pour la nouvelle poli tique de soins de santé mentale pour les enfants et les adolescents montre que le minimum critique de l'offre n'a encore jamais été atteint. Tant que ce ne sera pas le cas, les soins de santé resteront coincés dans un cercle vicieux. De nombreuses crises découlent de l'incapacité à offrir des soins réguliers à temps. L'oratrice continue de croire que des efforts supplémentaires peuvent conduire à un meilleur équilibre. Il est primordial d'éviter une approche uniforme dans la réforme des soins de santé mentale. Les réflexions sont basées sur le demi-cercle abordé dans l'exposé introductif. Mme Danckaerts est convaincue de ce concept et du développement des différents éléments des soins. Une aide supplémentaire est apportée à différents niveaux d'intensité de soins. À terme, il faudra trouver les bons équilibres. La Belgique compte en réalité trop de places en soins résidentiels pour les enfants et les jeunes, alors qu'il s’agit d'une forme de soins très onéreuse. Il n'est cependant pas envisageable de les réduire à l'heure actuelle. Toutefois, si la voie intermédiaire des soins ambulatoires et mobiles est renforcée à terme, peut-être le nombre de lits pourrait-il être réduit, ce qui libérerait beaucoup de moyens. À partir de quand une situation est-elle considérée comme problématique? C'est le concept de dysfonctionnement qui constitue le pivot. Les jeunes peuvent continuer à fonctionner dans de nombreux domaines (à l'école, dans leur famille ou dans leurs loisirs) et malgré tout souffrir en silence. Dans ces situations également, une certaine forme d'aide est nécessaire, qui, en l'occurrence, peut être brève et axée sur la résilience. Par contre, dès que les jeunes commencent réellement à dysfonctionner (par exemple, ils ne peuvent plus aller à l'école, ne veulent plus ou ne peuvent plus rester à la maison) et que certaines problématiques apparaissent, is relèvent d'un autre type et d'une autre intensité de soins. Mme Danckaerts met à nouveau en garde contre le danger de vouloir déployer à tous les niveaux un programme identique. Pendant la crise sanitaire, des formes légères de troubles de l'anxiété et de l'humeur ont été observées durant la première vague. Is se sont intensifiés durant le deuxième confinement et des sentiments de désespoir s’y sont ajoutés; la suicidalité a augmenté pendant cette période. D'autres jeunes, avec une compulsion de contrôle, ont développé des troubles alimentaires. L'oratrice souligne qu'au cours des phases successives de la pandémie, la sonnette d'alarme a effectivement été tirée de différentes manières, et elle n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Le gouvernement fédéral a également pris des initiatives, mais toujours avec un certain retard, de sorte que leurs effets ne sont pas encore pleinement visibles. Les besoins demeurent cependant, car les moyens mis en œuvre se situent dans un segment différent En ce qui concerne l'augmentation de la prise de médicaments, Mme Danckaerts fait la distinction entre les antidépresseurs, les anxiolytiques, les médicaments Stabilisateurs du comportement et les stimulants. Ces dernières années, la consommation de stimulants a stagné. En raison de la crise sanitaire, de nombreux enfants souffrant de problèmes de développement ont à nouveau accusé du retard scolaire. Cela se traduit toujours par une demande de raccrochage, et est considéré comme un problème de concentration. Il est dès lors à craindre que la demande ne remonte temporairement Les antidépresseurs et les anxiolytiques concement aussi et surtout les médecins généralistes et les psychiatres pour adultes. Les pédopsychiatres, eux, gardent le pied sur le frein car ils savent qu'avec les enfants et les adolescents, il convient avant tout de travailler sur le contexte. Toutefois, comme les jeunes concernés peinent à obtenir de l'aide, ls se tournent vers d'autres canaux. 60 % des antidépresseurs sont prescrits par des médecins généralistes, le reste principalement par des psychiatres pour adultes, mais très rarement par des pédopsychiatres. Il en va de même pour les antipsychotiques. Chez les enfants et les adolescents, ces médicaments sont principalement utilisés pour la régulation du comportement, et non pour une psychose. Dans 50 % des cas, le traitement est initié par les médecins généralistes - ce qui en dit long sur la pénurie de possibilités de renvoi à laquelle ils sont confrontés. Ils prescrivent des antipsychotiques pour pouvoir faire quelque chose à leur niveau, face à la pression d'une Situation familiale difficile. Une autre question portait sur la fusion des réseaux de SSM des enfants et des jeunes avec les réseaux des adultes et des personnes âgées. Ce débat dure depuis 40 ans dans la formation en psychologie et psychiatrie de l'enfant et de l'adulte, avec de nombreux arguments pour et contre. L'oratrice est favorable à une différenciation. Les pédopsychologues sont minoritaires dans la profession: ils représentent un cinquième des personnes en formation, et dans les divers forums et réunions, l'ordre du jour est toujours dominé par la majorité. En tout état de cause, un réseau distinct permet de créer des forums spécifiquement dédiés aux enfants et aux jeunes. Une autre raison en est que le travail avec les enfants etes jeunes nécessite des outils thérapeutiques et de communication différents. L'ensemble des soins à la jeunesse, avec tous les partenaires impliqués (par exemple les centres d'encadrement des élèves), est constitué d'organisations spécifiques. Les enfants et les jeunes se trouvent dans d'autres lieux que les adultes; leur statut juridique diffère également. Une attention distincte est nécessaire pour connaître et prendre en charge ces facettes différentes. Une collaboration s'impose toutefois dans les domaines de la santé mentale périnatale et infantile, des soins de transition, des EPPP/EPPD (enfants de parents confrontés à des problèmes psychiques où de dépendance) et du Kindreflex. Les soins de transition sont un autre thème qui a émergé de la série de questions. De nombreux jeunes adultes (jusqu'à 23 ans environ) sont pris en charge par les soins de santé mentale pour adultes. Ils se trouvent pourtant à l'âge de transition: entre 16 et 23 ans, chaque jeune passe de la dépendance du contexte familial à l'autonomie. Les identités se fixent, les choix éducatifs et professionnels sont opérés, etle jeune adulte s'efforce de devenir financièrement indépendant. C'est également une phase où le développement du cerveau s'achève et où le jeune adulte peut commencer à se réguler. La capacité de mentalisation atteint son maximum. À cet âge, il est possible de rattraper en partie ce qui a dysfonctionné antérieurement au sein du foyer. Les troubles de l'attachement, la maltraitance émotionnelle ou les carences parentales peuvent être abordés à un autre niveau, plus élevé Dans les soins psychiatriques ou de santé mentale pour adultes, cependant, le travail sur le contexte est absent. Le jeune est seul, il est vu comme individu et i rechigne souvent à évoquer son historique familial durant le traïtement. Dans l'aide à l'enfance et à la jeunesse, il est pourtant communément admis qu'une grande partie des problèmes de ce public cible sont liés à la petite enfance, et les soignants sont motivés à y travailler. Pour les soins de transition, les soins aux enfants et aux jeunes et les soins aux adultes doivent apprendre à collaborer. Dans un service prenant en charge de jeunes adultes, une aide famille devrait être présente. Ce sont les pédopsychiatres et les services de soins de santé mentale pour enfants et adolescents qui détiennent majoritairement ces connaissances. Enfin, Mme Danckaerts aborde l'aspect budgétaire. La demande prioritaire est de doubler les moyens alloués aux CSM et aux Mobile Care Teams, ce qui coûterait à peine 50 milions d'euros - une bagatelle par rapport aux bénéfices qui en découleraient Mme Inge Van Trimpont (Centres d'encadrement des élèves) aborde tout d'abord la question de savoir siles investissements passés ont permis de raccourcir les listes d'attente Les centres d'encadrement des élèves ont le sentiment que ce n'est pas le cas. Une multitude de réseaux ont été créés, où les acteurs de terrain se rencontrent et discutent, mais ils n'offrent pas de réponse concrète aux demandes d'aide individuelles des jeunes. Par exemple, l'engagement du projet Eén gezin één plan (1G1P) est d'organiser un premier contact dans un délai donné. Lorsque des professionnels enregistrent un patient, ils sont face à une demande concrète et une solide exploration a déjà eu lieu: il est dès lors inutile de s'enquérir à nouveau des besoins présents. Une approche mieux coordonnée est-elle nécessaire? Mme Van Trimpont répand que s’il y a certes de nombreux changements dans le secteur, les centres d'encadrement des élèves ressentent un certain besoin de coordination. Il convient de rechercher la complémentarité: aujourd'hui, diverses initiatives prennent forme côte à côte, ce qui a un impact sur les centres d'encadrement des élèves. Ainsi, 1G1P, les soins de première ligne et d'autres structures sont actifs à différents niveaux régionaux. Les jeunes multiplient alors les consultations chronophages, sans parvenir à avancer. Les centres d'encadrement des élèves se situent au carrefour de l'enseignement, du bien-être et de l'emploi: il est difficile de délimiter où commence et où finit leur rôle. D'une par, ils sont un partenaire précieux, mais de l'autre, is se retrouvent souvent partie d'un système de vases communicants. Si, par exemple, les listes d'attente ne suivent pas, le centre d'encadrement des élèves assure la continuité de l'assistance; i a une tâche préventive et proactive. Une intervention précoce et accessible, comme une visite à domicile, est l'un des objectifs poursuivis. De nombreux collaborateurs déplorent que cela ne soit pas organisé de manière structurelle. Pendant la pandémie, par exemple, beaucoup d'efforts ont été consacrés aux discussions sur le pas de la porte, qui sont en train de disparaître à nouveau aujourd'hui. Les centres d'encadrement des élèves doivent également assurer l'accès à des soins supplémentaires au sein des écoles, soit via le modèle de soutien, soit via un rapport donnant accès à l'enseignement spécial où à un cursus sur mesure. Toutes ces tâches doivent être effectuées avec un sous-encadrement de 10 %. Le nombre d'élèves a fortement augmenté, mais le nombre de bras et les moyens n'ont pas suivi en conséquence. n'est guère aisé de répondre à une crise supplémentaire dans un tel contexte. Les centres d'encadrement des élèves étaient conscients de la nécessité de préserver au maximum le lien des enfants avec l'école pendant la pandémie. Un traçage minutieux des contacts s'imposait donc. Il n'était pas possible de l'organiser via un centre d'appels, puisqu'une approche personnelle et une motivation à suivre les mesures étaient nécessaires. Mme Van Trimpont souligne un problème structurel sous-jacent. S'il était de nouveau possible de travailler à un stade précoce dans le soutien scolaire, de sorte que les situations ne dégénèrent pas en crises, la pression sur les soins de santé mentale pourrait s'alléger. Les enfants et les jeunes pourraient également bénéficier d'une assistance appropriée. Les enfants et les jeunes présentant des troubles comportementaux trouvent aisément le chemin du centre d'encadrement des élèves, via l'établissement scolaire, via les parents où même des camarades de classe, voire de leur propre initiative. En revanche, les problèmes intemalisés y arrivent moins vite. Des moments de contact systématiques sont dès lors essentiels pour assurer un suivi et engager le dialogue le cas échéant. L'oratrice évoque ensuite la crise en Ukraine. Des moyens supplémentaires ont été alloués, comme cela avait été le cas pour le traçage des contacts. Les centres d'encadrement des élèves ont pour mission de proposer un entretien de bienvenue à chaque nouvel arrivant allophone dans un bref délai après son arrivée à l'école. Avec les enfants ukrainiens, il est particulièrement important de prévenir une propagation de la rougeole où de la tuberculose: une épidémie s'est récemment déclarée en Ukraine et la couverture vaccinale est y faible. L'une des premières préoccupations est de veiller à ce que ces enfants reçoivent les vaccins de base et soient suivis par la suite. Cet entretien d'accueil permet en outre d'évaluer la situation de l'enfant ou du jeune. L'objectif premier n'est pas de détecter un traumatisme, mais de voir comment l'enfant peut se sentir bien à l'école, ce qui est nécessaire pour y parvenir, et comment soutenir l'école dans cette démarche. Dans une première phase, il s'agit de leur assurer sécurité et tranquillité. Les établissements scolaires posent aux centres d'encadrement des élèves de nombreuses questions sur l'enseignement spécial, le soutien scolaire et la manière dont les signes de traumatisme peuvent être détectés. Cela fait partie de leurs missions ordinaires, mais des ressources supplémentaires sont nécessaires en l'occurrence. Mme Van Trimpont espère que la crise ukrainienne ne durera pas et qu'il ne faudra pas rechercher de nouvelles places pour un grand nombre d'enfants supplémentaires. Les écoles ignorent comment elles pourraient y faire face. Enfin, les centres d'encadrement des élèves ont tiré la sonnette d'alarme à temps pour attirer l'attention sur la santé mentale dans le contexte de la crise sanitaire. Un chat avec les centres a été mis en place en 2019 pour les élèves qui, anonymement ou virtuellement, cherchent vers qui se tourner. Les parents et les élèves y ont posé de nombreuses questions durant la pandémie, exprimant de multiples inquiétudes sur le parcours scolaire et de nombreuses interrogations sur l'anxiété. Les problèmes identifiés n'ont pas toujours été pris en compte rapidement par le niveau politique.
M. Koen Browaeys (TEJO Vlaanderen) répond tout d'abord à la question sur une éventuelle aggravation des symptômes d'anxiété durant la période d'activité de TEJO, et sur l'éventuel impact du COVID-19 et de la guerre en Ukraine. Au lancement de TEJO, c'étaient surtout les problématiques typiques de la puberté qui se manifestaient: identité, relations, conflits avec les parents, les pairs et les enseignants. Sur les deux ou trois dernières années, les symptômes d'anxiété ont gagné en importance, ce qui découle peut-être en grande partie d'une meilleure accessibilité, rendant ainsi les problèmes plus visibles. Les jeunes s'expriment aussi plus ouvertement sur leurs problèmes, par exemple sur les médias sociaux, et se font davantage entendre. Ils éprouvent toutefois davantage de difficultés à nommer la nature exacte de leur préoccupation. Les jeunes ont conscience des enjeux climatiques, de l'incertitude, des conséquences de la crise financière et de la crise ukrainienne. Le monde s'est réduit et les médias dominent dans de nombreux domaines. Les organisations de SSM n'ont-elles pas été suffisamment entendues pendant la pandémie? L'orateur répond que le fonctionnement des médias n'est pas suffisamment connu. Par exemple, le COVID-19 n'est plus évoqué depuis l'éclatement de la guerre en Ukraine, alors que des cas se déclarent toujours. La pandémie dominait tellement le paysage médiatique que les autres nouvelles étaient à peine effleurées. Les médias sont dans un tunnel: ce qui est vendeur fait la une, et les mauvaises nouvelles se vendent toujours mieux. Il a ensuite été demandé quels enseignements les politiques pouvaient tirer de TEJO au sujet des contacts avec le secteur de la santé. Comme l'a déjà souligné le professeur Danckaerts, l'aspect financier joue un grand rôle. L'assistance doit être gratuite, car un coût de quelques euros constitue déjà un frein.
M. Browaeys a rappelé que pour les jeunes, cela faisait clairement une différence. En outre, l'anonymat est important, assurément dans la phase initiale, même si cela va quelque peu à l'encontre du travail contextuel évoqué. La majorité des jeunes acceptent d'impliquer leur entourage par la suite, mais pas lors du premier entretien. Garantir l'anonymat aux jeunes au début du parcours en favorise l'accessibilité. L'engagement des bénévoles est aussi un atout: même dans les parcours difficiles, les jeunes se montrent plus coopératifs parce qu'ils savent que chez TEJO, ils sont face à des bénévoles. L'organisation espère ainsi contribuer à planter les germes d'une société plus solidaire. Au sujet de la thérapie à domicile, s'ajoute à l'aspect financier l'importance de l'anonymat. Un jeune exprime volontiers ce qu'il veut montrer, ainsi que l'a démontré la thérapie en ligne durant la crise sanitaire. De nombreux jeunes semblaient par contre renäcler à évoquer leur entourage durant les entretiens. Dans le cas d'une thérapie à domicile, ils seraient parfois obligés de divulguer davantage que ce qu'ils voudraient, ce qui peut constituer un obstacle. Autre thème dans la série de questions: l'inclusion du bien-être mental dans le programme scolaire
TEJO
est en contact étroit avec les enseignants, ses collaborateurs se rendant souvent dans les écoles pour parier du fonctionnement de l'organisation. De nombreux enseignants sont favorables à l'inclusion du bien-être mental dans le programme scolaire, mais soulignent qu'il s'agirait alors d'une obligation supplémentaire. Une approche systématique réduirait précisément l'espace disponible pour l'écoute. Les enseignants sont bien attentifs aux signaux, mais ils sont parfois impuissants face à ceux qu'ils détectent. Le gouvermement peut y remédier en déployant des assistants pédagogiques. Le rôle de l'enseignant en tant que première personne de confiance devrait être valorisé, il convient de le souligner. Un jeune peut se confier à son professeur parce qu'il sent que “le courant passe”. Si l'enseignant lui répond qu'il n'a pas le temps et le renvoie à l'assistant pédagogique, le jeune devra à nouveau faire le récit de son problème. Les jeunes rapportent leur grande frustration à devoir recommencer systématiquement à zéro, pour constater que rien ne change. Autre point où TEJO peut donner l'exemple: l'abandon délibéré de l'administration, du contrôle de qualité et du reporting. Plusieurs thérapeutes affiliés travaillent également dans le secteur classique et déclarent qu'à TEJO, ils peuvent réellement faire leur travail, sans passer la moitié de leur temps en formalités administratives. L'orateur invite le gouvernement à éliminer la charge administrative pesant sur les soignants et à leur faire confiance: ils ne travaillent certes pas dans ce secteur pour l'appât du gain. Mettre en place des systèmes qui leur compliquent et complexifient la tâche n'est pas souhaitable. Que les filles soient plus nombreuses que les garçons à être prises en charge est en parte lié à l'offre. La thérapie par la parole est parfois moins efficace pour les garçons, mais des formes plus actives de thérapie le sont davantage: d'autres moyens de les atteindre, comme les activités sportives par exemple, sont recherchés. Entrer en contact avec les communautés allochtones est une autre difficulté. Certains signes indiquent que le suicide y est encore plus fréquent que la moyenne, mais que les familles le dissimulent parfois. Il est utile d'avoir des collaborateurs internes qui connaissent bien ce contexte. Les thérapeutes allochtones sont conscients des sensibilités qui, même avec la formation requise, ne sont pas aisées à aborder. Enfin, les commentaires sur le paysage fragmenté des soins de santé peuvent aussi être entendus dans la bouche des jeunes. L'orateur pense que la rareté actuelle de l'offre entrave la collaboration. Chacun, sur son ilot, continue à se dévouer à son propre domaine. Une offre abondante serait un bon moyen de favoriser les collaborations. Mme Kim Steeman (SGGG) a été interpelée par l'affirmation qu'il conviendrait de collaborer davantage avec l'entourage, tant chez les enfants et les jeunes que dans la psychiatrie pour adultes. Il a été souligné que cela se heurterait rapidement au secret professionnel, et la question des moyens d'y remédier s'est posée. L'organisation Famileplatform a développé divers outils, formations et cours pour sensibiliser les organisations de soins au fait qu'impliquer l'entourage familial ne signifie pas toujours participer ou divulguer. L'attention pour la famille en tant que partenaire des soins parte sur quatre domaines: - veiller à un environnement positif: - veiller à ce que la famille reçoive les informations dont elle a besoin - veiller à ce que les membres de la famille soient soutenus là où ils en ont besoin; - si possible, veiller à ce que la famille puisse participer au microprojet du patient dans les départements ou dans les organisations de soins. Le secret professionnel est un problème récurrent dans les soins de santé mentale et i est invoqué très rapidement. En théorie, le choix est binaire: le patient donne l'autorisation d'impliquer la famille et de partager des informations, ou non. Dans la pratique, par contre, il existe une zone grise. Le consentement du patient ne signifie pas que les informations seront toutes partagées avec les membres de la famille. À l'inverse, il arrive souvent que la porte se ferme totalement lorsque le patient refuse que sa famille soit impliquée La Familieplatform s'efforce d'encourager les organisations à faire comprendre d'emblée aux patients et à leurs proches, avant le début d'un parcours de soins, que la famille est un partenaire important et qu'elle ne doit pas être laissée de côté. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle recevra toutes les informations sur le patient, mais différentes pistes de soutien seront recherchées pour ses questions et besoins. Lorsque les organisations expliquent clairement ceci dès le début d'un parcours, l'obstacle du secret professionnel se réduit Mme Steeman ne nie pas l'existence des cas où il faut mûrement réfléchir à l'implication des membres de la famille. À l'heure actuelle, ce sont toutefois les: exceptions qui, souvent, déterminent les règles, ce qui conduit les organisations de soins à faire montre d'une stricte réserve par rapport à l'entourage familial. En 2021 a été donnée la directive multidisciplinaire d'impliquer davantage les proches dans les soins de santé mentale. Le gouvernement flamand a accordé des fonds à la Familieplatform pour développer des outils permettant aux organisations de soins d'appliquer ces directives. Des formations et des parcours de coaching ont été mis en place et peuvent être consultés sur le site www.familiereflex.be. Une formation en ligne complète sur la manière de gérer le secret professionnel est disponible gratuitement pour les organisations. Celles-ci peuvent également être coachées. Elles doivent savoir qu'il existe de nombreux outils et possibilités pour les aider à travailler avec le secret professionnel, sans se retrancher d'emblée derrière cet étendard Il a enfin été demandé si la voix du secteur des soins de santé mentale a été suffisamment entendue durant la crise du coronavirus. Cette plainte a été exprimée à plusieurs reprises par les SGGG. Plusieurs membres du groupe de pilotage se sont efforcés de faire prendre suffisamment en compte les soins de santé mentale dans la politique sanitaire. I n'est pas certain qu'ils y soient parvenus, mais une évolution est perceptible: les soins de santé mentale sont de plus en plus évoqués et commencent à trouver leur place au sein de différents organes consultatifs. Cependant, une marge d'amélioration est bien présente La rapporteurs, Le président, Gitta VANPEBORGH Thierry WARMOES