Verslag FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DE L’ÉCONOMIE, DE LA POLITIQUE SCIENTIFIQUE, DE L’ÉDUCATION, DES INSTITUTIONS SCIENTIFIQUES ET CULTURELLES NATIONALES, DES CLASSES MOYENNES ET DE L’AGRICULTURE PAR MME Sof
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3477 DE BELGIQUE AUDITIONS 21 avril 2009 FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DE L’ÉCONOMIE, DE LA POLITIQUE SCIENTIFIQUE, DE L’ÉDUCATION, DES INSTITUTIONS SCIENTIFIQUES ET CULTURELLES NATIONALES, DES CLASSES MOYENNES ET DE L’AGRICULTURE PAR MME Sofie STAELRAEVE SOMMAIRE I. Exposés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
II. Questions et réponses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83 RAPPORT de représentants du monde économique sur l’impact de la crise économique sur les entreprises
(PLEN: couverture blanche; COM: couverture saumon) PLEN: Séance plénière COM: Réunion de commission MOT: Motions déposées en conclusion d’interpellations (papier beige)
MESDAMES, MESSIEURS
Votre commission a procédé ce 7 janvier 2009 à des auditions de représentants du monde économique sur l’impact de la crise économique sur les entreprises
PROCÉDURES
La plupart des invités ont remis aux membres des documents qui ne sont pas repris intégralement dans le rapport. I. — EXPOSÉS 1. Experts:
- M. Geert Noels (Petercam);
- M. Étienne de Callataÿ;
- M. Mathias Dewatripont (ULB);
- M. Henri Bogaert (Bureau du Plan).
- FEB;
- VOKA;
- UWE;
- UNIZO / UCM;
- Boerenbond / FWA.
- M.
A. Michielsen (Solvay). 4. Partenaires sociaux: – FGTB / CSC / CGSLB. * * * 1. Exposés des experts • M. Geert Noels (Petercam);
M. Etienne de Callatay;
M. Mathias Dewatripont (ULB);
M. Henri Bogaert (Bureau du Plan). Exposé de M Geert Noels, Chief Economist Petercam M Geert Noels (Petercam) souligne que la conjoncture s’est rapidement détériorée, pas seulement en Belgique mais aussi en Allemagne et d’autres pays.
Les sociétés ont réagi rapidement, notamment dans le secteur industriel avec des entreprises telles que BASF, Umicore ou Bekaert. À court terme, ces mesures peuvent être ressenties comme agressives mais à long terme, cela peut signifi er que le modèle n’est pas cassé, que les cash fl ows sont préservés et que la reprise pourra se faire plus rapidement. La brutalité du ralentissement s’explique aussi par le fait que la Chine, à côté des États-Unis, connaît aussi une sorte de crise existentielle.
Comme lors de la crise des années 30, les dépenses publiques ont un effet d’amortisseur d’autant que les pouvoirs publics sont devenus bien plus importants. Une croissance négative de 2% générée par les 50% d’activité économique privée signifi e que le secteur privé va se replier signifi cativement. Les entreprises travaillent avec un budget, ce qui a un effet de ralentissement sur les effets de la crise.
Ce n’est que dans le courant de cette année que les conséquences se feront sentir. Les salaires n’évoluent pas négativement cette année alors que l’infl ation pourrait être négative. Il n’est pas nécessairement bon à long terme que les salaires soient en hausse mais cela aura en tout cas un effet amortisseur cette année. La Belgique a été touchée davantage que certains autres pays, même si cela n’a pas été le pire des cas.
Les banques belges ont été fortement touchées. Le fait que la Belgique soit un petit pays avec nombre de petites ou moyennes entreprises ayant des difficultés à se fi nancer ne facilite pas les choses, de même que la situation des fi nances publiques. La Belgique étant un pays industriel, la brutalité du ralentissement dans ce secteur a pesé sur l’économie belge. Le reshuffling des activités joue aussi un rôle alors que le chômage est aussi un élément important.
Dans le secteur de la chimie par exemple, un groupe actif au niveau européen et qui doit procéder à une restructuration la fera en Belgique plutôt qu’en France, aux Pays-Bas ou en Allemagne, en choisissant l’option qui présente le moins de résistance. Ainsi, des mesures qui sont censées jouer un effet amortisseur, comme par exemple le chômage temporaire, vont faire qu’un groupe industriel qui examine la situation au niveau européen, restructurera d’abord en Belgique.
Ce sont des effets vicieux de mesures censées amortir les effets de la crise. De façon générale, les petits pays ont davantage souffert que les plus grands même si la Belgique n’a pas été la plus médiocre. L’Espagne par exemple est
entrée dans une phase de récession bien plus grave, plus grave peut-être que celle des États-Unis. L’Islande, l’Irlande et la Grèce connaissent aussi des récessions plus graves que la Belgique. La Belgique ne connaît pas de bulle immobilière comme en ont connu les États-Unis ou l’Espagne. L’intervenant souligne qu’il faut garder à l’esprit que la compétitivité de la Belgique s’est dégradée. Il ne s’agit pas d’une d’un effet temporaire mais d’un mouvement qui est à l’œuvre depuis des années.
À cet égard, une comparaison avec l’Allemagne est pertinente. Le graphique des coûts par travailleur met clairement en évidence une croissance plus forte en Belgique qu’en Allemagne, avec un écart entre les deux pays qui s’est accru de 15 à 20%. Le même constat peut être fait pour le coût par unité produite. L’ Allemagne a fourni de gros efforts en termes de compétitivité au cours des dix dernières années et là où la Belgique avait auparavant un avantage sur l’ Allemagne en termes de coûts, la situation s’est renversée et c’est aujourd’hui l’ Allemagne qui a un net avantage sur notre pays.
En matière de dépenses publiques, on peut observer un effet de type keynésien en Belgique depuis approximativement l’an 2000 jusqu’à il y a peu. La Belgique a connu une plus forte croissance que l’ Allemagne, entre autres à cause de dépenses publiques plus élevées. En termes réels, la dépense publique belge se met à croître plus fortement à partir de 1999 alors que sa croissance ralentit en Allemagne.
Des changements de politique dans les deux pays à partir de 1999 expliquent cette évolution divergente de leurs dépenses publiques. La politique économique allemande a consisté à augmenter l’efficience dans le public et à en en bénéfi cier en partie le secteur privé. La comparaison des performances à l’exportation des deux pays montre que la situation de l’ Allemagne vis à vis de la Belgique s’est sensiblement améliorée, ce qui est le résultat d’une stratégie qui s’avère payante.
Au-delà de la compétitivité en tant que telle, l’ Allemagne jouit aussi d’autres avantages en matière d’exportations; le profi l de ses marchés d’exportations et la composition de son panier de produits constituent des atouts importants, domaines dans lesquels la Belgique n’excelle pas mais qui ne peuvent être corrigés rapidement. S’agissant du coût du fi nancement de la dette publique, certains pays ont connu un plus grand spreadwidening.
Un phénomène de «fuite vers la qualité» a été observé, les investisseurs privilégiant la sécurité et la référence qui est pour la zone euro l’ Allemagne, d’où une tendance à voir le coût de fi nancement augmenter dans les autres pays. Certains pays ont néanmoins
connu des hausses de coût plus importantes. La France qui avait un profi l assez proche de celui de la Belgique a connu une hausse moins forte que la Belgique. Le cas des Pays-Bas est assez particulier: ce pays a connu une forte hausse de son coût de fi nancement, ce qui n’avait pas le cas lors des crises précédentes. Les garanties accordées au secteur bancaire peuvent aussi expliquer cette hausse car ces garanties, même lorsqu’elles ne sont pas exercées, représentent un coût.
L’Italie a connu une très forte hausse de son coût de fi nancement et l’Irlande, non reprise sur le graphique, présente une situation encore plus grave qui s’explique par la récession et la crise bancaire et du secteur immobilier dans ce petit pays. Tous les écarts se sont élargis mais les pays souffrant de problèmes dans le secteur bancaire ou présentant des problèmes au niveau des fi nances publiques ont davantage souffert.
L’écart de coût avec la France par exemple est de l’ordre de 45 points de base. Ce coût se fera surtout sentir si les taux d’intérêt remontent. En ce qui concerne les solutions pour sortir de cette crise, M. Noels incite à une grande prudence par rapport à la mise en œuvre d’une politique keynésienne au niveau belge ou régional. Il faut éviter de transmettre aux prochaines générations de nouvelles dettes publiques.
La meilleure stratégie est le free riding sur l’Europe; il s’agit pour la Belgique de créer les conditions pour profi - ter au mieux d’un meilleur environnement et être «tirée» par une conjoncture favorable au niveau européen. Pour ce faire, la Belgique doit, par exemple, améliorer sa compétitivité. Chaque crise économique, que ce soit 1981-1982, 1993-1994 ou maintenant, met en évidence l’importance de la compétitivité pour la Belgique.
Des plans de redressement de la compétitivité ont été mis en œuvre dans les années 80 et 90.
M. Noels estime qu’il est urgent d’envisager à nouveau un tel plan. L’accent doit être mis sur le long terme. Il faut tout d’abord stabiliser le système fi nancier, ce qui se fera en partie au niveau européen. Des opportunités en matière énergétique, dans un marché comme la Chine ou dans les pays où on est absent doivent être exploitées dans une perspective de long terme. Les pouvoirs publics doivent être efficients et les fi nances publiques sous contrôle.
Il y a une dimension conjoncturelle à la dégradation budgétaire et il faut veiller à ne pas y ajouter une dimension de dégradation structurelle.
Exposé de M. Etienne de Callataÿ, Banque-Bank Degroof M. Etienne de Callataÿ (Banque Degroof) voit l’impact de la crise fi nancière sur les entreprise sous la forme d’une triple contraction. Tout d’abord, la contraction du capital privé, à travers la perte de capitalisation boursière de l’ordre de 25 000 milliards de dollars et la perte de valeur des biens immobiliers. Cette diminution de la valeur du patrimoine n’a pas que des effets négatifs: la diminution des prix des biens immobiliers permet à de jeunes personnes d’acheter un bien immobilier.
Dans ce cas, la crise ne signifi e pas perte de patrimoine mais transfert de patrimoine. Il y a ensuite la réduction du capital public résultant des plans de sauvetage des banques, du coût des plans de soutien de l’économie et surtout le coût du ralentissement économique qui, par rapport au potentiel de croissance, pourrait représenter jusqu’à 10% du Produit intérieur brut. La troisième contraction est la contraction du capital social que constitue la perte de confi ance au sein et envers le secteur fi nancier et plus largement entre les agents économiques.
L’aversion au risque est en hausse et le coût du capital s’en trouve rehaussé. La confi ance est essentielle et au cœur du processus de création de valeur et elle a en partie disparu. Les conséquences de la crise Les taux vont devenir plus pénalisants pour les entreprises souhaitant investir. Les banques vont en effet augmenter leur marge par rapport au taux sans risque car elles-mêmes se fi nancent à des conditions plus coûteuses et doivent en outre répercuter un risque de défaillance plus élevé.
S’ajoutent à ces effets le coût de la régulation et l’impact d’une concurrence moindre sur le marché. Il est certes possible aux entreprises les plus grandes de se fi nancer sans passer par les banques mais demeure néanmoins le coût plus élevé du capital. Par rapport au volet «demande», le ralentissement mondial va affecter la consommation et les exportations, le taux d’utilisation des capacités installées baisse et il est plus intéressant pour les entreprises d’en racheter d’autres plutôt que de procéder à des investissements en direct (effet appelé le Q de Tobin).
L’aversion au risque est présente dans les entreprises qui préfèrent garder dès lors leurs liquidités au cas où elles en auraient besoin dans les prochains mois. La rentabilité diminue à cause des effets des coûts fi xes, de l’absence de pricing power et de l’inertie des coûts salariaux. On assiste dans les entreprises à un phénomène d’accumulation de travail qui se traduit par le fait que les entreprises n’ajustent pas la quantité d’emploi à la baisse comme le demanderait
le ralentissement de l’activité. Cette situation entraîne une augmentation des coûts salariaux par unité produite Les entreprises ne sont pas les seules à investir. Les ménages investissent sous forme de logements; les nouvelles ne sont pas bonnes à ce niveau. La forte croissance de ces dernières années n’était pas soutenable, un effet richesse négatif est à l’œuvre, un resserrement des conditions de crédit, sans doute limité, aura un impact également et les rendements locatifs plus faibles dissuaderont les investisseurs qui avaient l’intention de mettre leur bien en location.
Enfi n, l’incertitude sur les perspectives professionnelles dissuade les ménages de se lancer dans un investissement de logement de même que les perspectives de baisse de prix, les anticipations de spirale défl ationniste. M. de Callataÿ ne soutient pas la mesure de baisse de TVA sur la construction car cela n’a pas d’effet sur le potentiel productif et ne suscite qu’un pur effet d’aubaine. Les pouvoirs publics vont augmenter leurs investissements mais l’impulsion sera modérée car: o poids limité par rapport à l’investissement privé o soumis à de lourdes procédures politiques et administratives o goulets d’étranglement au niveau des entreprises capables de les exécuter o contraintes budgétaires (à ne pas oublier: l’investissement entraîne des dépenses récurrentes d’entretien ou d’exploitation) o 50% des investissements publics vient des pouvoirs locaux, avec agenda politique, pas anticyclique.
En ce qui concerne la consommation, elle sera touchée par la diminution de l’emploi, la moindre progression des salaires réels et la réduction des revenus du capital (dividendes, plus-value). Les ménages vont épargner davantage pour reconstituer le patrimoine perdu, par crainte de perdre leur emploi et afi n de pallier à tout problème éventuel dans le fi nancement des pensions (effet Ricardo). Tout n’est pas négatif: les cours des matières premières sont en baisse, la politique monétaire devient plus accommodante et des restructurations pénibles mais utiles seront mises en œuvre.
En outre, la santé des entreprises non fi nancières est bonne. μA moyen terme, les perspectives économiques sont revues à la baisse, plombées notamment par l’aversion au risque et le coût du capital plus élevé. En même temps, les facteurs de croissance des 3 dernières décennies sont en grande partie intacts: le progrès technologique, les gains de productivité, la concurrence, la globalisation, la libéralisation et l’innovation fi nancière, sans ses excès.
La situation de la Belgique Des handicaps: Compétitivité: o Coût du travail élevé (attention, forte productivité aussi par destruction des emplois moins qualifiés) o Énergie o Corporatismes divers Plus sensible à la crise fi nancière: o Secteur financier plus développé o Institutions (en partie) belges plus exposées o Cas Fortis sur confiance et patrimoine Relance budgétaire contrainte par dette publique et coût vieillissement Immobilier quand même exposé: forte hausse récente de l’activité et des prix Assemblage automobile / bêtise des allégements sur le travail en équipe ou effectué le week-end car passéisme (cf. secteurs nationaux) , Pas de nationalisme économique = naïveté Croissance récente plus forte qu’à l’étranger pour des raisons non soutenables: o légalisation du travail au noir au travers du régime des titres-services o diminution sensible du taux d’épargne des ménages o net assouplissement de la politique budgétaire o absence du coût initial de réformes structurelles o hausse plus rapide des salaires, ce qui a soutenu la consommation mais à court terme seulement; Sortie de crise plus lente par hystérèse sur le marché du travail.
Des atouts: o Taux d’épargne a baissé mais toujours élevé o Crédit immobilier sain o Secteur public fort développé offre stabilisation automatique, même si peu anticyclique o Réservoir de main-d’œuvre (hausse du taux d’emploi) o Réservoir d’efficacité.
Exposé de M. Mathias Dewatripont (ECARES, Solvay Brussels School of Economics and Management, Université Libre de Bruxelles) L’impact de la crise économique sur les entreprises: Quelques réflexions Crise financière La crise actuelle a démarré dans le secteur fi nancier aux États-Unis (crédits immobiliers «subprime» aux USA en particulier), et s’est répandue, via la titrisation et les produits structurés, en Europe.
Le système fi nancier est de manière générale structurellement fragile face aux chocs macroéconomiques (notamment immobiliers), mais les problèmes actuels indiquent clairement les dérives d’un système de régulation – celui dit de Bâle II – inadéquat, notamment à cause d’exigences en capital insuffisantes par rapport aux activités «hors-bilan», à une confi ance excessive dans la maîtrise de leurs risques par les grandes banques (qui s’étaient vu octroyer le droit d’utiliser des «modèles internes» de gestion du risque), à l’utilisation d’agences de rating qui font face à des confl its d’intérêt, et à la réglementation insuffisante, voire inexistante de certains acteurs (banques d’affaire, hedge funds).
La course effrénée vers le «return on equity» a exacerbé les problèmes, conduisant à un relâchement de la maîtrise des risques au sein des institutions fi nancières à un moment où on avait un peu oublié que les marchés ne pouvaient pas «monter» éternellement. La «correction» actuelle a été d’une ampleur telle que des événements qu’on croyait révolus chez nous depuis les années trente, comme les paniques bancaires ou la nationalisation partielle de grandes banques, ont réapparu.
Remarquons cependant que d’autres pays ont connu des crises bancaires importantes dans un passé récent: rien que pour les pays de l’OCDE, les USA ont eu la crise des banques d’épargne dans les années 80, et le Japon et divers pays scandinaves ont eu une importante crise bancaire dans les années 90. Cette crise-ci est cependant exceptionnelle par son ampleur planétaire. En Europe, et en particulier chez nous, malheureusement, elle a aussi démontré l’incohérence entre la volonté d’internationaliser les banques et un système de régulateurs essentiellement nationaux (même si beaucoup de principes de la régulation sont, eux, quasiment planétaires).
Les systèmes de régulation sont infl uencés tant par des principes économiques que par un rapport de force entre les différents acteurs
socio -économiques. Le système actuel a fortement été infl uencé par le secteur fi nancier lui-même, dans un contexte de concurrence internationale qui a exacerbé le relâchement des exigences prudentielles. La crise actuelle va inverser le mouvement de balancier et on peut s’attendre à ce que l’accent mis sur la stabilité fi - nancière prenne le dessus. Deux remarques cependant: (i) les ajustements de la réglementation sont toujours (trop) préoccupés par le désir d’éviter la précédente crise fi nancière; et (ii) s’il est bon de mettre l’accent sur la stabilité fi nancière, il ne faut pas oublier que les banques sont aussi là pour permettre aux entreprises et aux individus de démarrer des projets prometteurs mais risqués (il faut un système qui permette par exemple à des doctorants universitaires de démarrer un projet avec un nom bizarre comme Google …).
De nombreuses règles prudentielles sont internationales, et les réformes les concernant le seront aussi (ratios de capital, nature des institutions à réglementer, rôle des agences de notation, …). Remarquons cependant que ces règles constituent des minima, et que rien n’interdit aux superviseurs nationaux d’être plus exigeants (l’Espagne l’a fait par exemple, limitant ainsi l’impact de la crise actuelle sur ses banques).
En Europe, il n’est pas improbable que la crise actuelle soit l’occasion pour un transfert d’au moins une partie de la supervision prudentielle des États Membres vers l’Union Européenne. Mais que ce soit au niveau européen ou au niveau national, il est crucial que le superviseur ait les ressources et l’expertise nécessaire pour mettre en oeuvre la réglementation. Le système de Bâle II a été une dérive claire ici, la complexifi cation de la réglementation ayant servi de «justifi cation» à un recours accru à l’auto-régulation pour éviter une hausse du budget alloué au régulateur.
Il faut idéalement une réglementation plus simple, mais en tous cas un régulateur suffisamment armé pour la faire respecter. Crise économique Si la Belgique a été frappée de plein fouet par la crise bancaire (avec la recapitalisation par l’État de plusieurs institutions fi nancières et surtout le cas Fortis), ce n’est pas à cause de dysfonctionnements sur le marché du crédit en Belgique: il n’y a pas eu de crise des subprimes chez nous, grâce notamment à notre législation contre le surendettement, et la volatilité de notre marché
immobilier est plus limitée que celle de certains pays européens. Ceci n’empêche pas que nos ménages et surtout nos entreprises ne puissent être victimes du resserrement du crédit. Il est paradoxal que la crise soit venue du fait que les banques se soient en partie détournées de leur métier de base (les prêts «directs» aux entreprises) pour se lancer dans l’achat de produits «exotiques» mais que sa conséquence soit notamment un resserrement du crédit.
Ce resserrement est dû à la surréaction des banques à la crise fi nancière dans un environnement où le risque systémique a été magnifi é par l’ «accident Lehman Brothers». Il est crucial de suivre avec attention le volume d’octroi (ou non) de crédit aux entreprises et aux ménages par les banques. Et si nécessaire de le favoriser, notamment fi scalement. Pour les ménages et les PME, un tel avantage fi scal, pour peu qu’il soit transparent et ouvert à tous, ne contrevient pas aux règles européennes en matière de concurrence.
Et il est connu que l’accès aux marchés fi nanciers pour les PME, et notamment les jeunes entreprises innovantes, est généralement insuffisant. Il n’y a pas que nos ménages ou nos PME qui souffrent de la crise économique. La récession mondiale frappe aussi de plein fouet nos grandes entreprises industrielles. Faut-il aider ces entreprises spécifi quement? Les règles européennes en matière d’aides d’État l’interdisent (et pour une bonne raison: il faut éviter que chacun ne le fasse, pour «exporter son chômage»).
Il n’est pas impossible que des exceptions soient faites, notamment à l’initiative de la France. Il conviendra alors de suivre le mouvement, pour ne pas pénaliser nos entreprises nationales. Et on peut espérer pour le reste que l’Europe évitera une spirale des aides d’État. De manière générale, il vaut mieux cependant une relance macroéconomique concertée internationalement. Ici, il est encourageant de voir que les choses vont dans le bon sens: tout le monde est redevenu keynésien! La Belgique, petite économie ouverte, ne peut que signifi - cativement bénéfi cier de ce processus.
Vu sa taille, sa contribution ne peut par contre qu’être limitée, d’autant plus que nos fi nances publiques restent fragiles (rapport dette / PNB qui reste nettement au-dessus de la moyenne européenne et vieillissement de la population en cours). Au-delà de cette remarque, souvenons-nous des limites des préceptes keynésiens: si un soutien budgétaire est important en période de récession, il ne faut pas oublier le moyen terme.
Ici, insistons sur le fait que, si la correction tendancielle de nos fi nances publiques
depuis les années 90 est impressionnante, notre politique budgétaire reste inefficace au niveau conjoncturel car trop peu anticyclique (ceci est vrai par ailleurs pour la plupart des pays d’Europe continentale, mais pas pour le Royaume-Uni ou les USA): notre défi cit pourrait être plus grand en récession mais devrait être plus faible en période de croissance économique robuste. Il faut donc privilégier des mesures de relance temporaires, qui puissent être stoppées lorsque la croissance revient.
Des avantages fi scaux limités dans le temps vont dans ce sens, et en outre incitent les ménages ou entreprises à anticiper leurs dépenses pour pouvoir bénéfi cier de ces déductions. Des dépenses temporaires en faveur des ménages peu aisés sont également à favoriser, car leur propension à la consommation est plus élevée que celle des ménages plus riches. Pour le reste, ne pas oublier le moyen terme veut également dire favoriser des dépenses d’investissement public, notamment dans la recherche, cruciale dans notre économie de la connaissance et dans un environnement caractérisé par des relations de plus en plus étroites entre secteur privé et universités (pour plus de détails concernant l’impact de la crise sur la recherche-développement, voir le compte-rendu d’une réunion européenne de novembre dernier sur le sujet, compte-rendu distribué à l’occasion de mon intervention de ce 7 janvier).
Enfi n, ne pas oublier le moyen terme veut dire favoriser les économies d’énergie. Il faut à tout prix éviter que la crise actuelle nous fasse oublier la crise énergétique et climatique. À ce sujet, la forte baisse des prix du pétrole suite à la récession mondiale est inquiétante, même si elle est source de pouvoir d’achat supplémentaire dans nos pays. Hausser la taxation de l’énergie tout en réinjectant immédiatement ces recettes fi scales dans l’économie aurait tout son sens.
Exposé de M. Henri Bogaert (Commissaire du Bureau du Plan) Quelles sont les conséquences de la crise? «Différentes évolutions conduisent à une très forte et rapide détérioration du climat de confi ance dans un contexte où l’asymétrie d’information règne sur les
marchés fi nanciers. En principe, les banques ont un rôle central à jouer pour servir d’intermédiaire entre épargnants et investisseurs en réduisant l’asymétrie d’information grâce à leur spécialisation dans la sélection des débiteurs. Mais dans la situation présente, les banques sont incapables de remplir pleinement ce rôle. Comme on vient de le montrer, elles sont confrontées à: 1. des pertes importantes sur des actifs toxiques, 2. des problèmes pour augmenter leur capital pour faire face à ces pertes, 3. une difficulté d’assurer leur liquidité par le principal moyen qu’elles utilisaient jusqu’à maintenant, c’est-adire: l’interbancaire où les banques sont elles-mêmes sujettes à l’asymétrie d’information, et, enfi n, 4. une difficulté accrue à assurer une sélection correcte des débiteurs au fur et à mesure que la crise s’étend aux différentes branches de l’économie.
Dès lors, pour les secteurs non fi nanciers, la crise actuelle se caractérise par: – la réduction de la capacité de prêter des banques donnant lieu à une hausse des primes de risque sur les crédits et/ou une restriction des conditions d’attribution des crédits; – l’effondrement du marché des valeurs mobilières, d’abord causé par l’effondrement du prix des actions des institutions fi nancières, puis entretenu par l’effondrement du prix des actions des autres entreprises cotées; – l’augmentation rapide et importante de la prime de risque, à catégorie de risque inchangé, sur les marchés obligataires pour les débiteurs autres que l’État, mais aussi dégradation générale des entreprises dans les catégories de risque; – pour certains pays, l’effondrement du marché immobilier qui corrige la bulle spéculative pèse sur l’investissement en constructions nouvelles.
Ces différents chocs ont des effets sur les secteurs non fi nanciers de l’économie à travers une série de canaux de transmission qui fi nalement infl uencent négativement la demande effective globale et créent un écart entre la production effective et la production potentielle: le fi nancement des entreprises, l’effet richesse sur la consommation et les exportations. Par contre, certains effets de la crise ont des impacts positifs sur la demande effective globale: la diminution de l’infl ation et, en particulier, du prix des matières premières et les plans de relance.
Le financement des entreprises Les difficultés de fi nancement des entreprises peuvent induire une réduction très importante de leurs investissements. Cinq canaux peuvent être identifi és: – Le canal du crédit: les PME n’ont généralement accès qu’à une seule source de fi nancement extérieur à savoir les prêts bancaires. Or ceux-ci se tarissent; donc de nombreuses PME sont en difficulté et celles qui ne le sont pas sont bloquées dans l’extension de leurs activités.
En Belgique, les statistiques ne montrent pas encore de réduction du crédit aux entreprises, mais une réduction de leur croissance liée notamment au resserrement des conditions d’attribution des crédits. À ce sujet, il convient de prendre en compte que les banques, même en difficulté, sont liées par les accords précédemment signés, notamment via les lignes de crédits aux entreprises non fi nancières. – Le canal du bilan: la valeur nette des entreprises leur sert de garantie implicite pour obtenir des prêts bancaires.
Or la chute du prix des actions diminue la valeur nette des entreprises et donc leur capacité à emprunter. – Le canal du cash fl ow: la crise économique s’accompagne d’une détérioration du cash fl ow des entreprises. Or ce dernier joue le même rôle de collatéral auprès des banques que la valeur nette. Heureusement, une source de résilience est que la profi tabilité des entreprises était, avant la crise, généralement élevée, que ce soit en Belgique ou dans le monde. – Le canal de la désinfl ation inattendue: la croissance des prix a tendance à diminuer rapidement, alors que les taux d’intérêt nominaux des dettes des entreprises sont fi xes.
Cela devrait contribuer à détériorer encore davantage leur cash fl ow et donc leur capacité de remboursement et d’emprunt futur. – Étant donné l’évolution des primes de risques et malgré la baisse des taux directeurs, le coût du capital des entreprises augmente, réduisant les incitants à investir. Le canal du Q de Tobin est aussi actif. Tobin défi nit le ratio Q comme le rapport entre la valeur de marché des entreprises et le coût de remplacement du capital.
Si Q est faible, le prix de marché des actions est bas relativement au coût de remplacement du capital et le nouvel équipement est donc onéreux relativement à la valeur de marché des entreprises. Les entreprises ne peuvent donc émettre des actions pour fi nancer leur investissement et cela déprime l’activité économique. Ce canal devrait se matérialiser par des moyens de consolidation dans différentes branches d’activités.
– Les difficultés de fi nancement des entreprises et leurs impacts sur l’investissement (graphique 8) et sur la demande globale, se refl ètent dans la courbe de conjoncture de la BNB au point que le niveau atteint par cette courbe est aujourd’hui plus faible que celui des deux récessions de 1980-81 ou de 1993. L’effet richesse sur les dépenses de consommation Le canal des effets richesse négatifs opère lui aussi, car la chute des cours boursiers, doublée de la chute des prix immobiliers dans certains pays, entraînent une diminution de la valeur du patrimoine des ménages et les poussent à réduire leur consommation.
De plus cette diminution du patrimoine des ménages réduit d’autant leur capacité d’emprunt auprès des banques. L’indice de confi ance des ménages en Belgique a atteint lui aussi un niveau proche de celui des deux récessions de 1981 et de 1993. Les exportations Le canal des exportations nettes peut aussi agir dans les pays dont la monnaie s’apprécie (le Japon et l’Europe, par exemple). Dans une petite économie largement ouverte comme celle de la Belgique, le commerce extérieur est le principal canal de transmission de la récession qui trouve son origine au plan international.
Le nœud du problème est que l’économie mondiale est entrée dans un cercle vicieux: les premiers signes du ralentissement économique attendu ont provoqué une crise bancaire et fi nancière inattendue qui amplifi e le retournement économique et le transforme en récession qui elle-même renforce la crise fi nancière qui, elle-même, risque de déboucher sur une défl ation. Les interventions publiques ont pour l’instant évité le pire et ralentit le cercle vicieux mais ne semblent pas l’avoir enrayé.
Pour l’enrayer, il faut absolument que la récession ne s’accompagne pas de la disparition de capacités de production rentables, ce qui réduirait d’autant l’output potentiel. Un retournement économique s’accompagne de l’assainissement de l’activité dans la mesure où toute une série d’acteurs qui n’étaient pas suffisamment productifs (au sens large) disparaissent. Mais une dépression va s’accompagner de la destruction d’entreprises tout à ait productives et rentables et d’une réallocation très rapide des processus de production à l’échelle de la planète.
Une espèce d’overshooting de l’ajustement économique qui sera socialement inacceptable. La situation est encore compliquée dans le cas de la zone euro par le fait que, si tous les pays ont à gagner au plan de relance commun, tous ont intérêt à laisser
leurs voisins le fi nancer. En particulier, les situations des pays avant la crise ne sont pas les mêmes, tant en termes d’état des fi nances publiques qu’en termes de compétitivité. Cette situation pèse sur la confi ance du public qui a très bien senti la difficulté de l’Europe à parler d’une seule voix et à envisager des solutions concrètes. Or le retour de la confi ance est crucial dans la résolution de cette crise.
État des prévisions pour 2009 et 2010 Comme vous le savez, le BFP est chargé par la loi de faire les prévisions macro-économiques sur lesquelles repose le budget. À ce titre, nous réalisons une prévision début septembre pour le budget et en février pour le contrôle budgétaire. Cette année a été particulière puisque nous avons remis ces prévisions macro-économiques, appelées budget économique, le 11 septembre, et qu’à cette date, nos prévisions étaient parmi les plus pessimistes avec une croissance de 1,2% pour l’année 2009.
Le 15, arrive la crise bancaire. En quelques jours, de grandes banques, aux États- Unis et en Europe, deviennent insolvables. Pour éviter le «bank run», les banques centrales injectent massivement des liquidités dans le système bancaire, allant même aux États-Unis jusqu’à fi nancer des «Commercial papers» d’entreprises. Les États interviennent tout aussi massivement pour recapitaliser les banques et garantir les dépôts et les crédits interbancaires.
À ce moment et pour les mois qui vont suivre, faire des prévisions n’était plus possible, ni même souhaitable1. Allions-nous vers un ralentissement plus prononcé, vers une récession ou vers une dépression? Et, en effet, cette crise ressemblait furieusement à celle de 1929, si ce n’était la réaction rapide et agressive tant des autorités politiques que monétaires. Depuis lors, nous avons établi une règle entre nous: les prévisions de croissance du PIB de 2009, rendues publiques par divers organismes, diminuent de 0,2% par semaine! Un aperçu de cette évolution est donné au tableau 2.
Depuis 3 mois, cette évolution se confi rme assez bien. Au tableau 3 qui suit, j’ai repris l’estimation faite par le BFP des principaux indicateurs macro-économiques, faite à l’occasion de la publication par l’OCDE de sa prévision de novembre. Comme on le voit, la croissance du PIB est négative en 2009 (-0,3%), mais une reprise s’engage à partir de mi-2009 et la croissance Le BFP a néanmoins élaboré des projections qui évaluent les conséquences pour l’économie belge des scénarios successifs élaborés par les organisations internationales..
US Euro Area .5 1.5 .3 1.3 .2 1.2 0.9 0.6 0.2 -0.1 -0.9 2011-2013 1,4 -0,3 1,5 2,2 4,6 1,6 60,8 -2,7 12,7 29,3 11,9 12,4 12,9 13,2 -31,7 31,4 29,6 11,8 -0,8 -1,6 -2,4 87,1 86,4 86,1 85,7 0,5 de 2010 remonte à 1,5%. L’infl ation se réduit fortement, grâce notamment à la diminution du prix du pétrole et des autres matières premières. Cette récession conduit cependant à prévoir une augmentation du chômage de 60.000 personnes sur ces deux années.
Le solde budgétaire, avant plan de relance, serait défi citaire de -1,6 pour cent du PIB en 2009 et -2,4 pour cent du PIB en 2010. Tableau 2: Evolution of Economist consensus forecasts for 2009 GDP growth in the US and the Euro Area Tableau 3: Projection réalisée par le BFP en Novembre sur base des «Perspectives Économiques» de l’OCDE
Depuis le mois de novembre, les attentes des prévisionnistes se sont encore détériorées. Le consensus de The Economist est en décembre de -0,9% pour 2009 dans la zone euro et -0,4 pour la Belgique. Les indicateurs conjoncturels sur la confi ance des entreprises et des consommateurs ont connu, fi n de l’année passée, une chute impressionnante, que ce soit dans la zone euro ou en Belgique. Ces indicateurs sont à présent à un niveau légèrement inférieur à celui qu’ils avaient atteint en 1993 ou en 1981: les deux années de forte récession en Belgique depuis la seconde guerre mondiale.
En 1981, la récession a atteint -1,07 pourcent, mais la croissance cumulée sur trois ans de 1980 à 1983 a été négative de -0,13 pour cent. L’emploi s’est détérioré progressivement durant les années 81 à 83. Pour ces trois années cumulées, l’emploi a diminué de 157 000 unités et le chômage a augmenté de 216 000 unités. Par comparaison la récession de 1993 a été moins dramatique. La diminution du PIB a, certes, atteint -2%, mais sur les trois années cumulées de 1991 à 1994, la croissance du PIB a été de 1,15 pourcent.
Les pertes d’emploi sur les années 92 à 94 ont été de 38 000 unités et le chômage a augmenté de 154 000 unités. Au cours de ces deux récessions, le défi cit des administrations publiques a connu un accroissement important et même considérable pour ce qui est de la récession de 1981.
1980-1983 1991-1994 -0,13 0,34 -2,08 2,89 1,15 -157 -5 -21 -12 -38 - -8,1 -7,4 -5,1 -0,7 0,7 2,3 Tableau 4: Croissance et emploi durant les deux dernières récessions importantes (%) Variations en pourcent et cumul des variations sur trois ans en pourcent (*) Variations en milliers de personnes et cumul des variations sur trois ans Source: BFP, base de données EUKLEMS Un rapide calcul fait avec nos modèles montre qu’une détérioration du contexte global tournant autour d’une réduction du PIB de -1,3% en 2009 et une croissance de seulement 1% en 2010, ferait augmenter le chômage de près de 100 000 unités sur les deux années.
Il faut noter que cette augmentation du chômage ne serait due qu’à concurrence de 23 000 à des destructions nettes d’emplois, le reste étant le résultat de la progression de l’offre de travail. Dans cette hypothèse, le défi cit budgétaire (avant plan de relance) serait de 2% du PIB en 2009 et de 3% du PIB en 2010. Il est donc très probable que la limite de 3% du Traité de Maastricht soit atteinte et même dépassée en 2010.
Toutes ces prévisions restent très incertaines. L’incertitude trouve son origine, d’une part, dans la difficulté de bien comprendre les causes de la crise et, d’autre part, dans les hésitations concernant les politiques à suivre
et l’ampleur des plans de relance qui seront fi nalement mis en oeuvre. Il en résulte une extrême volatilité des prévisions sur les marchés et une perte de confi ance qui progressivement se généralise à l’ensemble de l’économie. Considérations sur la politique à mener a. Ne pas se tromper de réponse de politique économique Comme nous l’avons indiqué au gouvernement en octobre (Bureau fédéral du Plan, Octobre 2008), la crise que nous connaissons est avant tout une crise fi nancière et les principales actions correctrices urgentes doivent viser en priorité à réparer le fonctionnement du système fi nancier.
Les plans de relance budgétaires recommandés au niveau international sont, certes, nécessaires pour éviter que les risques de défaut ne se généralisent à l’ensemble de l’économie et limiter le cercle vicieux évoqué plus haut, mais ils doivent compléter de manière ciblée et temporaire les actions menées dans la sphère monétaire et fi nancière. Le risque est de se retrouver dans un scénario «à la japonaise» où les risques de défaut importants et l’asymétrie d’informations persistent, malgré des actions gouvernementales sans doute insuffi santes.
Le credit crunch et le coût réel de fi nancement élevé des entreprises et des ménages qui en résulte réduisent la demande fi nale. En conséquence, l’output gap devient fortement négatif et induit un processus de désinfl ation d’autant plus dangereux qu’il est mondial, dans le cas présent, et peut conduire à une dynamique de défl ation. À partir de là, les taux directeurs de la Banque centrale ne pouvant descendre en dessous de zéro, la politique monétaire devient impuissante.
La politique budgétaire peut tenter de prendre le relais pour maîtriser la dynamique de la défl ation, mais avec un taux d’intérêt nominal proche de zéro et une infl ation négative, les taux d’intérêt réels restent élevés et continuent d’agir comme un frein à la reprise. Faute d’avoir pris des mesures structurelles d’envergure sur les marchés fi nanciers et des mesures de soutien temporaires et, elles-aussi, d’envergure, l’output gap reste négatif, le processus de défl ation se poursuit et la dette publique, alimentée par les défi cits destinés à soutenir la demande globale, prend une trajectoire explosive.
Il est encore trop tôt pour dire si nous sommes dans un tel scénario, mais manifestement tout est fait par les autorités politiques et monétaires américaines pour l’éviter.
Des réformes structurelles sont nécessaires et urgentes Sans vouloir entrer dans des débats qui se déroulent dans des commissions et forums appropriés, on peut imaginer que des questions se posent à propos des 4 phénomènes qui ont conduit à la crise. – Ne faudrait-il pas revenir à une politique monétaire plus conforme à celle qui a été menée avec succès durant la période dite de la grande modération des années 90 et dont la règle de Taylor est une bonne description (Great moderation par opposition à Great depression).
Ceci devrait limiter l’apparition de bulles. Les banques centrales doivent-elles prendre en compte l’apparition de bulles dans la défi nition de leur politique monétaire? Cette question reste l’objet de débat, mais du côté de la Federal Reserve l’opinion est en train d’évoluer dans ce sens (exemple: Donald Kohn, 2008). – La globalisation des marchés fi nanciers est en principe une bonne chose si les marchés sont correctement régulés.
Les États et banques centrales ne devraientils pas se préoccuper des déséquilibres des balances courantes dans la défi nition de leur politique macroéconomique? Les balances courante peuvent être, en effet, le miroir d’un déséquilibre «insoutenable» entre épargne et investissement, ou insoutenable en termes de compétitivité et de croissance potentielle. À ce sujet, les taux de change ne devraient-ils pas mieux refl éter les conditions fi nancières réelles des économies.
Une analyse systématique de cette soutenabilité, qui comporte des facteurs macro-économiques et structurels, ne devrait-elle pas être effectuée par l’OCDE (et le FMI)? Le G20 pourrait ainsi être en mesure de préconiser des politiques tant monétaires que budgétaire ou de taux de change. Néanmoins, un désendettement général de l’économie américaine n’impliquera-t-il pas nécessairement un ajustement à la baisse de la demande globale et, en particulier de la consommation, qui aura des effets importants sur la croissance mondiale? – Les innovations fi nancières sont, en principe, une bonne chose, lorsque ces innovations permettent de mieux gérer les risques à un niveau micro-économiques.
Le problème vient des risques systémiques que la dérégulation et les innovations rendent possibles. Afi n de limiter le risque systémique, faut-il revenir au Glass- Steagall Act (1933, repealed by the Gramm-Leach-Bliley Financial Services Modernization Act, 1999), comme le plaide Paul De Grauwe2? Plus généralement, ne faudrait-il pas revoir assez fondamentalement les accords Voir: Paul De Grauwe (Nov.
2008): «The banking Crisis: Causes, Consequences and Remedies», University of Leuven and CESifo.
de Bâle en ce qui concerne les pratiques bancaires de gestion du risque en particulier en ce qui concerne les banques de dépôts? Comment éviter que le cadre réglementaire en vigueur ne favorise le comportement procyclique des institutions fi nancières (exigences de fonds propres, normes comptables, systèmes de rémunération (voir Trichet, Décembre 2008))? Conclusion En conclusion, le Bureau du Plan suit la situation au jour le jour.
Il produira une nouvelle prévision macroéconomique fi n janvier 2009: un nouveau budget économique sur base duquel le gouvernement pourra élaborer son contrôle budgétaire. Comme indiqué, il apparaît clair aujourd’hui qu’une série de réformes sont nécessaires. Le Groupe de travail Lamfalusy se penche sur la question. Quoique nombre de réformes devront être organisées au plan international, l’une d’entre elles est dans les seules mains de ce Parlement et semble urgente: la constitution d’un cadre légal qui puisse fournir des règles préétablies aux interventions des pouvoirs publics dans le refi nancement (ou sauvetage) des établissements de crédits et des assurances.
C’est d’ailleurs une des recommandations de la récente mission du FMI en Belgique. 2. Organisations coupoles – UCM /UNIZO; – FWA / Boerenbond.
Exposé de M. Rudi Thomaes, président de la FEB M. Rudi Thomaes, président de la FEB, indique que la FEB est naturellement très attentive à la question de l’impact de la crise économique. Son exposé se concentrera sur quatre points: – les perspectives conjoncturelles pour 2009; – les mesures à prendre pour stabiliser la situation; – le problème des assurances - crédit; – les mesures structurelles à prendre.
Perspectives conjoncturelles pour 2009 La FEB est convaincue que l’on ne peut s’attendre à aucune amélioration de la situation économique avant la mi-2009. Les statistiques relatives au marché immobilier des États-Unis – qui a été l’une des causes de la crise actuelle – le confi rment. L’orateur prévoit une augmentation des tensions sur les marchés fi nanciers. Il impute cette dernière, d’une part, au fait que de nombreuses banques ont encore des produits toxiques dans leur portefeuille et, d’autre part, aux problèmes liés aux emprunts ordinaires.
Un grand nombre de nouvelles lignes de crédit devront être ouvertes dès lors que de nombreuses entreprises auront besoin de beaucoup de liquidités (Ce montant devrait atteindre environ 200 milliards de dollars US.). De plus, on observera également des turbulences dans le secteur du capital d’investissement (private equity) (fi nancement des entreprises par les banques ou à l’aide de capitaux privés).
En effet, les contrats concernés comportent des clauses qui prévoient que le prêt accordé doit être remboursé plus rapidement si le capital de l’entreprise concernée chute sous un seuil préétabli. Il faut s’attendre à ce que cela arrive d’une façon massive.
M. Thomaes indique que les pays d’Extrême-Orient, notamment l’Inde et la Chine, sont aujourd’hui également confrontés à une récession économique. On constate par ailleurs que certains pays prennent des mesures protectionnistes. L’orateur cite l’exemple de l’augmentation de 35% par rapport à 2007 des droits d’importation russes sur la viande. Dans le même temps, les droits d’importation sur le pétrole ont augmenté de 20% en Inde.
Des mesures protectionnistes sont également en vigueur en Argentine et au Brésil. L’orateur redoute par ailleurs le retour du principe «Buy American» pour les marchés publics aux États-Unis. Il
permettrait de favoriser les entreprises américaines par rapport aux entreprises étrangères lors de l’attribution de marchés de fourniture de biens et de services aux pouvoirs publics. Stabilisation de la situation M. Thomaes aborde ensuite les différentes mesures que le gouvernement pourrait prendre pour maîtriser et combattre la crise. Au préalable, il précise toutefois que les entreprises portent également une responsabilité en la matière.
En premier lieu, il souligne l’importance d’un système fi nancier stable. À cet effet, il faut maintenir la solvabilité et les liquidités des banques à un niveau élevé. Le gouvernement doit dès lors (continuer à) soutenir la capacité des institutions fi nancières, comme ce fut le cas pour Fortis et Dexia. En outre, il ne faut pas perdre de vue le fi nancement alternatif. Des crédits sont également octroyés par le biais d’obligations d’entreprises, de commercial papers etc.
Il faut veiller à ce que ce marché soit également sécurisé. Selon l’orateur, la Banque centrale européenne ou les banques nationales des États membres devraient envisager de devenir teneurs du marché dans ce cadre. Deuxièmement, les pouvoirs publics peuvent infl uencer favorablement les liquidités des entrepreneurs de diverses manières, notamment en payant leurs factures dans les délais, mais également en adaptant le système de préfi nancement de la TVA sur les produits importés (ce système n’existe pas, par exemple, au Grand-Duché de Luxembourg et a déjà entraîné la délocalisation d’entreprises d’import-export vers ce pays) et en instaurant un système équitable de compensation de la TVA due par l’entrepreneur au moyen des créances en souffrance à charge de l’État.
L’orateur pense également aux facilités en matière de paiement du précompte professionnel. Le problème des assurances-crédit M. Thomaes indique que les assurances-crédit constituent un élément important des transactions commerciales et qu’elles jouent un rôle fondamental dans l’obtention de crédits. Les entreprises d’assurances-crédit ont, à l’occasion de la crise, réalisé de nouvelles analyses qui rendent plus difficile l’obtention de crédits.
Certaines de ces entreprises ont toutefois été un peu vite en besogne lors de la réalisation de ces analyses.
Les autorités peuvent prendre des mesures de facilitation. L’orateur cite la France en exemple. Lorsque la limite de crédit de l’entreprise concernée a baissé de moitié, les autorités françaises interviennent, moyennant le paiement d’une prime, de manière à remonter la limite à 100%. L’orateur plaide également pour le maintien d’un Office du Ducroire national fort, car les assurancescrédit revêtent une importance exceptionnelle pour les exportations.
Il souligne également que Fortis dispose d’une cellule de fi nancement des exportations fi able et extrêmement compétente. Les entreprises belges ont tout intérêt à ce que cette cellule reste localisée à Bruxelles, indépendamment du sort de Fortis. Mesures structurelles à prendre Dans le contexte actuel, la tentation est grande de se concentrer exclusivement sur le problème de la relance. Il faut toutefois également élaborer des mesures structurelles.
C’est dans ce contexte que M. Thomaes s’interroge sur la croissance de 4 à 5% du budget des soins de santé. Il convient par ailleurs d’accroître l’efficacité des pouvoirs publics. Le précédent ministre de la Fonction publique et des Entreprises publiques a déjà consenti beaucoup d’efforts en ce sens et l’orateur demande que l’on poursuive sur la même voie. Il faut également pouvoir continuer à comprimer les coûts des entreprises et ne pas éluder le problème du vieillissement démographique.
Enfi n, M. Thomaes souligne une fois encore les responsabilités des entreprises. Celles-ci pourraient par exemple davantage se concentrer sur le développement durable. À cet égard, il indique que les autorités pourraient s’engager à investir le produit de la mise aux enchères des droits d’émission dans la promotion de certaines activités économiques.
ndigheden, uitzonderlijke isis voorbij nomische crisis op het bedrijfsleven mer van Volksvertegenwoordigers ptionnelles, mesures rès la crise onomique sur l’économie des représentants Exposé de M. Eric Vermeylen, président du Centre d’Etude de VOKA
Analyse de la crise eloppement d’une vision ? Développement d’une stratégie de vue du Voka rigines … s d’Américains, la première économie nnées au-dessus de leurs moyens. hinoises bon marché, payé les derniers prêtaient et réinvestissaient s Américains ont commencé à vaient en fait pas se permettre, ements tels que Fannie & Freddie, qui ues aux États-Unis … nciers ont développé de nouveaux de s’assurer contre le risque de voir ourser. Rien de mal en soi … mais autant …
igines … capable de se défendre? treet en 1987 fin des années 90 le est différente! et en profondeur, pas seulement ussi dans l’économie … sement de la population se fasse udgétaire, à partir de 2011 ? Développement d’une vision épenses de transformation du Voka al de l’ADN économique darité ces (incluant réforme de
rs publics et concertation sociale é de transformation nces publiques saines (attention au it spending) voirs publics efficaces : permettre avec moins marché des talents actif avec des itions de salaire et de travail modernes exceptionnellement Stabiliser le système financier Débloquer l’octroi de crédits Fournir des liquidités n concéder en matière de dépenses primer les dépenses publiques propres ure du changement a sonné (rompre les us) Pas de frais supplémentaires > entreprises Pas de taxes supplémentaires > citoyens AIP: récupération dérapage salarial
és et concertation sociale r t en tant qu’investisseur public s stratégique grâce à des cotissements R&D, CPP ncentive pour sauvegarder les nvestissements privés ance? Développement d’une ssement de la confiance texte d’orthodoxie budgétaire ts aux entreprises (PMV) vation du marché de l’emploi investissements publics et privés e et bancaire miques durables et investir dans la t , emploi et climat social favorable durable des finances publiques
ncieel-bancaire crisis rol van overheid die algemeen a euro was nodig financiering was nodig -kader was nodig an algemeen maatschappelijk belang sterking economische in leefmilieu koopkracht versterken eid
rise financière et bancaire e marché, l’État veillant à l’intérêt illiards d’euros était nécessaire cement interbancaire était nécessaire dans un cadre européen était de l’intérêt général de la société cement leviers économiques s l’environnement rises ouvoir d’achat durabilité
we maatregelen (mio euro) n BTW en BV, en gscontracten ack 443,5 1313,5 8,5 1079,5 uwe maatregelen (mio euro) n koopkracht onenden: 60% zinshoofden: zinnen mheid kruissnelheid) ost n (massa 500 M) 18,8 444,8 52,5 161,5 Totaal 1, 2 en 3: 2009,3 1357
ouvelles mesures eprises MI, TVA et PP, ntreprises urs rance-crédit ent des factures pouvoir s: 60% à 70%; 75%) té ménages esse de croisière) al de l'Energie ics (volume 500M) Total 1, 2 et 3:
uw maatregelen nderlijke maatregel warende maatregel voor werk ĺ hefboom E=ti² uisvader elijke werkloosheid: relevant? ant? efficiënter mits homogene mpetitiviteit bedrijven, werk en loonstijgingen ’ l taboe inflatie ĺ redelijk vermoeden van 5% brutoloonmassa in 2009 brutoloonmassa in 2010 en ploegenpremies, onderzoekers, ringen voorlopig onvoldoende
que mesure exceptionnelle essentielle de sauvegarde de l’emploi eurs ĺ levier E=ti² ent des factures = bon père de famille té et chômage temporaire : pertinent? struction : pertinent? plus efficaces si compétences ompétitivité, emploi et climat es salaires bruts res nets’ essionnel onĺ présomption raisonnable de % masse salariale brute en 2009 masse salariale brute en 2010 mes d’équipes et de nuit, chercheurs, ge provisoirement insuffisante
nbare financiën t in 2008 BP + 0,4% BBP 08) % BBP (sic!) met minder ringswet ctureel onvoldoende als
nances publiques os de déficit en 2008 % PIB + 0,4% PIB ’08) 2,5% PIB (sic!) vec moins ement ède nécessaire mais structurellement é
nsabilisering solidariteit egressiviteit werkloosheidsuitkeringen uid hervorming ontslagrecht? heidsstatuut? eregulering arbeidsrecht erste aanzet in IPA 2009-2010 meer verlonen o.b.v. competenties en staties org aar ĺ horizontale waardeketen in vorming? e pijler basispensioen. Aandacht tweede e overheid. ptimum Omvang overheid (% BBP) Overheidsuitgaven en economische ontwikkeling: de Armey-curve ringing ktwerking
nsabilisation de la solidarité égressivité allocations de chômage uid réforme du droit de licenciement? ut unique? érégulation marché du travail remière amorce dans API 2009-2010 émunérer davantage sur la base des pétences et des prestations ise mes d’une chaîne de valeur verticale é. Quid de la réforme de l’État? mier pilier pensions de base. uvoirs publics efficaces. rité n’est pas illimitée Part publique (% PIB) Dépenses publiques et développement économique : la courbe d’Armey onnement hé
ublics efficaces. La part publique u taux d’investissement privé ropre ue (en % PIB) Suède Belgique ublics efficaces. La situation de la r rapport aux pays voisins NL AU B F Fin DK S Niveau fiscal 2006 (en % PIB)
voirs publics efficaces s collectives: le: maximum Échéancier Entre 2011 et 2015 : el Fin 2011 à gée de l’UE: D’ici 2019 oursuite de la réforme de l’État dotations unautaire égions/Communautés els, sans transferts de la dette publique) caux au niveau régional mmunautés vation, soins de santé, allocations fédéral sur la base de besoins objectivés, e dans le cadre de la sécurité sociale et fédéral) en grande partie maintenus biais de la dette publique inchangé)
Exposé de l’UWE, par Monsieur Didier Paquot, Directeur du département Economie et Recherche et Développement L’impact de la crise économique sur les entreprises Le contexte Une crise économique de l’ampleur de celle que connaît actuellement l’économie mondiale ne tombe jamais bien. Mais elle survient à un très mauvais moment pour l’économie wallonne. En effet, depuis le Plan dit «Marshall», préparé par les différentes versions du contrat d’avenir, la Wallonie s’est dotée d’une politique économique cohérente et ambitieuse concentrée essentiellement sur trois axes: – politique industrielle via les pôles de compétitivité et les clusters – politique de soutien à la recherche et à l’innovation – politique de dynamisation du marché du travail.
Ces différentes politiques ont reçu un large et actif soutien des entreprises. Les politiques mises en place par le plan Marshall sont des politiques de moyen terme, qui prennent du temps avant de produire des effets notables, sans doute près de 10 ans. Ces politiques doivent donc être maintenues, voire amplifi ées, quelque soient les circonstances conjoncturelles. Mais il est évident qu’elles sont bien plus difficiles à mettre en œuvre dans un contexte de récession: arbitrages budgétaires plus délicats, difficultés pour les entreprises de consacrer des moyens pour des politiques de moyen terme (R&D, prospections, réseautages), difficultés de mettre en place une politique active de l’emploi dans un contexte de montée du chômage.
Or si le cap n’est pas maintenu dans les prochaines années, les efforts fournis lors des dernières années auront été vains: ce serait un retour à la case départ.
Impact de la récession sur les entreprises wallonnes Les entreprises wallonnes sont donc confrontées à un double défi : 1. Elles doivent d’abord affronter l’actuelle récession économique et en sortir dans le meilleur état possible. – Les entreprises wallonnes vont souffrir des mêmes problèmes que l’ensemble des entreprises européennes, voire mondiales: resserrement du crédit, diminution de leurs ventes, difficultés de liquidité voire de solvabilité, le tout entraînant une baisse de l’investissement et la nécessité pour beaucoup d’entre elles de réduire l’emploi. – Il n’existe pas, à notre connaissance, d’études détaillées qui suggèreraient que l’impact de la récession sur les entreprises wallonnes seraient différents dans son ampleur de celui des autres régions du pays.
2. Les entreprises wallonnes devront en outre s’efforcer de maintenir des initiatives plus structurelles de moyen terme à travers les projets (R&D, formation, investissement) pôles de compétitivité ou les clusters, ou encore via des projets R&D et d’innovation autonomes. – C’est en effet les dépenses de R&D, de formation, d’investissement, de «politiques extérieures» (dont la mise en réseau), qui sont parmi les premières visées quand il s’agit de réduire les coûts dans une entreprise. – Il y a donc un risque que les entreprises freinent la progression des pôles de compétitivité ou des clusters, qui avaient pourtant témoigné d’une dynamique extrêmement prometteuse au cours des dernières années.
Dès lors, en sus d’importants dommages conjoncturels directs de la récession (réduction d’activité, réduction d’emplois), le tissu des entreprises wallonnes pourrait voir son rattrapage structurel menacé et dès lors être insuffisamment préparé à la reprise qui arrivera tôt ou tard. L’enjeu pour les pouvoirs publics wallons Les pouvoirs publics wallons doivent donc jouer, eux aussi, sur deux fronts: 1. prendre les mesures possibles pour amortir les effets de la récession; 2. mais surtout maintenir, voire amplifi er, les politiques menées dans le cadre du plan Marshall pour préparer au mieux l’économie wallonne à la prochaine phase d’expansion économique.
Pour ce qui concerne les mesures contra-cycliques, la région dispose d’outils et de moyens limités. Les mesures prises pour, à travers les outils fi nanciers régionaux, améliorer la liquidité des entreprises, sont les bienvenues. Sur les plans de relance par les infrastructures, il faut être plus prudent. La mesure la plus utile que la région pourrait prendre c’est d’honorer, voire d’accélérer, le paiement de ses factures dues aux entreprises.
Par contre, le gouvernement a beaucoup plus de marges de manœuvre pour consolider les politiques initiées à l’occasion du plan Marshall: pôles de compétitivité, soutien à la R&D, soutien à la formation et amélioration du marché de l’emploi. Cette orientation nécessitera un certain courage politique notamment à l’occasion des arbitrages budgétaires. Mais aussi parce que les résultats d’une telle politique ne sont pas immédiats.
La tentation sera dés lors forte de prendre des mesures dont les effets sont vite apparents mais qui ne renforcent pas le potentiel de croissance de l’économie wallonne. Conclusions Comme toutes les entreprises du pays et du continent, les entreprises wallonnes vont souffrir lors des prochains trimestres. Des faillites, des fermetures d’installation, des réductions d’emploi sont sans doute inéluctables.
Mais il serait vraiment catastrophique que la récession actuelle brise le nouvel élan dont les entreprises wallonnes ont témoigné lors des dernières années, et qui prépare un renouveau industriel en Wallonie. C’est là l’enjeu décisif pour la Wallonie et son redressement. Exposé de Mme Clarisse RAMAKERS, conseiller juridique (UCM) 1. Introduction Les chiffres annoncés dans la presse le démontrent de manière constante ces derniers temps, la crise fi nancière a maintenant un impact sur l’économique réelle en Belgique: augmentation du nombre de faillites, diminution de la croissance… L’UCM a souhaité, lors de cette intervention, faire un focus sur 2 secteurs en particuliers: le secteur du commerce géré par les indépendants et le secteur Horeca.
2. Le secteur du commerce géré par les indépendants A. Le contexte socio-économique L’UCM a souhaité étudier l’impact de la crise sur 3 secteurs qui ont un poids important dans le commerce et particulièrement concernant la gestion par des indépendants: l’habillement, la chaussure et la maroquinerie et l’électroménager (13,8% du CA du commerce). En termes d’emplois, le commerce représente le deuxième secteur le plus porteur, juste derrière le secteur de l’industrie.
Il s’agit de 14,3% du volume d’emplois global au niveau belge. Un emploi sur 7 en Belgique est lié au commerce. Par ailleurs, selon le nombre d’emplois par entreprise, on constate une certaine stabilité sauf en ce qui concerne les entreprises qui n’ont pas d’ETP. Dans le cadre de l’étude des faillites du secteur, on constate que le nombre de faillites n’est pas à son plus haut niveau en matière de commerce.
Toutefois, le secteur du commerce est celui dans lequel le pourcentage de faillites est le plus élevé puisqu’il représente plus de 27% du nombre de faillites.
B. Impact de la crise L’impact de la crise dans le cadre du commerce de détail indépendant a été examiné sur 3 aspects: au niveau de l’activité, au niveau du comportement de la clientèle et au niveau des fournisseurs. • En termes d’activité 73% des commerçants déclarent subir un effet de la crise, dont 38% estiment que cet impact est fort. Parmi les commerçants qui déclarent subir un effet de la crise, 70% voient leur marge bénéfi ciaire diminuer (28% estiment que la baisse de la marge bénéfi ciaire est de + de 20%; 42% estiment que la baisse de la marge bénéfi ciaire se situe entre 10 et 20%).
De manière plus locale, c’est à Liège que l’impact sur la marge bénéfi ciaire se fait de la manière la plus importante (35% des commerçants estiment que leur marge bénéfi ciaire est fortement impactée en raison de la crise; 37% des commerces où le gérant ne dispose pas de personnel se sentent également fortement impactés par la crise.
Sur le comportement de la clientèle 84% des commerçants estiment que la fréquentation dans leur magasin diminue. Pour 38%, elle diminue même fortement. Cette donnée revêt une importance certaine pour les commerçants. En effet, il est impossible de proposer une stratégie de vente à partie du moment où les consommateurs sont absents des magasins. Dans le même cadre, 91% des commerçants estiment que leur clientèle a modifi é son comportement: – 60% des commerçants estiment que leurs clients dépensent moins d’argent en choisissant notamment des produits moins chers; – 65% des commerçants estiment que leurs clients se limitent en achetant moins d’articles (surtout dans le secteur de l’habillement – constat de l’ordre de 74%), – 25% des commerçants remarquent un des comportements suivants: baisse de fréquentation, de fi délité, hésitations, comparaisons, clients plus agressifs, plus mécontents, n’achètent que le nécessaire, reportent les achats, plus de vols et d’agressions, souhait d’acheter des modèles d’exposition=> moins chers) C’est donc la modifi cation du comportement d’achat de la clientèle qui est le plus parlant pour les commerçants (44% des commerçants qui subissent d’impact de la crise estiment qu’il est fortement modifi é), vient ensuite le taux de fréquentation (38% des commerçants qui subissent l’impact de la crise estiment qu’il est fortement modifi é) et enfi n, la marge bénéfi ciaire (28% des commerçants qui subissent l’impact de la crise estiment qu’elle est fortement modifi ée) C.
Perspectives dans le contexte de crise • En termes de commandes Ce sont les secteurs de l’habillement et de la chaussure qui ont anticipé de la manière la plus importante les effets de la crise. En effet, seules 49% des commandes d’été ont été diminuées (certainement parce que la majorité d’entre elles sont passées avant ou pendant les prémices de la crise). Par contre, 75% des commandes d’hiver 2009 ont été revues à la baisse.
Pour le secteur de l’électroménager, la grande partie des commandes sont mensuelles et donc l’ajustement à la baisse de la demande se fait progressivement.
• En termes de comportement de la part des fournisseurs – 42% des commerçants ont perçu un changement de comportement de la part des fournisseurs: – 33% constatent que les fournisseurs imposent des délais de paiement + courts, – 52% remarquent des difficultés d’approvisionnement, – 37% doivent faire face à des cessations d’activité de certains fournisseurs. 3. Le secteur Horeca A. Point de vue général du secteur Depuis le début de la crise, la moyenne de la baisse du chiffre d’affaires dans le secteur Horeca se situe entre 10 et 15%. Cette situation ne résulte pas tant de la baisse de fréquentation des établissements mais plutôt de la diminution des budgets que les consommateurs consacrent pour leurs sorties.
Il y a donc à la fois un problème de «glissement» de la clientèle, entre les différents types d’établissement Horeca (segmentation) et une obligation de «revoir» la carte de l’établissement (produits/prix). Vu l’aspect saisonnier des activités du secteur Horeca, celui-ci compte généralement sur la période des fêtes pour compenser une saison touristique moyenne. Mais la soudaineté de la crise boursière et de la crise économique n’a pas permis cette compensation.
Au terme de 2008, beaucoup d’établissements ont épuisé leurs réserves fi nancières et éprouvent des difficultés de trésorerie. Ceci n’augure pas de bons jours, tout d’abord pour l’emploi dans le secteur et ensuite pour la viabilité des entreprises.
B. Perspectives pour les mois à venir Les perspectives pour les 3 prochains mois dans le secteur Horeca sont les suivantes: • une tendance générale à la diminution voir à la stagnation de l’activité dans les hôtels et motels avec ou sans restaurant ainsi que dans les restaurants; une stagnation voir une diminution de l’activité dans les fastfood, snackbars, cafés et discothèques; • en termes d’emplois, ces modifi cations de l’activité se traduisent par une stagnation voir une diminution du nombre d’emplois dans les secteurs concernés; • quant aux perspectives de la demande générale du marché, la tendance va vers une générale diminution, voir une stagnation.
4. Recommandations L’UCM plaide pour une mise en œuvre rapide des plans d’actions tant régionaux que fédéraux. Elle plaide également sur la mise en place effective d’une souplesse dans le chef de l’ONSS et de l’INASTI quant au traitement des demandes de délais de paiement… Elle rappelle que 89% des entreprises sont des entreprises de moins de 20 travailleurs qui sont directement touchés par la crise.
Dès lors, il convient de prévoir que les réglementations sur le travail soient adaptées en termes de fl exibilité aux réalités du marché. Impact de la crise économique sur les entreprises, par Gilles Vandorpe, service Étude UNIZO 1. Baromètre PME de l’UNIZO (4e trimestre 2008) Le baromètre PME de l’UNIZO est composé trimestriellement sur la base d’une enquête réalisée auprès de 700 PME représentatives de l’ensemble de la population des PME en Flandre.
Le baromètre PME est composé de différents indicateurs partiels. Le baromètre PME général de la Flandre est calculé à l’aide de ces différents indicateurs partiels. Les valeurs supérieures à l’indice 100 indiquent une conjoncture évoluant positivement et les valeurs inférieures à l’indice 100 indiquent une conjoncture évoluant négativement. Après avoir fl irté avec la barre des 100 points pendant deux trimestres consécutifs, le baromètre de conjoncture des PME est passé résolument sous la barre des 100 points pendant le quatrième trimestre 2008, signe d’une contraction de l’économie des PME.
Plus de la moitié (54,5%) des PME fl amandes déclarent ressentir dans une mesure plus ou moins grande la crise fi nancière et ses effets sur l’économie réelle. Aujourd’hui, le baromètre PME se trouve ainsi au niveau le plus bas depuis mars 1997.
Évolution du baromètre PME 1994-2008 Plus de la moitié des PME établies en Flandre indiquent ressentir plus ou moins fort la crise du crédit et ses conséquences sur l’économie réelle. Parmi les chefs d’entreprise qui disent ressentir la crise, 7 sur 10 font état d’une baisse du chiffre d’affaires. Plus de la moitié des chefs d’entreprise font mention d’une détérioration générale des paramètres fi nanciers de l’entreprise (liquidités, solvabilité, rentabilité, …).
Par suite du malaise économique, 43% des PME constatent une augmentation du nombre de mauvais payeurs et 14% indiquent éprouver elles-mêmes des difficultés à respecter les délais de paiement de factures. O-Barometer ei 01 dec 01 jun 02 dec 02 mei 03 dec 03 jun 04 dec 04 jun 05 nov 05 jun 06 dec 06 jun 07 dec 07 jun 08 dec 08 Voortschrijdend gemiddelde romètre PME Moyenne progressive de economische situatie? 14% 12% 11% 10% diet moeilijk om zelf tijdig te betalen moeilijk krediet bij bank meer waarborgen voor lopend krediet moeilijker nieuw on de la situation économique? ment Difficultés à respecter délais de paiement Difficultés à obtenir crédit bancaire Augmentation des garanties pour crédit en cours accrues à obtenir nouveau crédit
Parmi les entreprises qui disent ressentir l’impact de l’évolution négative de la conjoncture, 27% disent ne pas recruter de nouveaux membres du personnel, même si cela était initialement prévu, et 12% affirment même qu’elles devront licencier du personnel par suite de la crise. Près de la moitié des chefs d’entreprise annoncent une baisse des activités afi n de réduire les coûts au maximum. Un chef d’entreprise sur trois renonce aux investissements prévus et 12% des PME doivent rechercher des moyens fi nanciers supplémentaires pour pouvoir maintenir l’activité. ne gevolgen crisis? 27% ande aanwervingen schrappen werknemers afdanken voorzien in bijkomende financiële middelen internes de la crise? Suppression de rutements prévus Licenciements de travailleurs Recherche de moyens financiers supplémentaires
2. Évolution du nombre d’entreprises débutantes Le nombre d’entreprises débutantes est passé de 70 066 en 2007 à 60 056 en 2008. Cela représente une baisse de 14,30%, ainsi qu’il ressort des chiffres recueillis par le service Starters d’UNIZO. Il s’agit cependant d’un chiffre global incluant à la fois les starters à titre principal et les starters à titre accessoire. La baisse est la plus importante pour les entreprises unipersonnelles.
Il ressort des estimations que 2/3 débutent à titre principal, contre 1/3 à titre accessoire. En dépit d’une forte baisse, le secteur de la construction enregistre toujours le plus grand nombre d’entreprises débutantes. Ventilée par province fl amande, la baisse varie de –12,26% au Limbourg à –16,01% en Brabant fl amand. La baisse du nombre d’entreprises débutantes s’avère cependant être la plus forte dans la Région de Bruxelles-Capitale (-23,22%).
Le service Starters attribue cette baisse à diverses raisons. Il s’avère que la baisse n’a été réellement marquée qu’à partir du deuxième semestre de l’année, au moment où la crise fi nancière a éclaté dans toute son intensité. L’UNIZO considère que c’est là une des causes. Compte tenu des perspectives incertaines, il s’avère que les candidats débutants hésitent à franchir le pas et à se lancer dans une vie plus risquée de chef d’entreprise.
Ce n’est qu’à partir du mois de juillet que le nombre d’entreprises débutantes a chuté. Auparavant, leur nombre a baissé de 8,80% au premier semestre. D’octobre à la fi n de l’année, au fort de la crise bancaire, la baisse a atteint pas moins de 22,75%. Les secteurs qui enregistrent encore le plus grand d’entreprises débutantes sont toujours ceux de la construction, du commerce de détail, des services fournis aux entreprises, de l’horeca et du commerce de gros.
La très forte augmentation du nombre de banquiers et d’assureurs indépendants, la croissance s’élevant à 200% au cours des quatre dernières années, a été interrompue, faisant place à une baisse, en particulier au cours des deux derniers mois. Le nombre d’entreprises unipersonnelles débutantes a reculé de 9 664 unités. En revanche, le nombre de sociétés débutantes n’a enregistré qu’un léger repli. L’UNIZO estime qu’il y a un lien direct entre la crise bancaire aiguë suivie d’une crise économique et l’incertitude qui en a découlé et la baisse du nombre d’entreprises débutantes.
L’organisation représentative des entreprises insiste sur la nécessité, pour l’avenir de notre économie, de disposer d’entreprises débutantes viables suffisamment nombreuses, mais surtout saines.
3. Évolution du nombre de faillites (source: Graydon) Sur l’ensemble de l’année 2008, quelque 8512 entreprises ont été déclarées en faillite, ce qui correspond à une hausse de 10% par rapport à l’an dernier et la plus forte jamais enregistrée. Du même coup, le précédent record de 2004 de +6,5% est battu. En 2008, un entrepreneur sur 102 s’est vu contraint de déposer le bilan, contre «seulement» un sur 108 en 2007.
On constate clairement une augmentation du nombre de faillites dans les trois régions. La Région fl amande est la seule où le record absolu n’a pas été battu. Les divergences régionales restent néanmoins considérables: en Flandre, une entreprise sur 147 entreprises actives a dû déposer le bilan, contre une sur 113 en Wallonie et une sur 67 à Bruxelles. Par rapport à 2007, les faillites ne concernent plus les plus grosses entreprises, puisque la vague de faillites touche plus que jamais les petites et moyennes entreprises.
Et pourtant, 20 187 emplois ont été mis en péril, conséquence directe de la faillite de l’employeur. Pourcentage de répartition du nombre d’emplois perdus en Belgique suite à une faillite selon la catégorie de personnel occupé Les graves problèmes de liquidités dus à la mauvaise rentrée des paiements restent la première cause de faillite. Les entreprises belges constatent clairement une détérioration au niveau des paiements de leurs factures: depuis juillet 2008 surtout, la morale en matière de paiement a été fortement mise à mal.
Les pouvoirs publics (pour l’instant du moins) persistent et signent eux aussi. Le chiffre record enregistré ces dernières années en ce qui concerne les nouvelles constitutions de sociétés, avec un grand nombre d’entreprises aux reins peu solides, explique en grande partie le taux élevé de faillites. La part des jeunes entreprises dans le nombre total des faillites augmente de mois en mois. Avec la problématique du pouvoir d’achat de septembre 2007, les chiffres 0,0% 18,4% 22,2% 17,7% 18,1% 21,6% 26,7% 24,7% 26,6% 29,0% 13,8% 14,8% 12,5% 14,0% 11,9% 13,3% 14,3% 14,1% 15,4% 15,5% 13,5% 15,0% 17,5% 20,4% 21,8% 19,5% 20,9% 20,3% 18,0% 16,1% 63,8% 72,3% 67,5% 65,5% 70,5% 73,0% 70,4% 72,8% 73,8% 11,2% 6,5% 9,6% 8,9% 7,4% 5,3% 7,8% 7,7% 2,9% 4,1% 7,1% 5,2% 3,5% 4,2% 3,6% 5,0% 17,3% 18,3% 13,6% 14,6% 18,2% 13,4% 100%
se sont aggravés et subiront également les effets de la crise actuelle des subprimes. Parallèlement aux faillites proprement dites, le nombre de jeunes entreprises qui ont cessé leurs activités peu de temps après leur création est également considérable.
4. PME
et financement On ne dispose pas (encore) de chiffres officiels qui indiquent que les crédits octroyés aux PME sont en diminution et il n’y a pas non plus de raison de parler d’un véritable «credit crunch». Il n’en demeure pas moins que les PME éprouvent davantage de difficultés à obtenir un crédit. C’est ce que révèlent tant les enquêtes réalisées auprès des banques que celles réalisées auprès des PME: Auprès des banques La source est la Bank Lending Survey, une enquête effectuée trimestriellement auprès des banques par les banques nationales européennes. Les résultats relatifs au troisième trimestre sont disponibles depuis début décembre. En substance, les banques actives en Belgique reconnaissent elles-mêmes: √ que les critères d’octroi de prêts aux entreprises ont été sensiblement renforcés au troisième trimestre et que cette tendance devrait se confi rmer au quatrième trimestre; √ que, chez certaines d’entre elles, les événements ont eu une incidence sur leurs coûts et sur leur disposition à accorder des prêts au cours des trois derniers mois. Auprès des PME Kefik a lancé, en novembre 2008, un baromètre mensuel du fi nancement auprès de 600 PME occupant dix travailleurs au plus. Les résultats de décembre confi rment et confortent ceux du premier baromètre, à savoir: √ une augmentation du coût d’un crédit, √ un accroissement des garanties et √ la demande d’informations supplémentaires avant l’octroi d’un crédit. Il ressort de l’enquête annuelle de Kefi k (présentée début décembre) que le nombre d’entrepreneurs éprouvant des difficultés à obtenir un fi nancement bancaire est passé de 8,9% en juillet à 10,7% en novembre 2008. L’enquête annuelle de Kefi k fait d’ailleurs apparaître que la connaissance des instruments pertinents
proposés par les pouvoirs publics est très limitée. Si plus de 60% des entrepreneurs fl amands connaissent, par exemple, la déduction des intérêts notionnels, les instruments spécifi ques visant à soutenir le fi nancement bancaire ne sont guère connus: √ Fonds de participation 10% √ Garantie de l’état 4%.
Un problème de fi nancement encore insuffisamment évoqué est celui de l’assurance-crédit. Depuis la crise fi nancière, les assureurs-crédit ont adopté une politique nettement plus stricte. De nombreuses limites de crédit ont ainsi été révoquées en tout ou en partie. Ce changement de politique entraîne une réaction en chaîne et accentue vivement le problème du fi nancement dans les PME. Exposés dela Fédération wallone de l’Agriculture et du Boerenbond Exposé de la Fédération wallonne de l’Agriculture, par monsieur Jean-Pierre Champagne, Secrétaire général I. — INTRODUCTION L’agriculture, et ce au travers de la Politique Agricole Commune (PAC), est l’un des principaux piliers de la construction européenne.
Il y a un peu plus de 50 ans, le Traité de Rome, assignait à la PAC la mission de développer l’intensifi cation de l’agriculture et d’assurer la souveraineté alimentaire du peuple européen. Cette politique agricole commune avait pour objectif d’offrir aux consommateurs des produits de qualité en suffisance et à des prix abordables. De même, elle se devait d’assurer un revenu décent aux agriculteurs de l’espace européen.
Durant près de trois décennies, la PAC s’est appuyée sur une politique de soutien des marchés, assurant des prix minimum garantis aux agriculteurs. Victime de son succès, la PAC a dû gérer de excédents agricoles début des années 80, ce qui fut fait par la mise en place d’une politique de quotas permettant efficacement de maîtriser l’offre. Durant les années 90, l’attente de la société européenne ayant évolué, l’agriculture a dû répondre aux préoccupations nouvelles en matière d’environnement, d’aménagement du territoire, de bien-être animal ou de qualité sanitaire des produits.
Différentes réformes vont conduire à la mise en place de la conditionnalité où les agriculteurs se voient octroyés des Droits au Payement Unique (DPU), forme d’aide directe, en contrepartie des
nouvelles contraintes auxquelles sont soumis les agriculteurs. Progressivement la PAC est passée d’une politique de soutien des marchés à une politique de soutien des revenus… sous certaines conditions. Parallèlement, les négociations à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ont amené la Commission européenne à démanteler les différents outils de gestion de marché qui garantissaient pourtant à nos agriculteurs un niveau et une stabilité de prix désormais ramenés vers le niveau planché du marché mondial.
Aujourd’hui, l’agriculture européenne, soumise à des exigences en matière de mode de production nul part ailleurs rencontrées sur le globe, est confrontée à un marché mondial sans quasi plus aucun outil de gestion de marché. Cela a pour conséquence d’engendrer une volatilité extrême du prix des denrées agricoles et par là une très grande insécurité pour les paysans européens, mais également pour les consommateurs.
Dans un tel contexte, la crise économique mondiale que nous connaissons ne fait qu’amplifi er douloureusement la dégradation du revenu, l’incertitude et la morosité qui se sont installées dans le secteur agricole européen. II. — ORIGINE DE LA CRISE AGRICOLE Comme évoqué dans l’introduction, le démantèlement des outils de gestion et du soutien des marchés agricoles européens voulu par la Commission européenne ces dernières années, est à l’origine d’une fragilisation de l’économie agricole européenne.
Depuis le début du millénaire, nous assistons à une tendance à la baisse du prix des produits agricoles qui tendent à s’aligner sur un prix mondial souvent très artifi ciel. En effet, il faut savoir que les échanges agricoles mondiaux ne représentent que quelques pour cents (4 à 5%) de la production agricole mondiale. Parallèlement, nous assistons à une accentuation de la volatilité des prix. La fl ambée de certaines denrées alimentaires que nous avons connue fi n 2007 et début 2008 est là pour en témoigner.
Toutefois, il convient de tempérer la portée de ces hausses de prix. En effet, si le cours des céréales a connu une fl ambée spectaculaire suite à la récolte de 2007, ceci est dû en partie à des causes conjoncturelles (stocks au plus bas, mauvaises récoltes dans certaines régions du monde) et potentiellement structurelles (consommations envisagée des pays émergents, valorisation énergétique et spéculation en réaction à la crise bancaire).
Quoi qu’il en soit, la fl ambée a été de courte durée et les cours
sont aujourd’hui revenu à un niveau qu’ils occupaient au début des années 90. Le lait a également connu une embellie durant le second semestre de 2007, mais le prix payé aux producteurs n’a cessé de se dégrader durant l’année 2008, passant de près de 40 centimes au litre à seulement un peu plus de 20 centimes aujourd’hui. Ces deux exemples illustrent bien la volatilité des prix des matières premières agricoles.
Ces fl uctuations sont aussi spectaculaires par leur amplitude que par leur rapidité et constituent une entrave bien réelle au développement de l’activité agricole dont les investissements le plus souvent conséquents s’envisagent sur le moyen et le long terme. En ce qui concerne la viande bovine, les prix payés aux producteurs n’ont cessé de se dégrader lentement mais sûrement depuis 2003. À cette conjoncture de prix bas, est venu se combiner une hausse signifi cative du prix des intrants qui infl uent directement sur les charges de production.
En production végétale, le coût des intrants a fl ambé, grevant d’autant les bénéfi ces escomptés, alors que la rechute des prix des céréales tarde à traduire ses effets sur le coût des aliments destinés à la production animale. Aujourd’hui, l’ensemble des spéculations sont touchées et il n’y a pas une production pour compenser une autre. La conjoncture actuelle, avec une baisse du pouvoir d’achat et une morosité ambiante dans le chef des consommateurs qui concerne l’ensemble de l’économie mondiale ne laissent rien présager d’encourageant.
L’obstination de la Commission européenne de poursuivre dans une voie ultralibérale et de dérégulation totale des marchés est inquiétante. Tout ceci se traduit au niveau agricole par une baisse des revenus, une frilosité à l’investissement et à la reprise des exploitations et donc une diminution de la population active agricole. III. — MANIFESTATION DE LA CRISE La crise se manifeste par un accroissement de l’endettement des entreprises avec une augmentation importante du fi nancement à court terme.
Tentant de ne pas décapitaliser leur entreprise, les agriculteurs sont confrontés à de graves problèmes de trésorerie qui entraînent une hausse de l’endettement vis-à-vis des fournisseurs (marchands d’aliments, de produits phyto, vétérinaires…).
En aval de la production, les acheteurs de matières premières agricoles, également soumis à la crise, allongent leurs délais de paiement, fragilisant d’autant les exploitations agricoles. Evoluant dans un contexte très concurrentiel, les distributeurs ont tendance à exercer une pression de plus en plus forte sur les fi lières de production et in fi ne, toute la pression de la fi lière repose sur les producteurs de matières premières qui n’ont pas la faculté de fi xer le prix de vente de leurs produits.
En réaction, l’économie contractuelle se développe, mais dans des termes de contrat qui ne sont pas toujours très clairs ni harmonisés et qui dans certains cas peuvent s’avérer léonins. La crise qui frappe l’ensemble des acteurs des fi lières agroalimentaires conduit certains maillons à des restructurations. Citons à titre d’exemple le cas de certaines laiteries qui par soucis de rationalité, renoncent à venir récolter le lait dans certaines fermes.
Dans ce contexte, les exploitations laitières sont affaiblies pour négocier des conditions de livraison auprès d’un autre récolteur. IV. — PROPOSITIONS La première proposition formulée par la Fédération Wallonne de l’ Agriculture, est l’observation continue, sous le contrôle des pouvoirs publics, des prix et des marges dans les fi lières alimentaires. Ceci implique que chaque maillon des fi lières communique ses prix d’achat comme ses prix de vente.
Le principe de la mise en place d’un observatoire des prix est politiquement acquis, mais sa concrétisation tarde à venir. Un observatoire des prix opérationnel nous avait pourtant été promis pour la mioctobre 2008. Pour améliorer la rentabilité d’un produit, deux axes doivent être envisagés: la maîtrise des charges de productions et la gestion de l’offre. Nous avons déjà évoqué la difficulté pour les producteurs d’infl uer sur ce deuxième axe compte tenu de la réalité de notre économie agricole.
Une réduction des coûts de production peut être obtenue par un allègement des charges liées à la politique de sécurité alimentaire sans affaiblir l’efficacité de cette dernière. Des initiatives en ce sens ont déjà été prises par la ministre Fédérale de l’ Agriculture et doivent être poursuivies. Ce type de mesure présente l’intérêt d’avoir un impact direct sur l’économie des entreprises agricoles, à l’inverse d’autres initiatives telles que la
promotion des produits qui, tout en étant utile, ont un impact indirect, peu mesurable et non concrètement perçu par les exploitants agricoles. Comme le suggère la Commission Européenne au travers du second pilier, il convient de développer des outils collectifs de garantie. Nous pensons en particulier au fonds de la santé animale ou à des fonds d’indemnisation en cas d’aléas climatiques. Il s’agit de mesures préventives qui, le cas échéant, soutiendront les exploitations agricoles et assureront leur pérennité, mais qui n’apportent pas de réponse immédiate à la crise actuelle.
La Politique Agricole Commune ayant pris conscience et encouragé la fonction environnementale de l’agriculture, il convient de consolider le fi nancement de cette fi nalité. Outre les surcharges administratives qu’elles impliquent, les mesures agro-environnementales font trop souvent l’objet de rémunération dans des délais trop longs. La fonction environnementale, au sens large du terme, de l’agriculture doit être considérée au même titre que sa fi nalité nourricière.
Ceci étant, pour la Fédération Wallonne de L’Agriculture, la manière la plus appropriée d’assurer un avenir à l’agriculture européenne, est de soutenir les mécanismes de marché et en particulier ceux qui concernent la gestion de l’offre, notamment par le maintien des quotas Parallèlement, il convient de consolider la stratégie européenne pour renforcer, de manière équitable, la place de l’activité agricole européenne sur le marché mondial.
V. — CONCLUSIONS Principal pilier de sa construction, il était et reste légitime que l’Europe consacre une part signifi cative de son budget à son agriculture au travers de la Politique Agricole Commune. Force est de constater que si l’agriculture a consommé près de 70% du budget européen, elle n’en mobilise aujourd’hui plus que 40% environ, avec des missions et des contraintes qui se sont amplifi ées.
Alors qu’elle a dû gérer des excédents dans les années 80, l’agriculture européenne n’assume plus la souveraineté alimentaire des Européens pour certaines productions. Ceci a de quoi interpeller sur le plan géostratégique, surtout si l’on considère en parallèle la position de l’Europe sur l’échiquier mondial en matière de ressources énergétiques notamment. La fl ambée des prix de certains biens de première consommation que nous avons connue il y un an, a rappelé à l’ensemble des consommateurs la fi nalité première de l’agriculture, à savoir sa fonction nourricière.
Il est clair que les consommateurs comme les agriculteurs ont besoin de la plus grande stabilité possible des prix. Ceci ne peut être obtenu qu’au travers d’une Politique Agricole Commune soutenue, consolidée et s’appuyant sur des outils de gestion des marchés efficaces. L’ultralibéralisme prôné par la Commission Européenne et le démantèlement des outils de gestion auquel on assiste ces derniers temps, constituent un réel danger pour l’avenir du modèle agricole européen.
Si l’on poursuit dans ce sens, les entreprises agricoles vont se fragiliser et seront d’autant moins bien armées pour résister aux crises économiques telles que celles que nous connaissons pour l’instant. Exposé du Boerenbond, par M. Piet Vanthemsche, président Nous souhaitons attirer votre attention sur les conséquences de la crise fi nancière et économique pour le secteur de l’agriculture et de l’horticulture.
Sur la base d’une analyse interne des évolutions du marché, le Boerenbond propose 5 points d’actions prioritaires que les autorités devraient adopter pour atténuer les conséquences de la crise fi nancière et économique pour le secteur de l’agriculture et de l’horticulture. Différentes mesures sont déjà présentes dans le plan de relance économique adopté pour 2009, mais demandent, selon nous, une meilleure concrétisation ou une action remédiatrice plus directe.
D’autres mesures représentant un soutien important pour le secteur peuvent encore être élaborées en dehors de ce cadre. Capital pour investissements et garanties d’exportation En raison de la crise fi nancière, le capital est moins facilement disponible. Les ouvertures de crédit à court terme deviennent plus chères et plus difficiles d’accès. Or, elles sont non seulement essentielles pour
l’exportation, où des garanties d’exportation sont indispensables pour conclure un marché, mais aussi pour les investissements. Les dossiers d’investissements sont évalués de manière plus critique, et il devient dès lors plus difficile pour les entreprises existantes de réaliser les grands investissements nécessaires pour se préparer aux futures conditions du marché. Ces entreprises sont actuellement viables et peuvent le rester à l’avenir, à condition du moins que leurs projets d’investissements puissent se réaliser.
Si elles les reportent ou les abandonnent, leurs perspectives d’avenir seront menacées. Mais les starters ont eux aussi besoin de capital accessible en suffisance afi n de reprendre et de développer une entreprise tournée vers l’avenir. L’amélioration du suivi et du monitoring de l’octroi de crédit proposé dans le plan de relance économique est une mesure utile mais pas assez curative. Il en va de même pour la création proposée d’un service de médiation.
Nous estimons qu’en cas de trop grande réticence du secteur fi nancier, les autorités doivent aussi jouer un rôle dans la garantie des crédits d’investissement. Les autorités doivent assurer les garanties d’exportation nécessaires. Le renforcement des instruments de fi nancement via le Ducroire et Finexpo proposé dans le plan de relance économique est une mesure positive, tout comme l’augmentation de la notoriété et de l’accessibilité de ces instruments.
Nous demandons avec insistance qu’une attention spécifi que soit consacrée, à cet égard, à la garantie de l’exportation de l’industrie agro-alimentaire. Un réseau d’appui commercial L’agriculture et l’horticulture fl amandes fournissent des produits de grande qualité. Dans un marché sensible à l’évolution des prix, ces produits peuvent être évincés par une stratégie de vente agressive de bas prix menée par d’autres exportateurs.
L’établissement de relations commerciales durables est essentiel pour pouvoir continuer à valoriser la plus-value de nos produits, également dans des conditions de marché plus difficiles. Il faut en outre prospecter le marché de façon proactive pour pouvoir découvrir de nouveaux marchés d’exportation, ce qui crée les opportunités nécessaires pour compenser l’éventuelle disparition de certains marchés d’exportation.
L’autorité dispose d’un vaste réseau d’appui commercial, par le biais notamment du FIT (Flanders Investment & Trade). Au sein de ce réseau, il convient également de consacrer l’attention et le temps nécessaires pour soutenir l’exportation des produits agricoles et horticoles fl amands. À cet égard, la mise en œuvre d’une excellente collaboration avec le VLAM est d’une importance cruciale.
La meilleure interaction des différents réseaux administratifs, proposée dans le plan de relance économique en vue d’une diplomatie économique, va dans ce sens. Nous comptons sur le fait que cette intention se traduira rapidement sur le terrain, également pour les produits agricoles et horticoles.
Contrôle des prix et marges La plus grande sensibilité du marché à l’évolution des prix engendre une forte pression sur les prix de vente et les marges des différents acteurs de la chaîne agroalimentaire, et non la baisse escomptée des prix des matières premières qui ne se manifeste que lentement. Le secteur agricole a peu de pouvoir sur le marché. Les autres maillons de la chaîne peuvent mieux préserver leurs marges en mettant sous pression celles du secteur agricole.
L’autorité peut, grâce à l’observatoire des prix, veiller à ce que tous les maillons de la chaîne obtiennent des prix honnêtes et puissent, ce faisant, maintenir des marges viables. Le droit à des «produits équitables», tant au niveau des coûts qu’au niveau des revenus, s’applique également au secteur agricole. Comprimer la structure des coûts Les autorités peuvent, en concertation avec le secteur, développer des mesures concrètes aidant à comprimer la structure des coûts de l’agriculture.
À cet égard, le Boerenbond songe aux différents postes de coûts visà-vis des autorités. C’est ainsi que les autorités peuvent, de façon ciblée, réduire les taux de TVA. Le plan de relance économique qui a été présenté a manqué l’occasion de réduire ainsi quelque peu certains postes de coûts spécifi ques au secteur agricole et horticole. Dans le cadre de la fi scalité, la faisabilité du système carry back sera examinée.
Nous insistons afi n que l’on tire rapidement les conclusions qui s’imposent et que l’on procède à la mise en œuvre concrète. La défi scalisation de l’aide publique demeure un point important dans ce cadre. Nous demandons l’extension de la liste des «subsides d’investissements régionaux exonérés», ce qui permettrait de défi scaliser l’aide accordée par le VLIF (fonds d’investissement agricole fl amand).
Enfi n, nous demandons qu’au niveau fl amand, la facture Rendac ne soit pas majorée. En outre l’application d’un taux de TVA réduit pourrait créer la marge nécessaire pour apurer la dette historique.
Attention portée aux entreprises en difficulté Les points d’action énumérés ci-dessus doivent compenser au maximum les répercussions négatives de la crise fi nancière pour le secteur agricole et horticole. Toute crise entraîne néanmoins inéluctablement son lot d’entreprises en difficulté, pouvant conduire à la cessation de l’entreprise. En plus de rechercher une réponse aux crises du secteur, les autorités ont la tâche importante de prêter spécifi quement attention aux personnes qui se trouvent derrière ces entreprises en difficulté, en les accompa gnant comme il se doit par la mise à disposition d’un soutien correct à celles qui doivent quitter prématurément le secteur.
Il convient à cet égard de prévoir, tout comme pour les travailleurs salariés, les mesures d’encadrement social requises, en combinaison avec des possibilités de recyclage ou de reconversion.
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ENTREPRISE
Exposé de M.Alois Michielsen, président du Conseil d’Administration de Solvay Nous entrons dans une année qui s’annonce très dure avec probablement aucune croissance économique, sans laquelle, il est important de le rappeler, il n’y aura pas non plus globalement de création d’emploi. Comment envisager aujourd’hui de sortir de cette crise? Comme nous venons de le souligner, croissance et emploi vont de pair; mais il est bon d’insister sur le fait que l’innovation et la compétitivité sont les piliers de la croissance, pour laquelle la confi ance est un préalable indispensable.
Je voudrais maintenant expliciter chacun des cinq mots clé. Confiance Il faut rétablir au plus vite la confi ance ébranlée dans le système fi nancier et, en particulier, dans nos banques. Les banques doivent surmonter de toute urgence leur réticence persistante à prêter de l’argent pour fi nancer l’économie réelle (en particulier, les secteurs producteurs de biens et de services).
Les gouvernements doivent les encourager dans ce domaine. Seule l’action déterminée des autorités publiques créant un cadre clair et stable pour les acteurs économiques permettra de briser le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons actuellement. Maintenir l’équilibre entre la création de ce cadre et une régulation adéquate constituera bien sûr un défi d’envergure. Il faut surtout éviter une sur- régulation étouffant la relance, avant même qu’elle ne puisse s’enraciner.
Chaque citoyen est un acteur économique (consommateur, épargnant, employé, entrepreneur, investisseur …). Il ne retrouvera la confi ance que si elle lui est inspirée par les actions des dirigeants du pays. Les dirigeants du monde politique, économique et aussi médiatique doivent agir avec cohérence et solidarité, confi ants que les atouts de notre pays ainsi que de l’Europe nous permettront de remonter la pente.
Cette cohérence doit aussi s’appliquer dans la mise en œuvre coordonnée des différents plans de relance, aussi bien en Belgique qu’en Europe, si nous ne voulons pas prolonger la crise. Les valeurs de la coordination européenne des politiques budgétaires, monétaires, fi scales et économiques ne sont plus à démontrer si l’on observe les conséquences de la création d’une monnaie unique européenne. Il faut admettre que sans l’Euro, la situation économique de la Belgique aujourd’hui serait bien pire.
L’intérêt d’une telle coopération n’est plus en doute et devrait nous pousser vers la prochaine étape, à savoir la mise en place d’un système de contrôle prudentiel européen pour éviter toute répétition du drame que vivent les banques européennes. Innovation L’innovation est avant tout l’art de créer de la valeur ajoutée. Les plans de relance ne doivent pas seulement viser à maintenir les niveaux de vie mais à préparer le futur en amplifi ant des projets innovateurs et en encourageant la recherche et le développement, garantissant une croissance économique durable et à long terme.
Il faudra donc veiller à canaliser les investissements vers des secteurs comme la mobilité et l’efficience énergétique.
Notre capacité à innover est déterminée par la qualité de notre enseignement. Il est important que les directeurs d’école et les enseignants puissent se consacrer en priorité à l’enseignement et ne soient pas soumis à des règlements changeants et bureaucratiques. Il faut étudier de près les possibilités de développer l’esprit d’innovation et d’entreprise dans notre système éducatif pour mieux préparer les générations futures; c’est plus une question d’état d’esprit que de moyens fi nanciers.
Comme président du Conseil d’Administration de Solvay, je voudrais aussi attirer votre attention sur le fait que l’enseignement des sciences nécessite une attention toute particulière. Nous sommes, en effet, bien placés pour constater que de moins en moins de jeunes sont gradués en sciences. Pour le secteur industriel belge et européen, nous ne pourrons rester compétitifs qu’en préservant une expertise scientifi que de qualité mondiale.
Les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle important en créant un cadre favorable au développement de la recherche et du développement. Ils doivent en tout cas éviter des mesures pénalisant de manière indirecte la recherche. Compétitivité Je pense que la crise fi nancière démontre l’importance de l’économie réelle, notamment, le secteur industriel. Il faut donc veiller à maintenir et développer l’industrie européenne si nous ne voulons pas fonder l’entièreté de notre économie sur les services.
Certains pays européens payent d’ailleurs aujourd’hui très cher leur choix de privilégier une économie de services. Encore faut-il que cette industrie européenne soit compétitive dans un environnement de plus en plus global. Les autorités publiques devront être extrêmement attentives à ne pas exacerber les facteurs qui pourraient affecter notre compétitivité (salaires, prélèvements, charges sociales, règlementations…) ou imposer des contraintes qui nous placeraient dans une position désavantageuse par rapport à nos concurrents hors Union Européenne.
Cette crise est le moment propice pour réfl échir à une nouvelle politique industrielle européenne.
Ce sont aussi les entreprises les plus compétitives qui sont capables de faire face aux variations de la conjoncture économique tout en assurant un volume d’emplois important. Croissance Si nous rétablissons la confi ance, innovons et restons compétitifs, il est sûr que la croissance suivra mais il ne faut évidemment pas espérer que nous obtiendrons des taux de croissance à la chinoise. Notre niveau de développement socio-économique déjà fort élevé fait qu’il est plus raisonnable de s’attendre à un niveau de croissance de l’ordre de 1-2%, dont les bénéfi ces en aval resteraient cependant plus grands que les 8% de croissance en Chine.
Cette croissance est en effet génératrice de richesses, d’emplois et de progrès social (soins de santé, vieillissement de la population, éducation …). Il est important de ne pas perdre de vue les PME. Elles jouent un rôle clé en matière d’innovation et donc de croissance mais elles sont plus exposées aux conséquences de l’extension de la crise fi nancière à l’économie réelle. Il ne devrait pas être acceptable que des compagnies saines et bien gérées s’effondrent à cause de problèmes de liquidités.
Emploi Ce dernier point sera critique pour la Belgique car: – la productivité élevée des Belges n’est pas toujours suffisante pour combler nos autres faiblesses de compétitivité; – beaucoup de centres de décisions ont déjà quitté le pays, notamment dans les secteurs industriel (énergie, engineering, fabrication mécanique, sidérurgie) et bancaire. Cette évolution est très négative pour la création d’emploi; – l’emploi des jeunes nécessite une attention particulière.
Il faut absolument éviter qu’une génération soit sacrifi ée à la crise économique et, donc, développer des plans spécifi ques en la matière; – comme rien ne sera «après» comme «avant» et qu’il y aura beaucoup de transferts d’un secteur à l’autre, il faut encourager la fl exibilité et la formation continue en matière d’emploi. En conclusion, j’aimerais réitérer l’importance d’entreprendre des actions coordonnées par «le leadership» belge dans un esprit de solidarité afi n de rétablir la
confi ance ainsi que l’importance d’une réaction rapide à cette crise survenue de manière si abrupte. Je suis confi ant que tous les dirigeants belges, privés et publics, sauront faire preuve du sens des responsabilités que nécessite l’ampleur de la crise.
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PARTENAIRES SOCIAUX
Exposé commun de la FGTB / CSC / CGSLB, par madame Jo Vervecken, service d’étude de la FGTB, madame Bérengère Dupuis, du service d’étude de la CSC et madame Caroline Jonckheere, conseiller économique de la CGSLB Pour nous, l’impact de la crise fi nancière sur les entreprises réside évidemment dans les conséquences pour les travailleurs et, à terme, certainement aussi pour les demandeurs d’emploi.
Dès ce matin, le Bureau du Plan a avancé un certain nombre de prévisions, mais selon nous, il ne sera possible de procéder à une évaluation que dans le courant du deuxième trimestre de l’année, car le pire reste à venir. Ce qui est déjà certain, c’est que les conséquences seront importantes. Seule une part de 2% de ce qui circule dans la sphère fi nancière est investie dans l’économie réelle. Mais lorsque le monde fi nancier va mal, les répercussions sur l’économie réelle sont énormes.
Ce sont les travailleurs, qui ne sont pas responsables de l’effondrement de ce système fi nancier néolibéral, qui en sont les victimes. Pour nous, cette crise mondiale doit constituer un tournant et être l’occasion d’un revirement complet du mode de fonctionnement du monde fi nancier. Il est nécessaire d’instaurer de nouvelles règles et d’améliorer l’application de ces règles ainsi que le contrôle de leur application.
J’exposerai tout d’abord notre vision à ce sujet. Ensuite, mes collègues esquisseront la situation pour les travailleurs et ils exposeront les mesures qui doivent être prises à court et long terme pour soutenir nos travailleurs, l’économie et l’emploi.
1. Premières leçons de la crise financière L’autorégulation ne marche pas Le modèle dominant du capitalisme fi nancier est sur le point de s’effondrer. Ce capitalisme, qui n’est déjà plus soumis à aucune restriction depuis près de 25 ans, surtout aux États-Unis, a depuis lors servi de modèle au reste du monde. Il a été responsable du traitement paternaliste dont les masses ont fait l’objet, celles-ci ayant été exploitées au profi t de quelques individus, ainsi que d’années de privatisation et de dérégulation débridées.
Nous constatons avec amertume que nous n’avons tiré aucune leçon de la très récente crise des Savings and Loans des années 80 et des crises suédoise et japonaise des années 90. Ces crises ont été la conséquence directe des dérégulations antérieures et de l’absence de régulation appropriée des nouveaux risques qui s’en sont suivi. Entre-temps, nous sommes tous conscients et convaincus des lacunes que présente notre système fi nancier.
Les mots clés de cette problématique sont dès lors alea moral, (absence de) régulation, supervision, contrôle. De crisis in de Verenigde Staten is ook te wijten aan een groeiende scheeftrekking in de verdeling van de toegevoegde waarde, ten nadele van de werknemers Au cours des vingt-cinq dernières années, la répartition des revenus aux USA est devenue de plus en plus inégale et la part des salaires dans le PNB n’a cessé de diminuer.
Cette situation n’a jamais vraiment soulevé de véritable opposition dans le pays parce que l’on a toujours réussi, malgré le sur-place des revenus, à faire augmenter la consommation. Cela n’est possible que si la population consomme à crédit au lieu d’épargner. Ce contexte fait clairement apparaître les raisons pour lesquelles il n’était pas évident pour le gouvernement américain de faire éclater la bulle fi nancière.
Ce fut la hausse des prix de l’immobilier qui, en fi n de compte, a largement contribué à permettre aux Américains de continuer à consommer de plus en plus. C’est pourquoi les oppositions politiques à la volonté de s’attaquer aux lacunes structurelles de l’architecture fi nancière ont été si nombreuses. Outre le fait que la politique monétaire n’était sans doute pas adéquate, il existe des problèmes structurels fondamentaux tels que la répartition inégale de la valeur ajoutée.
Que faire? Secteur financier en général Le consensus néolibéral selon lequel les marchés fi nanciers sont par défi nition efficaces et que l’économie réelle et la société ne peuvent que profi ter des avantages de cette efficacité, doit être réexaminé d’urgence. Les services fi nanciers doivent être au service de l’économie réelle, leur rôle initial d’intermédiaire fi nancier doit prévaloir. Ce n’est que de cette manière que l’on peut restaurer la crédibilité et la confi ance.
La discussion sur la «rerégulation» doit en tout premier lieu être axée sur une croissance de qualité allant de pair avec une répartition équitable de la richesse au sein de la société. Cela permettra de garantir les objectifs sociaux et le développement. Et cela touche en premier lieu le droit au logement et à une pension digne de ce nom. À l’heure actuelle, on met trop l’accent sur une croissance non durable, sur la modération salariale, la consommation par la dette et le transfert des risques du marché sur les travailleurs (pensions et logement).
Problème des banques Les banques doivent revenir à leurs missions de base, ce qui implique plus de stabilité et moins d’efficience et d’autorégulation. Elles doivent éviter de prendre des risques qui sont trop complexes pour être tarifés. Tout le monde s’accorde à dire que des conditions prudentielles beaucoup plus strictes doivent s’appliquer. Qui plus est, il faut, certainement au niveau européen, améliorer l’harmonisation et la coordination en la matière.
Plus particulièrement en ce qui concerne les règles relatives aux capitaux, à la valorisation, aux obligations en matière de rapportage et aux garanties de dépôt. Nous avons également besoin d’un organe de supervision européen fort, doté d’une présence locale pour imposer les nouvelles règles. Le crédit à la consommation doit, lui aussi, être régulé de manière beaucoup plus stricte. Cela exige une transparence totale et un plafonnement des coûts et, à tout le moins, des programmes d’éducation fi nancière pour les ménages à faibles revenus.
En l’espèce, nous songeons certainement également à limiter les techniques de vente agressives utilisées par les banques en matière de crédits. Rôle de la BCE En outre, les crises de ce type doivent être traitées en fonction de l’économie réelle. La BCE aurait dès lors dû baisser beaucoup plus rapidement le taux d’intérêt. Nous considérons, par conséquent, que les partenaires
sociaux européens doivent être associés autant que possible à la politique de la BCE. Gouvernement d’entreprise Enfi n, on en revient toujours au même principe: il faut opter pour une stratégie à long terme. Et ce principe vaut tant pour les banques que pour toute autre entreprise. Nombre de ces banques ont été dirigées par un manager dont les pouvoirs étaient insuffisamment contrebalancés par le conseil d’administration.
La création de valeur pour l’actionnaire, qui détermine le bonus que perçoivent les directeurs, était devenu le seul objectif des entreprises. Pour éviter cette dérive, des impôts et des règles doivent permettre d’obtenir un partage des bénéfi ces conforme à la stratégie à long terme des entreprises. En outre, les tâches du management et celles des administrateurs doivent être strictement scindées et le conseil d’administration doit représenter un contrepoids suffisant.
Nos codes de gouvernement d’entreprise, basés sur l’autorégulation, se sont avérés un échec. L’heure est venue de prévoir des règles plus dures. 2. Impact de la crise sur les travailleurs Il est actuellement difficile de mesurer l’ampleur de la crise et son impact sur l’emploi, mais la crise va être profonde. L’OCDE prévoyait fi n novembre pour la Belgique une récession de -0,1% en 2009, avec une hausse du taux de chômage à 7,4% en 2009 et 7,8% en 2010, contre 6,8% en 2008.
Le FMI prévoyait à la mi-décembre une récession de -0,75% en 2009 et une hausse du chômage à bien au-delà de 8%. Quant à la BNB, elle prévoyait début décembre une récession de -0,2%. La plupart des analystes envisageaient une reprise au plus tôt pour le quatrième trimestre 2009, avec une croissance faible en 2010. Mais d’après les prévisions les plus récentes du Bureau du Plan, cette reprise n’aurait lieu qu’en 2010.
La crise n’en est donc qu’à ses débuts. En ce qui concerne l’impact sur l’emploi, les chiffres doivent, bien sûr, être pris avec précaution, dans la mesure où certaines suppressions d’emploi n’ont pas de lien direct avec la crise. On peut toutefois dégager des tendances marquées pour les derniers mois de l’année 2008. Beaucoup d’entreprises sont en phase de pré-restructuration: on assiste à une hausse de la mise en chômage temporaire et des non-renouvellement de contrats temporaires et interim.
En novembre 2008, le nombre de travailleurs en chômage temporaire au moins un jour était de 176 223, ce qui représente une hausse d’environ +50% par rapport à octobre 2008, déjà élevé pour ce mois (118 318), mais aussi par rapport à novembre 2007. Il s’agit aussi du chiffre le plus élevé de la décennie en dehors des mois d’hiver. Ces chiffres incluent bien sûr les travailleurs de la construction, qui sont traditionnellement mis en chômage pour des raisons climatique, mais cette hausse exceptionnelle refl ète certainement une hausse de la mise en chômage temporaire pour des raisons économiques.
À titre d’illustration, le nombre de travailleurs membres de la CSC en chômage économique a augmenté de 51% en novembre 2008 par rapport à novembre 2007 (52 315 travailleurs en 2008 contre 34 577 en 2007) et le nombre d’allocations versées a augmenté de 59%. Pour les mois de décembre et janvier, on s’attend également à un chiffre record pour la décennie, dépassant les 200.000 travailleurs en chômage temporaire.
Beaucoup d’entreprises ont fermé durant la période de fi n d’année, et un certain nombre prolongent cette fermeture en janvier. Dans le secteur du métal, par exemple, une centaine d’entreprises, qui représentent environ 40 000 travailleurs, ont recours au chômage temporaire pour une période plus longue que la période habituelle. Il s’agit de fi rmes comme Johnson Controls, General Motors, Ford Genk, Umicore, Volvo Cars, Honda, Duracell Batteries, Bekaert, Atlas Copco Airopwer, ArcelorMittal...
Les restructurations (mise en prépension, licenciements secs) ont commencé, et une intensifi cation est à prévoir en 2009. Sur la base d’un recensement des articles parus dans la presse – des chiffres à utiliser avec toutes les précautions nécessaires – le nombre d’emplois menacés annoncé en raison de fermetures d’entreprise, de restructurations et de délocalisations s’élèverait à 10 245 d’octobre à décembre 2008 (3 789 rien que pour décembre 2008).
Par ailleurs, la société Graydon annonce pour 2008 un nombre record de faillites (8 512), à savoir +10,1% par rapport à 2007. Pour le mois de décembre, on compte 849 faillites, à savoir 229 de plus qu’en décembre 2007. Encore une fois, ces chiffres doivent être pris avec précaution, dans la mesure où ce trend croissant refl ète aussi l’augmentation du nombre d’entreprises créées en Belgique et des faillites indépendantes de la crise.
3. Mesures de soutien aux travailleurs en cette période de crise Étant donné ces évolutions, il est indispensable de tout faire pour maintenir autant que possible les travailleurs en emploi. Il faut encourager les entreprises à recourir au chômage temporaire plutôt qu’au licenciement. Et en cas de chômage, mettre en place les mesures nécessaires pour favoriser un retour à l’emploi aussi rapide que possible.
Une attention particulière doit être donnée aux travailleurs sous contrat temporaire et interim, qui sont les premiers touchés par la crise. Ces mesures sont nécessaires non seulement pour des raisons sociales, mais aussi de soutien du pouvoir d’achat, et donc de la demande: une demande soutenue est un gage de reprise. Dès lors, il est indispensable que l’AIP soit mis à exécution aussi rapidement que possible, notamment les améliorations de soutien au revenu des chômeurs, qui bénéfi cient également aux travailleurs en chômage temporaire (majoration des plafonds salariaux pour chômeurs complets et temporaires3, majoration du taux de remplacement pour les chômeurs complets4).
Le plan de relance contient aussi de bonnes mesures qu’il faudrait mettre en œuvre rapidement. Il s’agit de la mesure temporaire de hausse des pourcentages d’indemnisation des allocations pour les travailleurs en chômage temporaire (de 60 à 70% pour les cohabitants, et de 65% à 75% pour les isolés et chefs de famille). Mais aussi de la mesure temporaire permettant d’intégrer les travailleurs sous contrat temporaire et interim pour qu’ils puissent bénéfi cier du chômage temporaire, avec les améliorations prévues dans l’AIP (le contrat temporaire ou interim peut être prolongé par l’employeur mais avec suspension immédiate des prestations, une allocation de chômage temporaire est alors payée par l’ONEM).
Enfi n, dans cette période de crise, nous insistons sur l’importance de l’accompagnement des chômeurs et les mesures supplémentaires prévues à cet égard dans le plan de relance. D’abord la cellule emploi, dont le principe a été fi xé dans le Pacte des Générations, qui permet un accompagnement des travailleurs en cas de licenciement collectif. Dans le plan de relance, Majoration de 300 euros au cours des 6 premiers mois de chômage, puis de 150 euros du 7ème au 12ème mois.
Majoration de 0,8% pour ceux qui ne bénéfi cient pas ou plus des augmentations de plafond visées ci-dessus. Relèvement du taux de remplacement des cohabitants dans la première période de 58% à 60%; Relèvement du taux de remplacement des isolés dans la deuxième période de 53% à 55%.
le droit à l’accompagnement dans le cadre de la cellule emploi a été étendu aux travailleurs sous contrat temporaire et interim dont le contrat n’est pas renouvelé collectivement et aux travailleurs de moins de 45 ans victimes d’un licenciement collectif. Le cadre législatif étant fédéral et les compétences régionales (services publics emploi), il est nécessaire de coordonner les plans d’action aux niveaux fédéral et régionaux. Le VDAB a déjà communiqué son plan d’action en faveur des travailleurs en chômage temporaire, un plan d’action pour les travailleurs intérimaires devrait suivre.
Ensuite il est important d’assurer un accompagnement rapide des chômeurs après licenciement ou nonprolongation de contrat individuel, ou après le passage par la cellule emploi. Au printemps, le gouvernement fédéral et les interlocuteurs sociaux se sont mis d’accord sur un renforcement de l’activation par une approche plus anticipative: l’accompagnement doit commencer à un stade plus précoce de la situation de chômage5.
Mais il faut maintenant la coopération des régions pour mettre ceci en œuvre le plus rapidement possible, dans l’intérêt des travailleurs. 4. Réflexions à plus long terme Nous devons non seulement améliorer la protection sociale et l’accompagnement dans la recherche d’un nouvel emploi pour les personnes qui perdent leur emploi à cause de la crise, temporairement ou non, mais également réfl échir au moyen terme et au long terme, à la manière dont nous allons créer de nouveaux emplois et aux types de nouveaux emplois que nous voulons créer.
Nous devons mettre la crise fi nancière actuelle à profi t pour changer de cap et recentrer le débat sur les travailleurs. Nous ne pouvons pas accepter des réformes structurelles qui affaibliraient les droits des travailleurs et les rémunérations. On ne peut pas oublier que les bas salaires – qui sont trop bas – sont l’une des causes de cette crise. Ce sont les nombreux Américains qui ne gagnaient pas assez bien leur vie pour obtenir un prêt hypothécaire conventionnel qui ont dû se rabattre sur les subprimes.
Si l’on profi te de la crise pour sabrer, une nouvelle fois, dans les salaires, la part des rémunérations dans le PIB se réduira encore davantage et la demande fl échira encore plus alors que nous avons précisément besoin d’une politique de soutien de la demande. Actuellement, l’accompagnement commence après 15 mois de chômage pour les jeunes qui sortent de l’école; et après 21 mois pour les travailleurs plus âgés.
Le plan de relance récemment proposé par la Commission européenne a échoué sur ce point. Bien qu’il permette un retour à l’économie réelle, ce plan n’aborde pas certaines questions essentielles telles que la nécessité d’augmenter le nombre d’emplois, d’avoir des emplois de qualité et une meilleure protection sociale, et de conserver les augmentations salariales. Nous souhaitons une croissance économique qui remplisse des critères de durabilité, des critères sociaux tels que celui que je viens de citer, mais aussi des critères écologiques.
Cette crise nous donne l’occasion d’encourager le passage à une économie pauvre en dioxyde de carbone. Il y a quelques jours, le journal De Tijd indiquait que la crise économique n’a pratiquement aucune conséquence pour les entreprises des secteurs de l’environnement et des énergies renouvelables. Ces entreprises éprouveraient même plus de difficultés pour trouver du personnel supplémentaire que pour obtenir des prêts pour leurs projets bien que l’on déplore aujourd’hui de nombreuses pertes d’emploi à cause de la crise.
Il est évident que ces secteurs sont des secteurs d’avenir. Il faut que les pouvoirs publics, les entreprises et les épargnants investissent dans une économie et dans une politique de l’emploi plus écologiques. On ne peut plus fonder la croissance et l’emploi sur la spéculation et les bulles fi nancières. L’épargne du contribuable belge doit de nouveau soutenir les investissements consentis dans l’économie belge, l’Union européenne et les pays en développement.
Cette épargne doit être axée sur des investissements verts, des investissements permettant de réaliser des économies d’énergie. Cette politique permettrait de développer les secteurs et les entreprises concernés et, partant, de créer, de maintenir ou de préserver des emplois. Nous devons consacrer toute notre énergie à la création d’emplois «verts» de qualité. Un exemple concret est celui de l’alliance pour l’emploi et l’environnement qui permet, par des investissements dans l’amélioration énergétique de notre parc immobilier, de créer des emplois tout en réduisant les émissions de CO2.
Au demeurant, la facture énergétique des ménages baisse, ce qui permettra à ces derniers de fi nancer d’autres dépenses avec les montants épargnés. Le plan de relance belge prévoit une série de mesures qui vont dans la bonne direction. Nous plaidons dès lors pour que l’on mette rapidement en œuvre ces mesures en collaboration avec les régions. Les mesures fédérales doivent s’accompagner d’initiatives régionales, en matière de formation notamment.
Si l’on veut éviter d’être confronté à une pénurie de personnel qualifi é dans les
secteurs verts, il faut investir de toute urgence dans la formation théorique et pratique. Dans une étude récente de l’UNEP intitulée «Green Jobs: Towards Decent Work in a Sustainable, Low- Carbon World», la pénurie de personnel qualifi é est également citée comme l’une des limites au passage à une économie verte. Dans cette étude, le concept «d’emplois verts» est défi ni comme tout emploi contribuant au maintien et à la restauration de la qualité de l’environnement.
Si l’étude souligne l’énorme potentiel lié à la création d’emplois verts, elle relève que la disponibilité de technologies vertes et de personnel qualifi é constitue une sérieuse entrave à l’écologisation de l’économie. Il est dès lors capital d’investir dans la formation, la recherche, le développement et l’innovation, l’innovation verte. En ce qui concerne les investissements dans la recherche et le développement, nos résultats n’étaient guère fameux avant la crise.
Celle-ci ne peut dès lors en aucun cas servir de prétexte pour rogner sur les dépenses en matière de recherche et de développement, ni dans le secteur privé, ni dans le secteur public. Nous devons également nous attaquer au problème des droits de propriété intellectuelle pour accroître la disponibilité des technologies vertes, sans priver pour autant les entreprises des incitants visant à investir dans le développement de ces technologies.
L’étude souligne également l’importance du dialogue social pour passer à une économie pauvre en carbone. En effet, une telle transition ne pourra réussir que si elle est soutenue par les partenaires sociaux qui constituent les piliers de notre système économique. Ce point avait été souligné par la ministre de l’Emploi lors du colloque sur les emplois verts qui avait été organisé le 18 décembre par le CCE et le CNT.
Enfi n, j’aimerais résumer une nouvelle fois notre position. Nous estimons que le système fi nancier néolibéral actuel a atteint ses limites et qu’une nouvelle réglementation et un nouveau contrôle s’imposent. Nous avons souligné les grandes difficultés rencontrées par les travailleurs. D’où l’importance de mettre rapidement en oeuvre les mesures prévues dans l’AIP pour adoucir la pilule, et la volonté d’évoluer vers une économie pauvre en carbone offrant des emplois verts de qualité par le biais d’investissements verts, de la formation et de l’innovation, qui repose sur un dialogue social constructif
II. — QUESTIONS ET RÉPONSES M. Peter Logghe (VB) évoque les conditions des crédits pour l’année 2009 et rappelle l’importance des crédits pour le tissu économique. S’agissant des problèmes annoncés en matière en la matière, M. Logghe souhaite savoir s’ils sont dus à des problèmes de garanties au niveau des banques ou à des problèmes au niveau des tarifs et se demande en outre si des problèmes de remboursement des crédits ont déjà été observés.
L’intervenant estime que la garantie octroyée par l’état sur les dépôts des particuliers constitue un élément essentiel dans la confi ance que les épargnants doivent avoir envers le système bancaire. Il constate que quarante-six banques actives sous licence étrangère sont présentes en Belgique. Qu’en est-il de la garantie de l ‘état pour ces banques? En ce qui concerne les PME, M. Logghe se demande si la Belgique est dans une position plus confortable que les autres pays européens.
S’adressant à M. Etienne de Callataÿ, M. Jean-Luc Crucke (MR) se demande si l’ensemble des pertes subies par les banques dans le cadre de la crise fi nancière est connu et identifi é. Par ailleurs, s’agissant du volume de crédits, l’intervenant constate qu’il ne redémarre pas. Ne faut-il par conséquent pas envisager un dispositif alternatif pour suppléer à ce manque de crédits?
M. Crucke fait remarquer qu’en Belgique, le mécanisme d’indexation des salaires permet une relance par la consommation plus forte qu’ailleurs et constate qu’aux États-Unis, nombre de consommateurs aux revenus insuffisants ont eu recours à l’emprunt avec des conséquences dramatiques en termes de surendettement. Dans le contexte de crise que l’on connaît, M. Crucke se demande si le renforcement des intérêts notionnels ne pourrait pas être envisagé pour permettre aux entreprises de lever des fonds propres.
Soulignant que les communes représentent 50% de l’investissement public, M. Crucke souhaiterait savoir ce que le plan allemand de relance prévoit par rapport au rôle des communes. Ne faudrait-il pas par ailleurs réglementer davantage encore le mécanisme de titrisation? Par rapport au secteur automobile, ne faut-il mettre à profi t la crise que connaît actuellement ce secteur pour développer le véhicule de l’an 2015 en Belgique, laquelle possède une niche automobile, et ce, en relation avec le monde universitaire?
M. Crucke souhaite connaître la position de M. Bogaert sur le mécanisme des Invests comme relais du monde bancaire; il souligne qu’on retrouve au sein des
Invests le secteur privé et le secteur public, l’entreprise et l’administration, dans le cadre d’une formule très souple qui offre une grande proximité avec les entreprises. Enfi n, par rapport à la Chine, M. Crucke souhaite que M. Dewatripont expose son point de vue sur les conséquences de l’évolution de l’économie et de la politique d’investissements de ce pays sur l’économie européenne. Y-a-t-il un effet boomerang à attendre de l’économie chinoise?
M. Bruno Tobback (sp.a) s’adresse à M. Noels et souhaite savoir si les chiffres qu’il a communiqués, comme par exemple en matière d’exportation, peuvent être établis par secteur. Est-il possible de mettre en évidence la part de l’évolution du prix de l’énergie dans le mécanisme d’indexation des salaires en Belgique? De telles données permettent d’établir des comparaisons entre la Belgique et d’autres pays et de voir si des changements structurels ne sont pas en cours.
La crise peut être une raison ou un prétexte pour mettre en œuvre des décisions fondamentales. Quelles sont les conséquences structurelles à long terme déjà visibles?
M. Tobback est en grande partie d’accord avec M. Noels sur le fait que le keynésianisme est avant tout une affaire européenne avant d’être une affaire belge ou fl amande. L’intervenant ne partage pas le point de vue de M. Crucke sur les intérêts notionnels. Il estime que renforcer ce mécanisme ne profi terait qu’aux riches. En ce qui concerne les projections de dette publique pour les années 2010 – 2012, quelles sont les hypothèses de taux d’intérêt utilisées?
M. Tobback fait remarquer que des variables telles que le taux d’intérêt ou l’infl ation n’ont pas le même impact aujourd’hui que lors de la crise des années 80.
M. Joseph George (cdH) souligne l’importance du facteur humain et de la confi ance dans la résolution de la crise. Comment peut-on restaurer la confi ance de sorte que l’épargne soit à nouveau investie? Les pouvoirs publics doivent veiller à susciter le réveil de la confi ance.
M. George aborde ensuite le lien entre le chômage et le défi cit public. Le chômage pèse sur les fi nances publiques et les politiques à mener doivent tenir compte de l’intensité en main d’œuvre des différents secteurs d’activité pour se concentrer sur les activités à haute densité de main d’œuvre. Par rapport à la stimulation de la demande, M. George évoque la propension marginale à consommer différenciée selon chacun et selon le niveau de revenus.
Or, le mécanisme d’indexation s’applique aux bas comme aux hauts revenus. Ne convient-il pas d’envisager de mettre ce mécanisme au service d’une politique de soutien de la demande?
M. George souligne que l’économie belge est très ouverte sur le monde. Dans ce contexte, comment des mécanismes de poussée économique peuvent-ils être générés et les effets des récessions limités? Enfi n, l’intervenant souligne que les bas de laine constituent une mauvaise chose pour l’économie car ce sont des fonds stériles qui ne sont pas recyclés dans l’économie. Les économies d’énergie en matière énergétique constituent une piste intéressante puisqu’elles ont un impact sur la balance commerciale, le pouvoir d’achat et permettent de dégager des moyens pour encourager d’autres secteurs.
Mme Sofie Staelraeve (Open Vld) souhaite une clarifi - cation sur la situation en matière d’octroi de crédits car il n’y a pas encore de problèmes mais on s’attend à ce qu’il y en ait prochainement. Qu’en est-il exactement? Quels sont les secteurs les plus exposés et quelles solutions sont envisagées? La locutrice relève que les intervenants proposent surtout des solutions à long terme alors qu’ils affirment dans le même temps que la situation requiert des solutions à courte terme et à effet rapide.
L’intervenante souligne que les crises économiques ont mis en évidence la possibilité de se rétablir rapidement. Quelles mesures temporaires peuvent contribuer à rétablir rapidement une économie?
M. Philippe Henry (Ecolo-Groen !) souhaite des précisions sur l’impact de la crise par secteur. Les secteurs durables ont-ils été moins touchés? Quelle est l’évaluation du plan de relance de la Belgique? Les mesures retenues sont-elles bien ciblées par rapport aux différents secteurs? Qu’en est-il du coût de la non action en matière énergétique? Des mesures en matière de TVA ou d’efficacité énergétique ne devraient-elles pas être envisagées? En ce qui concerne l’endettement du secteur privé, faut-il s’inquiéter de sa hausse? S’agissant de l’endettement des entreprises, à quoi est-il dû? N’aurait-il pas dû être réduit quand l’économie se portait bien? Au niveau de l’endettement des ménages, n’est-il pas dû au décrochage des salaires par rapport aux profi ts? Quelles sont les conditions macro-économiques pour parvenir à réduire l’endettement privé? Est-ce compatible avec les contraintes européennes résultant du pacte de stabilité? Mme Freya Van den Bossche (sp.a) se réfère à des mesures prises par le gouvernement, à la demande des partenaires sociaux, pour réduire les charges de deux groupes-cibles, à savoir les travailleurs âgés et les travailleurs faiblement scolarisés.
Elle ne soutient pas ces initiatives qui pourraient avoir un impact sur la politique de recrutement et de licenciement des entreprises. Quel est l’impact estimé de ces mesures qui représentent le montant considérable de 500 millions euros? Par ailleurs, Mme Van den Bosche souligne que le gouvernement
évoque souvent les défi cits budgétaires conjoncturels: quel a été l’effet conjoncturel dans les budgets des années passées et une estimation de ces impacts conjoncturels peut-elle être faite pour les prochaines années? Mme Van den Bossche souligne qu’il est important de ne pas qualifi er tout défi cit de conjoncturel. Dans quelle mesure la conjoncture doit-elle infl uencer les mesures qui doivent être prises par le gouvernement pour lutter contre la crise économique? Faut-il envisager une combinaison de mesures conjoncturelles, à court terme, avec des mesures non liées à la conjoncture?
M. Bart Laeremans (VB), président, souhaite que M. Noels donne un complément d’informations sur les projets en matière d’énergie de Barack Obama et de la Chine et ce, compte tenu du contexte gazier en Russie. Quelles initiatives devraient-elles être prises en matière énergétique? Par rapport à l’évolution du ratio de dette publique, M. Laeremans s’étonne que les prévisions donnent un ratio en baisse pour les prochaines années alors que le défi cit budgétaire devrait croître et que la croissance du produit intérieur brut sera faible.
Il souhaite que M. Bogaert donne un complément d’informations sur ces différentes prévisions.
M. Geert Noels, chief economist chez Petercam, estime que les deux parties, banques et entreprises, ont raison. Les banques n’entravent pas l’octroi de crédit par des mesures spécifi ques et les entreprises ont du mal à obtenir des fi nancements. Ce paradoxe peut s’expliquer. Les banques abordent d’ordinaire une période de ralentissement de la croissance avec un bilan solide, ce qui n’est pas le cas dans le contexte actuel. Les banques sont donc peu enclines à prendre des risques additionnels.
M. Noels estime que certains crédits sont inutiles et qu’il n’est pas souhaitable que les pouvoirs publics encouragent le crédit comme ils l’ont fait en France. Une approche se basant sur le cofi nancement entre les banques et les pouvoirs publics serait plus pertinente en termes de responsabilisation.
M. Noels précise que les entreprises se plaignent souvent que les marges sur taux d’intérêt ont augmenté mais il ajoute que les taux eux-mêmes ont baissé, ce qui donne une charge fi nancière globale parfois en baisse.
M. Noels estime que tous les problèmes liés au système fi nancier ne sont pas résolus mais que le plus grave est derrière nous. Il y a eu une secousse initiale et d’autres secousses ont suivi. En ce qui concerne la Chine, les événements ont montré que son modèle de croissance était en voie de restructuration profonde, comme d’autres modèles de croissance, et que les processus de transformation prendront du temps.
Par rapport à une approche keynesienne ponctuelle, M. Noels estime que cela a du sens. Plutôt que d’investir dans la précipitation, M. Noels suggère que des upgrades des infrastructures soient faites, sous la forme, par exemple, de travaux d’entretien. Ce type de travaux ne pose pas la question de leur utilité.
M. Noels estime qu’il est utile de se concentrer sur les secteurs de l’énergie car les problèmes que l’on a connus dans ce secteur vont revenir, de façon plus grave mais peut-être plus graduellement que ce qu’on a connu jusqu’à présent. Pour restaurer la confi ance, il n’y pas de formule magique; il faut prendre quelques mesures, avec conviction.
M. Noels met en évidence un certain retard dans la transmission de la crise aux différents secteurs de l’économie. Il y a effet de chaîne qui se déclenche, par lequel différents secteurs vont être successivement touchés. C’est cet effet de retard, qui touche notamment les sous-traitant, qui va se manifester dans les prochains mois. M Hendrik Daems (Open Vld) considère que le caractère ouvert de l’économie belge signifi e aussi que la Belgique importe sa prospérité. Mais cette ouverture de l’économie ne signifi e pas que l’on ne peut rien faire et ne pas agir en interne.
M. Daems constate qu’au niveau des coûts salariaux, un gap s’est formé et croît avec les principaux partenaires commerciaux de la Belgique. L’intervenant estime que le système de formation des salaires en Belgique est mauvais et doit être structurellement revu. Cela s’explique par l’indexation automatique, le concept d’accords interprofessionnels tous les deux ans et le volontarisme du gouvernement.
M. Geert Noels estime que le système en place peut être qualifi é de «second best». Il ne suffit manifestement plus à maintenir notre compétitivité. Cela est dû à de multiples facteurs. Dans la comparaison avec nos principaux partenaires commerciaux, la Belgique se trouve pénalisée dans la mesure où l’ Allemagne constitue le benchmark en matière de décisions industrielles. L’indexation des salaires est certes appréciée mais elle porte en elle certains dérapages.
L’année passée, le pouvoir d’achat a été une préoccupation centrale. Maintenant que nous entrons dans une période de défl ation, il n’y a pas d’effet compensatoire. En outre, les différences de taux de chômage entre le nord et le sud du pays ont été longtemps cachées. Or, il y a des différences importantes. Dans ce contexte, le mécanisme d’indexation automatique des salaires au niveau national n’a pas permis d’améliorer la compétitivité du sud du pays.
En matière énergétique, une politique d’investissements doit être menée de préférence à une politique de dépenses.
M Etienne de Callataÿ, chief economist de la Banque Degroof , estime que l’innovation fi nancière n’est pas mauvaise en soi pour autant que cette activité fi nancière soit régulée. Ce qu’il faut éviter, ce sont certaines méthodes de commercialisation, le hard selling, l’absence de protection du consommateur. Le subprime qui permet à des gens à faible revenu de pouvoir emprunter peut être une bonne chose pour autant qu’il soit accompagné d’une mutualisation des risques, notamment par la titrisation qui doit elle-même être mieux régulée.
M. de Callataÿ estime qu’il est difficile pour des autorités publiques de défi nir les secteurs qu’il faut soutenir. Dans le secteur automobile, la Belgique n’est pas en mesure de défi nir le modèle automobile de 2015. M. de Callataÿ estime que mener des politiques sectorielles n’est pas une bonne approche. En matière d’énergie, l’intervenant prône de taxer les activités polluantes plutôt que de subventionner des formes moins polluantes de consommation.
Il souligne que la Belgique est le pays de l’Europe des 15 (Europe avant élargissement) qui taxe le moins les énergies fossiles destinées au chauffage particulier et le plus le revenu du travail. Cela est une absurdité tant du point de vue économique qu’environnemental et social. Par rapport à la proposition d’aider les secteurs à haute intensité de main d’œuvre, M. de Callataÿ n’est pas partisan de mettre en œuvre à court terme des mesures qui seront payées par les générations futures qui auront déjà pas mal de dettes diverses à supporter.
Il y va de la légitimité même de ces opérations. M. de Callataÿ est d’avis que les autorités publiques devraient adopter des comportements anticycliques plus prononcés. Il est souhaitable que les pouvoirs publics absorbent les fl uctuations conjoncturelles, ce qui se fait trop peu. Le haut niveau de taxation en Belgique est néanmoins relativement peu anticyclique alors qu’il serait pertinent de développer des stratégies davantage anticycliques.
L’endettement du secteur privé n’est pas en soi inquiétant, notamment lorsque des investissements sont fi nancés par cet endettement. En fait, il n’y a pas de seuil au-delà duquel la situation deviendrait inquiétante. L’explosion des crédits a eu lieu au sein du secteur fi - nancier lui-même, le secteur non fi nancier ayant retenu les leçons de la crise de 2000 – 2003. Au niveau des ménages, il semblerait que des pétrodollars se soient recyclés sous la forme de prêts à des ménages américains pauvres qui les auraient mal investis.
S’agissant du mécanisme d’indexation des salaires, M. de Callataÿ n’a pas d’objection de principe. Le problème provient des pays voisins qui n’y ont pas recours. L’intervenant estime que le mécanisme d’indexation des
salaires ne peut pas être utilisé lorsque les pays voisins ne l’utilisent pas, d’autant plus lorsque le niveau d’intégration entre ces pays est élevé, ce qui est le cas ici.
M. Daems précise que sa question ne porte pas en particulier sur l’indexation automatique des salaires. Il estime à cet égard qu’il peut être démontré, à l’appui de certaines statistiques, que les hausses de salaires observées dans des pays qui ne pratiquent pas l’indexation automatique peuvent être plus élevées qu’en Belgique. La question porte plutôt sur les Accords Interprofessionnels qui s’avèrent ne pas favoriser la compétitivité des entreprises belges.
Ces accords ne visent pas exclusivement la compétitivité mais ont visiblement d’autres objectifs. M. de Callataÿ souligne que les syndicats et les organisations patronales ne sont pas nécessairement les meilleurs représentants de l’intérêt général, en particulier par rapport à l’intérêt des «outsiders», des personnes sans emploi.
M. Henri Bogaert, commissaire du Bureau du Plan, explique que les statistiques de la BCE dont dispose le Bureau du Plan montrent que les crédits aux particuliers, en particulier dans le secteur immobilier, sont en recul tandis que les crédits aux entreprises affichent une croissance assez constante. Ces données doivent néanmoins être actualisées et affinées. Ce qui ressort aussi des enquêtes, ce sont des restrictions sur les conditions des crédits.
Les crédits sont accordés à des conditions plus strictes que d’ordinaire, en termes de taux d’intérêt et de critères d’obtention. Par ailleurs, les diminutions d’actifs enregistrées par les banques se traduisent par une réduction du capital au passif du bilan. Cette réduction du capital, de par les contraintes de fonds propres, implique mécaniquement une réduction des crédits accordés sauf si des augmentations de capital interviennent.
Cela peut se faire par des acquisitions bancaires mais aussi par des recapitalisations comme celles qu’ont opérées les pouvoirs publics belges pour suppléer le secteur privé. De même, si les banques veulent améliorer leur ratio et mieux se protéger, cela se traduira par une réduction des crédits et des conditions d’octroi plus strictes. Des restrictions additionnelles dans les conditions de crédit pourraient survenir si le secteur américain connaît de nouvelles difficultés ou tout simplement de par la récession.
Cette seconde vague pourrait entraîner de nouveaux défauts de paiements et mettre les banques à nouveau en difficulté. Le cas échéant, les pouvoirs publics doivent à nouveau intervenir pour recapitaliser les banques car ce mode d’intervention est le moins
coûteux. La crise fi nancière suédoise a été réglée par une transparence complète au niveau des banques et une recapitalisation soit par le secteur privé, soit, à défaut, par les pouvoirs publics.
M. Bogaert estime qu’il est important de donner un cadre juridique aux interventions publiques en vue de recapitaliser les banques. Ces interventions constituent en effet une défense de l’intérêt général et il est en outre souhaitable que ces interventions ne soient pas systématiquement attaquées en justice. Les secteurs les plus touchés sont l’immobilier et les entreprises industrielles actives dans les biens industriels et les biens de consommation durables tels que l’automobile.
M. Bogaert est d’avis que les mesures de réductions de charges sur les groupes les plus vulnérables tels que les travailleurs les moins qualifi és vont dans le bon sens et sont préférables à des mesures générales. Par rapport à la diminution prévue du taux d’endettement en 2009 et 2010 malgré des défi cits publics, M. Bogaert explique que cela est dû à un phénomène purement mathématique: le défi cit public n’est pas suffi samment important pour provoquer un effet boule de neige.
L’endettement en montant absolu sera néanmoins en hausse. S’agissant des défi cits cycliques, il est difficile d’en quantifi er l’impact. Si l’on prend une prévision de 2% de défi cit public pour 2009, l’impact du cycle conjoncturel peut être estimé à 1,2%.
M. Bogaert explique que les stabilisateurs automatiques doivent pouvoir jouer mais en septembre 2007, lors de la préparation du budget, il était très difficile, vu le contexte, d’établir des prévisions. Par rapport à la crise de 1981, la situation des taux est très différente. À cette époque, les taux d’intérêt réels étaient de 6%, soit nettement plus qu’aujourd’hui.
M. Bogaert se demande par ailleurs si les pouvoirs publics ne pourraient pas utiliser les conditions très favorables auxquelles ils peuvent emprunter pour se substituer en partie aux banques dans l’octroi de crédits à de meilleures conditions ou dans l’aide à l’octroi de crédits notamment via la stabilisation des banques ou le recours à des Invests. Il s’agirait d’une forme de keynésianisme visant à suppléer à la crise du canal traditionnel du crédit.
M. Bogaert préfère ce type d’initiative à des réductions d’impôts. En tout cas, il faut éviter de donner un complément de pouvoir d’achats à des personnes qui vont l’épargner car cela ne provoque aucune relance et coûte aux fi nances publiques. L’intervenant rappelle que la crise de 1993, période où le ratio d’endettement public culminait à 135% du PIB, a été aggravée par le repli de la consommation et la hausse du taux d’épargne de 15 à 21%, situation générée par les craintes sur la capacité
de l’état à assurer les dépenses publiques futures dont les pensions. Ce scénario doit impérativement être évité.
M. Mathias Dewatripont, professeur à l’ULB, fait remarquer que la comparaison faite par M. Noels avec l’ Allemagne en ce qui concerne l’évolution des coûts salariaux est quelque peu biaisée dans la mesure où l’Allemagne est le pays qui a connu la hausse des coûts salariaux la plus faible. La comparaison avec la moyenne de nos partenaires n’est pas aussi défavorable. Il y a un malaise dans le fait que la part des salaires dans le PIB a diminué un peu partout en Europe.
M. Dewatripont estime que le haut niveau de taxation du travail en Belgique constitue un problème. La Belgique ayant une économie ouverte, il faut veiller à ne pas affaiblir les entreprises belges à l’exportation. À cet égard, les trois sauts d’index survenus en 2008 n’ont pas facilité les choses. Par rapport aux politiques budgétaires anticycliques, il est toujours plus facile d’augmenter les défi cits en période de récession que de les réduire lorsque les choses vont mieux.
Il est important de s’engager sur l’ensemble du cycle. Par rapport à la titrisation, M. Dewatripont explique que ce mécanisme entraîne une mutualisation du risque et sa dispersion sur de nombreux acteurs. Cette dispersion du risque par le créancier initial entraîne une baisse dans la qualité du monitoring du débiteur. Il serait bon que les agents qui titrisent conservent une partie du risque. L’intervenant estime que le recours à des outils publics tels que les Invests peut générer certaines dérives.
Il préconise plutôt le subventionnement des crédits aux jeunes entreprise et aux PME. La professionnalisation de l’octroi de crédits par le secteur public est aussi une bonne chose et le plan Marshall wallon va à cet égard dans la bonne direction.
M. Philippe Henry (Ecolo-Groen!) demande si les orateurs ont des données sur l’impact de la crise économique par secteur de l’économie. Certains secteurs sont-ils touchés plus gravement que d’autres? Il souligne par ailleurs que la charge de la dette des entreprises avait déjà considérablement augmenté avant l’éclatement de la crise économique. Il souhaiterait savoir si la situation des entreprises belges diffère de celle des entreprises étrangères. Il souhaite en outre savoir comment on pourrait faire baisser cette charge.
Il demande aussi s’il y a des indications selon lesquelles les entreprises éprouveraient à présent plus de difficultés que par le passé à obtenir des crédits.
M. Henry formule une observation à propos des modifi cations du comportement des consommateurs constatées par les organisations des classes moyennes. Lorsqu’on regarde les images télévisées des soldes en cours, on peut quand même difficilement considérer que l’on consomme moins? Enfi n, l’intervenant se réjouit que les syndicats plaident en faveur d’une économie plus «verte». Il estime cependant que l’on fait trop peu pour y arriver.
M. Jean-Luc Crucke (MR) renvoie aux difficultés que les entreprises éprouvent pour obtenir des crédits et à la nécessité de garantir le fi nancement alternatif (plusieurs orateurs l’ont confi rmé). À cet égard, il souhaite connaître le point de vue des entrepreneurs par rapport à une extension du système des intérêts notionnels. En outre, il demande dans quelle mesure les sociétés d’investissement – une forme de partenariat public-privé (PPP) – pourraient contribuer à résoudre les difficultés de fi nancement.
Ces sociétés d’investissement sont fort proches des entreprises et ont par conséquent aussi la connaissance nécessaire du terrain.
M. Crucke souhaiterait par ailleurs savoir de quelle manière on peut éviter que les autorités belges cherchent le salut dans l’adoption de mesures protectionnistes. Il s’arrête ensuite sur les déclarations du président de la FEB sur la croissance du budget des soins de santé. Les orateurs et, en particulier, les représentantes des syndicats, peuvent-ils indiquer ce qu’ils considèrent comme une norme de croissance réelle pour ce budget? Enfi n, l’intervenant souhaite savoir si la production de biocarburants est encore viable d’un point de vue économique et si ce secteur a encore un avenir.
On ne peut en effet pas nier que les circonstances, à savoir le prix du pétrole, ont changé. Ne faut-il en outre pas craindre des faillites du côté des agriculteurs qui ont investi dans la production de biocarburants? Mme Dalila Douifi (sp.a) demande si les orateurs peuvent préciser quels sont les secteurs qui ont connu la hausse de chômage temporaire la plus forte? Elle demande également si certains groupes de travailleurs sont plus gravement touchés que d’autres.
L’intervenante constate un paradoxe. D’une part, un grand nombre de postes vacants n’ont pas été pourvus au cours du dernier trimestre de 2008 et, d’autre part,
le chômage a augmenté durant cette période. Quelles mesures faut-il prendre pour harmoniser l’offre et la demande? Elle demande également si le Boerenbond et la FWA sont satisfaits de l’Observatoire des Prix mis en place par le gouvernement (son parti souhaite un mécanisme de contrôle plus poussé et n’a pas voté le projet de loi modifi ant la loi du 21 décembre 1994 portant des dispositions sociales et diverses (DOC 52 1449).
Est-ce la réponse qu’ils attendent pour résoudre le problème du déséquilibre entre le prix payé à l’agriculteur, d’une part, et le prix fi nal payé par le consommateur, d’autre part ? L’intervenante réagit à la déclaration selon laquelle le problème de baisse du pouvoir d’achat ne serait pas réel mais principalement le fruit d’une perception. Elle peut difficilement admettre cette thèse et estime que le secteur agricole est également confronté à une baisse du pouvoir d’achat.
Les organisations agricoles peuventelles confi rmer qu’il s’agit uniquement d’une question de perception ? Enfi n, Mme Douifi se rallie aux orateurs qui prônent la transparence et davantage de régulation dans le secteur fi nancier. Elle demande s’ils ont des suggestions concrètes en la matière. À l’instar de l’intervenante précédente, Mme Katrien Partyka (CD&V) demande si l’Observatoire des prix apporte une solution efficace aux problèmes des organisations agricoles.
Les interventions montrent, en effet, que ce sont surtout les instances européennes qui jouent un rôle à cet égard. Un mécanisme national tel que l’observatoire peut-il effectivement apporter une solution en la matière ? Elle demande, en outre, que l’on précise le rôle accru que devraient jouer les pouvoirs publics pour garantir les crédits d’investissement. En quoi cela consiste-t-il concrètement?
M. Gerald Kindermans (CD&V) constate que le Boerenbond met en garde contre un accroissement de la population mondiale et la menace d’une pénurie alimentaire dont sera essentiellement victime le tiers monde. Se justifi e-t-il que l’Union européenne continue à s’investir dans la production de biocarburants fabriqués à partir de produits agricoles? L’intervenant demande ensuite si une augmentation de la production de biocarburants ne pourrait en outre avoir pour conséquence une fl uctuation encore plus importante que précédemment des prix des céréales en fonction des prix du pétrole et du gaz naturel? Il s’explique : si le prix du pétrole augmente, le prix des céréales (base du biocarburant) augmentera logiquement aussi.
M. Jean-Luc Crucke (MR) confi rme que toute crise offre de nouvelles opportunités. Dans ce sens, il demande si les régions n’ont pas encore introduit des mesures permettant aux chômeurs temporaires de suivre des formations.
M. Bart Laeremans (VB), président, souhaite savoir quelle est la position du secteur agricole face aux biocarburants des deuxième et troisième générations. Quelles sont les attentes en termes de superfi cie à y consacrer? L’intervenant revient sur le constat que les agriculteurs ne profi tent guère de la hausse des prix alimentaires. Il aimerait savoir si le Boerenbond et la FWA peuvent proposer des mesures concrètes.
Mme Berangère Dupuis, représentante de la CSC/ ACV, déclare qu’aucun chiffre précis n’est encore disponible concernant l’impact sectoriel de la crise économique. On constate cependant que ce sont surtout les secteurs du textile, de l’industrie mécanique et des rénovations qui ont été confrontés au chômage temporaire pendant le dernier trimestre 2008. Ce sont donc surtout des hommes et des ouvriers qui en ont été victimes.
L’oratrice déclare également qu’à sa connaissance, les chômeurs temporaires n’ont pas encore la possibilité de suivre des formations. Ce serait néanmoins une piste intéressante à approfondir. Le problème du pouvoir d’achat est réel. Mais c’est surtout un problème pour les personnes qui ont perdu leur emploi – tout le monde n’a pas été aussi durement touché. Le problème s’explique aussi par le fait que l’indexation automatique des salaires n’intervient pas immédiatement.
Mme Jo Vervecken, représentante de la FGTB/ABVV, ajoute que la baisse de la part des salaires dans le produit national brut prouve qu’il y a eu un problème de pouvoir d’achat. En ce qui concerne la question de la croissance du budget des soins de santé, elle précise que l’on ne peut effectuer des coupes sombres dans les moyens de la sécurité sociale. On peut par contre réfl échir à des mécanismes de fi nancement alternatifs.
En conclusion, Mme Vervecken souligne que la durabilité doit être le point de départ de la croissance économique et que la croissance doit profi ter à tous les groupes (il faut éviter que des groupes soient laissés au bord de la route). Les chiffres de croissance chinois
ne peuvent donc pas être pris en exemple. Elle indique également qu’il s’agit moins de baisser les coûts salariaux que d’augmenter la valeur ajoutée.
M. Didier Paquot, représentant de l’UWE, déclare qu’on ne dispose pas encore de chiffres sectoriels sur l’impact de la crise économique. Il souligne au passage que les prévisions en ce domaine sont globalement peu fi ables. Sur la base des expériences des précédentes crises, on peut penser que le secteur des biens (de consommation) durables (automobile, construction, industrie de construction mécanique) sera touché en premier lieu et le plus gravement. L’agro-industrie et l’industrie pharmaceutique seront moins touchées.
M. Paquot ne peut par ailleurs confi rmer qu’il y aurait un accroissement de l’endettement et que cela entraînerait un déséquilibre. Une étude de Pricewaterhouse- Coopers ne montre en tout cas pas que les PME sont confrontées à de gros problèmes en ce domaine. L’orateur confi rme les difficultés que connaissent les entreprises pour obtenir des crédits. Les institutions fi nancières sont devenues plus prudentes.
Elles ne mènent en tout cas pas une politique délibérée visant à brider l’octroi de crédits. Il n’est pas non plus question d’un «assèchement» généralisé du marché du crédit. On ne dispose cependant pas de données sur ce sujet pour la Belgique. Une étude réalisée en France relève cependant l’existence de problèmes.
M. Paquot confi rme que le mécanisme des intérêts notionnels a des effets positifs sur l’accumulation de capital par les entreprises. C’est précisément à ces fonds propres que les entreprises recourent actuellement de manière croissante. Il est par conséquent favorable au système et à une éventuelle extension de celui-ci. Il estime que d’autres mesures, telles qu’une baisse de l’impôt des sociétés ou la promotion du capital à risque, sont également possibles. En ce qui concerne les sociétés d’investissement, il souligne qu’elles peuvent jouer un rôle positif.
M. Paquot reconnaît d’ailleurs que la Wallonie s’est efforcée d’accroître leur efficacité et leur capacité. Il prévient cependant que les droits de tirage disponibles feraient reculer le capital à risque privé. L’orateur aborde ensuite la question de savoir comment éviter des mesures protectionnistes. Il explique que les grands pays ont certes l’impression que de telles mesures peuvent leur être bénéfi ques,
mais il ne s’agit que d’une apparence. En défi nitive, un protectionnisme poussé entraîne une baisse de la compétitivité et de la productivité, ce qui empêche ces pays de rester concurrentiels sur le marché à l’exportation. La Belgique n’a pas grand-chose à craindre sur ce plan, étant donné que pratiquement toutes les décisions importantes sont prises au niveau européen. En outre, les exportations des États membres sont surtout intracommunautaires.
Bien qu’il mérite toute l’attention et ne doive pas être perdu de vue, le problème de la position de l’Union européenne (UE), en tant que bloc face à d’autres blocs commerciaux, ne doit pas être surestimé.
M. Paquot est convaincu que le problème des emplois qui restent vacants sera partiellement résolu par l’accroissement du chômage. Cet accroissement provoque l’arrivée de candidats compétents sur le marché du travail et ces personnes pourront occuper les emplois vacants. Il craint toutefois qu’un certain nombre de groupes-cibles demeurent, à tort, privés d’opportunités, parce que l’accent sera aussi de ce fait moins mis sur la formation.
L’orateur pense, par exemple, aux chômeurs de longue durée. Enfi n, il est convaincu qu’il y a réellement eu un problème de pouvoir d’achat. Ce problème n’est toutefois pas facile à évaluer correctement.
M. Jean-Pierre Champagne, secrétaire général du FWA, souligne les effets néfastes de la crise économique pour le secteur agricole. Selon des chiffres de la Commission européenne, en comparaison avec les autres États membres, la Belgique est la plus touchée. Ce sont surtout les petites entreprises qui souffrent le plus et qui ont le plus de difficultés à obtenir des crédits. En ce qui concerne les biocarburants, M.
Champagne précise que l’UE n’a aucunement l’intention de remplacer totalement les carburants classiques par des biocarburants. Il s’agira seulement d’un maximum de 10% pendant une période déterminée. Les biocarburants ne constituent donc pas l’unique solution au problème de l’autosuffisance de l’UE sur le plan énergétique, mais ne sont qu’une partie de la solution.
L’intervenant estime en outre que le problème de la pénurie alimentaire dans les pays du Tiers-Monde ne résulte pas tellement de l’augmentation de la production de biocarburants. Le véritable problème est que les habitants des agglomérations, en raison de difficultés liées au transport, ont un accès insuffisant aux produits alimentaires issus de ces pays. Il ajoute que les factures énergétiques élevées de ces pays donnent lieu à des problèmes dans les balances des paiements.
L’intervenant donne ensuite son avis sur l’Observatoire des prix. Grâce à l’Observatoire, les prix d’une série de produits peuvent être réétalonnés et on peut vérifi er si l’évolution des prix est proportionnelle à l’évolution du coût des matières premières, comme le lait. Cet organisme pourrait être un instrument utile pour l’observation du marché et de ses mécanismes. Toutefois, on ne sait pas encore jusqu’à quel point il peut entraîner de véritables changements.
M. Champagne formule enfi n encore une observation en ce qui concerne le problème alimentaire mondial. Il déplore qu’il n’existe pas de politique alimentaire claire à l’égard des pays pauvres. Sur ce plan, l’Europe a mené une politique claire dans le passé, notamment par le biais de l’exportation ou de la vente, à des prix réduits, de productions excédentaires. Il estime dès lors que la libéralisation totale du marché des produits agricoles annoncée pour 2013 par la Commission européenne n’est pas nécessairement une bonne chose.
Il serait peut-être préférable de maintenir un certain degré de régulation. Il se demande s’il ne vaudrait pas mieux que les instances européennes reviennent sur cette décision.
M. Piet Vanthemsche, président du Boerenbond, commence par préciser que les paramètres qui défi nissent une crise alimentaire sont inchangés: la population mondiale, les habitudes alimentaires et la superfi cie disponible.
M. Vanthemsche estime que l’agriculture ne peut être exposée sans plus aux mécanismes libéraux du marché. Sur ce point, le Boerenbond ne se rallie pas à l’Organisation mondiale du commerce, qui adopte une position ultralibérale. Les denrées alimentaires ne peuvent être purement et simplement comparées à d’autres produits, tels que les voitures par exemple. Disposer d’une alimentation est un droit fondamental, à l’inverse de la possession d’une voiture.
La Politique agricole commune (PAC) a heureusement veillé à réguler le marché, ce qui a permis de garantir ce droit. L’orateur souligne l’importance de cette discussion. Pouvoir assurer les besoins alimentaires de sa propre population revêt en effet un intérêt géopolitique croissant. Comme son collègue de la FWA, M. Vanthemsche formule également une observation concernant les déclarations faites au sujet des biocarburants.
Au niveau européen, ce thème est examiné sous l’angle environnemental, c’est-à-dire en tant qu’élément du paquet climat. Aux États-Unis, le thème relève de la politique énergétique. En d’autres termes, les deux approches sont fondamentalement différentes.
Il faut en outre se garder de réduire le débat sur l’énergie renouvelable aux biocarburants. La matière est bien plus vaste. Pour ce qui est de l’Observatoire des prix, l’orateur précise qu’il souhaite des prix équitables. Il répète que les fortes hausses de prix dans l’industrie et la distribution alimentaires contrastent de façon fl agrante avec les baisses de revenus des fermiers.
M. Vanthemsche s’attache ensuite au problème des garanties pour l’octroi de crédits. Il rappelle que le Fonds d’investissement agricole fl amand peut accorder des garanties et que le Boerenbond en demande l’activation. Il a cependant conscience du fait qu’il s’agit d’une compétence régionale. L’orateur évoque le problème du pouvoir d’achat. Il renvoie au récent accord interprofessionnel (AIP) – une réalisation exceptionnelle, compte tenu des circonstances.
L’acceptation du maintien de l’indexation automatique des salaires a constitué une étape extrêmement importante pour les employeurs. Il affirme que la diminution des prix de l’énergie et l’adaptation des barèmes fi scaux entraîneront une hausse du pouvoir d’achat dans le courant de 2009. Il ne comprend d’ailleurs pas comment les syndicats peuvent affirmer que l’évolution des salaires en Belgique a entraîné une baisse du pouvoir d’achat, alors qu’il est clair que le handicap salarial vis-à-vis des pays qui nous entourent a augmenté.
L’orateur insiste enfi n sur l’importance de la discussion relative à l’augmentation du budget des soins de santé. On est en droit de se demander si, eu égard à l’enveloppe fermée des moyens de la sécurité sociale, on peut se permettre de prévoir des budgets sans cesse croissants pour les soins de santé et d’absorber ainsi des moyens qui auraient peut-être pu être mieux utilisés dans une autre branche de la sécurité sociale.
M. Vanthemsche attire l’attention, à cet égard, sur le vieillissement de la population. Pour Mme Bérengère Dupuis, représentante de la CSC/ACV, l’existence d’un problème de pouvoir d’achat n’est pas nécessairement inconciliable avec une augmentation du handicap salarial par rapport aux pays frontaliers. La hausse de ce handicap pourrait en effet signifi er que le problème du pouvoir d’achat est encore plus grave dans ces pays qu’en Belgique.
Elle ajoute qu’il serait inexact d’aborder le problème du pouvoir d’achat dans sa globalité. Ce sont surtout les groupes à bas revenus – dont font partie des travailleurs – qui sont les plus durement frappés.
admet que la baisse du pouvoir d’achat frappe essentiellement les ménages à faibles revenus. Il souligne également que toute la population n’est pas concernée par le problème et que l’AIP tient compte de la situation de ces groupes à bas revenus. FWA, souligne également l’importance de l’indexation automatique des salaires. Cette indexation permet d’obtenir le meilleur résultat moyen. Comme chacun sait, une moyenne ne peut être évaluée de manière isolée, mais il faut également tenir compte de la variance (répartition des différentes valeurs).
M. Didier Paquot, représentant de l’UWE, ajoute qu’il ne faut pas confondre, d’une part, la répartition des richesses, et, d’autre part, le problème de la compétitivité. En ce qui concerne ce dernier, il existe un lien manifeste entre l’emploi et les rémunérations. Les rémunérations ne peuvent pas être trop élevées, car cela entraîne, en fi n de compte, une diminution de l’emploi pour les personnes les moins productives, à savoir celles dont le niveau de formation est le plus bas.
Le problème par excellence est l’énorme fossé qui existe entre le montant de la rémunération brute et nette. La Belgique devrait faire baisser l’impôt sur le travail, à l’exemple de ses voisins, les Pays-Bas et l’Allemagne, afi n de réduire ce fossé. Tout le monde y gagnerait. Si l’on se contente uniquement d’augmenter les rémunérations, cela aura des conséquences pour l’emploi.
Le rapporteur, Le président, Sofi e STAELRAEVE Bart LAEREMANS mée exclusivement sur du papier entièrement recyclé